Page d’histoire: les années de fronde(vidéo)

Au cours de son très long règne, le président Mobutu avait connu des difficultés et non des moindres. En 1968 déjà, soit moins de deux ans après la pendaison des conjurés de la pentecôte, le régime avait affronté la fronde des étudiants de l’université Lovanium et des instituts supérieurs de Kinshasa. La répression avait été disproportionnée. Il y eut même des morts. Monseigneur Malula avait à l’époque fait paraître un article dans l’Etoile du Congo qui s’ intitulait : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Trois ans plus tard, le 8 juin 1971 suite au bras de fer entre le pouvoir et les étudiants, Mobutu décida de fermer Lovanium pour deux ans et enrôla de force plus 2.200 étudiants de cette université dans l’armée. En 1974, vint la zaïrianisation. Cette décision initiée par Mobutu dans la foulée de sa politique de « recours à l’authenticité » eu pour effets de déposséder les expatriés de leurs entreprises, fermes et domaines agricoles pour les confier à des nationaux et de créer ainsi une bourgeoisie d’affaire typiquement zaïroise. En réalité, si cette mesure s’inscrivait officiellement dans un effort visant à la réappropriation nationale de l’économie ainsi qu’à la redistribution des richesses acquises pendant la colonisation, elle a constitué surtout un échec cuisant. La gestion des unités économiques acquises par des compatriotes a été une catastrophe dont les effets pervers sont ressentis jusqu’à nos jours. L’année suivante en 1975, le régime déjoua ce qu’on appela « le coup d’Etat monté et manqué » dont les conspirateurs étaient des officiers supérieurs de l’armée parmi lesquels le propre secrétaire particulier du président.  Les années passaient et se ressemblaient. Le 8 mars 1977 éclata la première guerre du Shaba communément appelée « Guerre de 80 jours ». Menée par les ex-gendarmes Katangais qui vivaient en exil en Angola, ces derniers étaient  conduits par un certain général Nathanaël Mbumba, ancien commissaire de police parti dans ce pays lusophone en 1968. Les cinq bataillons des rebelles attaquèrent le Shaba à la tête du Front de libération nationale du Congo (FLNC). Plus vite, Mutshatsha, Kapanga, Kasaji et bien d’autres localités tombèrent entre leurs mains. La division Kamanyola des Forces armées zaïroises conduite par le général Singa avaient du mal à museler la rébellion malgré les bombardements des avions Mirage. Il fallait attendre l´arrivée de 1.500 hommes de l’armée marocaine et l’apport logistique de l’armée française pour qu’enfin la bande à Mbumba soit mise en déroute. C´est au cours de cette guerre qui dura exactement 80 jours que s´illustra le colonel Ikuku dit Serpent de rail qui reçut plus tard son étoile de général avant de mourir dans des conditions sombres. Lors d’un meeting au stade du 20 mai, le président dira à la population à propos de cette guerre et avec des mots flatteurs pour son armée: « Bayoki eloko. Nakanisi bakozonga lisusu te ». En octobre 1977 meurt son épouse Marie-Antoinette Gbiatibwa Gogbe Yetene dite Mama Sese alors que l´enseignement est en plein mouvement de grève. Selon Radio-Trottoir, c’est à partir de cette époque que Mobutu haït  les enseignants. Il ne leur a jamais pardonné le fait qu’ils n’avaient pas arrêté leur mouvement et partagé le deuil qui le frappait. Le 13 mai 1978, alors que l’on croyait la paix retrouvée, les assaillants qui une année plus tôt avaient fait vaciller le régime revinrent à la charge en investissant à nouveau le Shaba. Plusieurs milliers d’anciens gendarmes katangais, les « Tigres », toujours commandés par Nathanaël Mbumba, s’emparent cette fois-ci de Kolwezi, poumon économique du pays, où vivaient 2.000 Belges et Français, tous  employés à la Gécamines. Les rebelles  attaquèrent plus le Zaïre à partir de l’Angola mais plutôt de la Zambie. Sous prétexte de libérer les otages européens, la France intervint militairement dans une ville pourtant située à 8.000 km de l´Hexagone. C´est l´opération « Léopard » . Le 16 mai, l’intervention manquée des parachutistes zaïrois et les rumeurs insistantes d’une opération occidentale mettent Kolwezi à feu et à sang. En trois jours, Les hommes de Mbumba massacrent 700 civils dont une centaine d’Européens.  Le 17 mai, face aux hésitations du gouvernement belge, à la demande de Mobutu et avec le feu vert des Etats-Unis et de nombreux Etats africains, le président Valéry Giscard d’Estaing lance une intervention militaire française en solo. le 19 mai 1978, six cents légionnaires de la 2e R.E.P sautèrent sur Kolwezi pour secourir des milliers d’Africains et d’Européens en butte aux exactions des rebelles katangais. Ils permirent ainsi à l’armée de Mobutu de reconquérir le terrain tombé sous les bottes des assaillants. La rébellion fut mise en déroute. Et sauvé, Mobutu pouvait respirer. Mais par précaution et craignant une autre invasion, il fit appel à une force panafricaine de maintien de la paix qui restera une année sur place. Prévention oblige. C’est aussi en 1978 qu’eut lieu à Kinshasa le Procès des terroristes qui condamna à mort et fit exécuter treize personnes parmi lesquelles Kudia Kubanza, ancien colonel à l’Auditorat militaire, aussi plusieurs officiers supérieurs de l’armée dont les majors Kalume (cerveau du groupe) et Panubule sans oublier ces frères qui tous deux étaient colonels. Le seul acquittement dans le procès de ceux qui paraît- il avaient  planifié la destruction des grands édifices du pays  fut prononcé en faveur d’une adjudante. Elle fut graciée par le président parce que c’était la première participation de la maman zaïroise à un coup d’Etat. Au cours d´une allocution radio télévisée, le président se chargea lui-même de rendre public l´exécution des condamnés et promis que désormais, il sera sans pitié pour ceux qui porteront atteinte à sa vie. En 1982, alors que Le MPR était le parti-Etat,  douze parlementaires stoïques, bravant le danger et qui n’avaient pour seule arme que leur courage et leur volonté de changer les structures dictatoriales auxquelles ils avaient eux-mêmes favorisé l’implantation, réussirent à fonder contre toute attente un nouveau parti qui parlera longtemps de lui : l’UDPS. L’hallali venait de sonner dans le camp du pouvoir. Consultez aussi les liens suivants en rapport avec cet articles : www.congotube.ca/video/143/La-guerre-de-80-jours.

Samuel Malonga/ mbokamosika.com

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