Elections 2023 : Elections Zéro Fraude(une tribune du Professeur Thierry Nlandu)

Professeur Thierry Nlandu

Peuple en action contre la fraude électorale

Thierry Nlandu Mayamba

Professeur Ordinaire à la Faculté des Lettres

Université de Kinshasa

Consultant en développement Organisationnel

E-mail : [email protected]

Tél. 0818823337

Depuis 2006 en passant par 2011 et enfin 2018, le peuple congolais a toujours été berné lors des nombreux épisodes d’une saga électorale tragicomique aux conséquences désastreuses pour la nation toute entière. En effet, durant toutes ces années, les hommes politiques au pouvoir comme dans l’opposition ont transformé l’espace électoral en espace théâtral qui, progressivement, a fini par présenter les élections comme un outil douteux de soutien à la démocratie.

Au fils des années électorales, notre peuple assiste à la même distraction faite de scènes pittoresques qui nous laissent tous pantois. Les acteurs politiques n’y vont pas de mains mortes. Chaque année, avant, pendant et après les élections, ils excellent en tours de passe- passe, en ruses, en manipulations, en actes loufoques et autres astuces qui, en définitive, ont fini par remettre en question le bien-fondé des élections dans une démocratie. Aux hommes et femmes des médias de faire circuler des micros baladeurs à travers le pays pour se rendre compte du désarroi des électeurs et électrices congolais. 

Aujourd’hui, nos élections n’inspirent que dégoût car, à chaque épisode, elles sont animées par des acteurs et actrices qui se comportent presque tous comme des mystificateurs avides de pouvoir dans le seul et primordial souci d’accéder à l’avoir et au valoir.

A travers le pays notre peuple est médusé et se demande s’il faut encore croire aux élections et à tous ceux qui les organisent ! Certains parmi nous vont même jusqu’à conclure qu’il ne sert à rien de participer aux élections, car tout est bipé d’avance. 

Pareille attitude est une erreur fondamentale que nous commettons d’années et années, réduisant notre taux de participation électorale en peau de chagrin, abandonnant ainsi notre terre à la merci des « gentibus » du monde néolibéral, des prédateurs qui ne souhaitent qu’une seule chose avoir les mains libres pour jouer aux Leopold II des temps modernes à travers des intermédiaires nationaux et sous régionaux. 

S’il est vrai que nous sommes conscients du danger d’un éventuel boycott des élections sur lequel nous ne sommes pas encore capables de nous entendre tous en tant que peuple organisé et structuré ; il est aussi vrai que nous sommes en droit de nous poser de sérieuses questions sur la capacité et surtout la volonté politique des dirigeants d’un état chaotique comme le nôtre d’organiser des élections libres, transparentes et apaisées sur notre terre. 

En effet, un état qui, hier comme aujourd’hui, a érigé le chaos comme mode de gouvernance ne peut ni promouvoir la démocratie ni encore moins organiser de bonnes élections. Ici, tout est façade si pas fiction et faction en commençant par la démocratie qui a élu domicile chez nous ; une démocratie politique, faite d’élections truquées et tronquées, d’élus illégitimes qui n’ont pour assurance que l’arrogance de leurs ignorances, d’institutions faibles et réduites en espace théâtral, etc. Dans pareil état chaotique, un Far West sans Shérif, c’est le règne des hommes forts et non d’institutions fortes sur fond d’un pouvoir patriarcal préoccupé par le pouvoir comme instrument d’accès à l’argent et aux honneurs.

Dans ce contexte, avec des partis politiques sans démocrates, les élections ne servent qu’à créer le simulacre d’une démocratie participative en donnant au peuple l’illusion de devenir « souverain primaire » juste le temps de déposer naïvement son bulletin de vote dans l’urne en attendant la proclamation de résultats qui ne seront jamais conformes à la vérité des urnes.  C’est alors qu’interviennent les missions internationales et locales d’observation électorale pour clore nos ébats électoraux avec la désormais consacrée boutade : « les élections ont étés entachées de fraudes massives mais celles-ci n’ont en rien altérer les résultats ». 

L’artifice électoral dans une démocratie de façade finit ainsi par donner naissance à des institutions mirages, des hémicycles caisses de résonnance où leurres et heurts s’offrent en spectacle.  C’est dans ces cadres que l’on orchestre l’avant, le pendant et l’après des élections en boutiquant la loi électorale ainsi que celle qui lance le « go » de la restructuration de la CENI. 

Ainsi, voici trois cycles électoraux que le peuple congolais lutte pour avoir des élections libres et transparentes afin de se doter des dirigeants dignes et nationalistes qui accepteront de construire une gouvernance démocratique soucieuse de la femme et de l’homme congolais. En 2023, le peuple congolais ne veut plus de toutes ces « mauvaises élections ». C’est donc dans cette perspective que notre peuple, à chaque rendez-vous électoral, se met inlassablement au travail afin de prouver sa capacité de se mobiliser de l’intérieur pour des élections libres et démocratiques.

Aujourd’hui, le peuple du Congo désire ardemment la tenue des élections libres et démocratiques. Mais, contrairement à certains membres de notre communauté nationale, les Congolais ne veulent pas voir la ruse ni l’argent gouverner ces élections. Aussi, le peuple veut prendre les gouvernants et le nouveau management de la CENI aux mots. Car, lors de toutes leurs rencontres avec les partis politiques, ONG, églises et diverses associations, nos gouvernants ainsi que les dirigeants de la nouvelle CENI affirment qu’ils n’entendent pas organiser les élections sans la participation des Congolaises et Congolais. Ce peuple veut que les gouvernants et la CENI aillent plus loin dans leur volonté de jouer franc jeu avec lui dans l’organisation des élections de 2023. Fort de ce qui précède, il semble urgent de les prendre aux mots et de passer à du concret dans la non-violence pour mettre ainsi fin à des siècles de duperies et surtout de lamentations. Les propositions ci-dessous ne sont pas exhaustives. Elles restent aussi perfectibles en tenant compte de chaque circonscription électorale et surtout de la créativité et de l’engagement des uns et des autres.

Stratégies concrètes de lutte contre la fraude électorale

La fraude électorale n’est possible que si la victime devient complice du fraudeur !

Avant les élections

Depuis 2006, le scénario est resté le même, immuable.

Combat pour une Commission Électorale Indépendante

Depuis toujours, les débats autour de la CEI posent, avant tout, la question de l’indépendance de ladite commission. Au regard de sa composition, la CENI a toujours été une commission indépendante du peuple et dépendante des composantes politiques toujours majoritaires en son sein. En effet, au regard de sa composition, les composantes politiques se sont toujours taillées la plus grosse part alors que la société civile qui est censée assurer l’indépendance de cette commission a toujours été minoritaire.

A la question de l’indépendance de la CENI s’ajoute celle de l’indépendance même de la société civile qui affirme que sa présence en grand nombre au sein de cette commission garantirait l’indépendance de cette même commission. Mais, ayant hypothéqué sa propre indépendance en se rangeant derrière telle ou telle composante politique depuis la Conférence Nationale Souveraine et le Dialogue inter-congolais, la plupart des animateurs de la société civile qui réclament l’indépendance de la CENI ne haussent souvent le ton que pour ne pas figurer sur la liste des nombreux oubliés du partage du gâteau national.

Certains certes sont honnêtes et rêvent réellement de l’indépendance de la CENI. Mais tout le problème réside dans le comment arriver à cette indépendance avec des animateurs de la société civile pro PPRD, pro UDPS, pro MLC, pro RCD, pro Ensemble et pro Union Sacrée pour ne citer que ces tendances en compétition pour le pouvoir ? 

Stratégie 1 : Pression non violente sur les acteurs de la société civile, membres de la CENI 

Lister les noms des membres de la société civile œuvrant à différents échelons de la CENI. Il est question de leur rappeler régulièrement leurs liens avec le peuple et le service que celuici attend d’eux. Le nouveau management de la CENI affirme vouloir une population proactive. Prenons la CENI au mot. Communiquons entre nous les numéros de téléphones et adresses email de son personnel, membres de la société civile. Soyons proactifs en les félicitant pour le travail bien fait. Par contre, interpellons les pour les cas de déroute. A la rigueur, allons jusqu’à les dénoncer, preuves à l’appui auprès des autorités de la CENI et si nécessaire auprès de la justice. Il faut que nous arrivions à les contraindre à réaliser un travail impeccable pour la nation. 

Pseudo élection du Président de la CENI

Il s’agit d’une élection folklorique à laquelle sont conviées les confessions religieuses. Comme dans les assemblées provinciales, les futurs gouverneurs ainsi que le futur Président de la CENI sont désignés par le clan de l’autorité morale au pouvoir et entérinés par les députés provinciaux ou les chefs des confessions religieuses moyennant des pièces sonnantes et « raisonnantes » ou « des dons en argent », pour faire plus spirituel. Toutes ces acrobaties consacrent une élection tumultueuse qui prive le Président de la CENI de la confiance dont il devrait jouir de la part de toutes les parties prenantes aux élections tout au long du processus électoral. Toute la question pour le Président élu reste de savoir comment il compte s’y prendre pour créer un climat de confiance entre lui et tous les acteurs impliqués dans le processus électoral.

Stratégie 2 : Le défi éthique du Président de la CENI

Pour retrouver la confiance de toutes les parties prenantes aux élections et surtout du peuple congolais, le Président de la CENI n’a pas d’autre alternative. Il doit relever le défi permanent et toujours actuel qu’impose l’exercice des fonctions publiques dans notre pays. Le Président de la CENI est entre le marteau et l’enclume. Il doit, à chaque décision, choisir entre la soif de l’avoir, de l’argent, des honneurs et le must de l’être. Chaque acte posé sera un exercice de grande exigence éthique pour que son mandat ne soit pas qu’un suicide individuel et institutionnel comme les mandats de tous ses prédécesseurs à la tête de cette institution. Il lui faudra avoir le courage et la dignité qui leur ont fait défaut ; un manque qui a profondément terni la noble mission qui leur avait été confiée. Conscient de ce qui précède, il accueillera alors la pression du peuple et des autres acteurs comme une contribution à la construction de son être et de notre être collectif. A lui donc de relever le défi éthique ou de mourir au propre comme au figuré ! 

Stratégie 3 : Pression non violente sur le Président de la CENI 

Le peuple en action doit se dresser en sentinelle de l’action du Président de la CENI. Notre rôle sera de lui répéter régulièrement la relation qu’il doit maintenir entre sa technicité et l’éthique de son agir. Aujourd’hui, le peuple est devant un fait accompli. Il est le Président de la CENI. A lui, au quotidien, de nous montrer que le technicien de renommée internationale est à même d’offrir à ce pays ces premières élections transparentes et crédibles. Dans le cas contraire, notre technocrate sera celui qui portera la triste responsabilité de la mort de la CENI comme institution électorale, car, je doute fort que la CENI survive à ce dernier scandale. IL faut que l’actuel Président prenne conscience de ses responsabilités. Quelle tristesse pour lui et toute sa progéniture s’il devait, si jeune, terminer sa si belle carrière professionnelle internationale d’hier par le désaveu de tout notre peuple demain.

A nous, peuple congolais de rester pro-actif. Aux frères et sœurs de la société civile ainsi que tous ceux qui, en interne, sont soucieux du nouveau management de la CENI d’aider les activistes prodémocratie pour participer activement à l’émergence d’une nouvelle CENI audelà de la métaphore du nouveau logo.

Elaboration de la loi électorale 

Taillées sur mesure, nos différentes lois électorales montrent, à chaque occasion, le vrai visage de ceux et celles qui sollicitent nos voix. La loi électorale est devenue le cadre par excellence d’aménagements opportunistes qui, sans gêne, préparent la fraude électorale avec des métaphores qui créent l’illusion d’une volonté de bien faire les choses :  

  • Elections présidentielles à deux tours hier et à un tour aujourd’hui sans compter le tour final devant les cours et tribunaux
  • Introduction du seuil électoral vite abandonné au profit d’un parrainage des partis politiques au contour nébuleux
  • Liste paritaire avec pour gain le non-paiement de la caution permettant sans doute aux grands partis disposant de gros moyens financiers de se passer de nos consœurs sur leurs listes électorales
  • L’absence de contraintes légales pour sévir contre la corruption avant, pendant et après les élections
  • Le refus des législateurs d’interdire toute candidature ayant comme suppléant des épouses, des fils et des filles, des cousins et cousines afin d’éviter que des provinces entières soient sous le contrôle d’une seule famille. v Des aménagements souvent non consensuels de la loi électorale 

L’actuelle loi électorale est passée comme une lettre à la poste, négociée entre nos préoccupations sécuritaires pour ce qui se passait à l’Est du pays et la mobilisation de tout notre peuple pour soutenir nos forces armées. Nos politiciens ont précipité les débats sur cette importante loi au rythme de séances parlementaires où s’entremêlaient humour, dérision et cynisme couronnés par la désormais célèbre phrase « Ngai mpe nazadi mubadi » qui scellait, sous nos rires inconsciemment acclamateurs, l’élaboration d’une loi électorale non consensuelle, porteuse de conflits postélectoraux de l’horizon 2023. 

Comme hier, la nouvelle loi électorale d’aujourd’hui contient des innovations rendant caduques les innovations d’hier. Malheureusement, comme hier, nos innovations d’aujourd’hui sont orphelines d’une éthique à même de les porter dans la durée ! En 2028, les innovations de 2023 seront, à leur tour, surannées.

En effet, je ne serais pas surpris qu’en 2028 :

  • L’introduction du seuil de recevabilité des listes censées sonner le glas des partis politiques mallettes ne donne naissance à des regroupements qui seront remis en question parce que confectionnés à coups d’argent et du genre « Union Sacrée » !
  • La possibilité qu’une liste tenant compte de la représentation de la femme et de la personne avec handicap avec pour incitation l’exemption de paiement de caution n’oblige nullement les autorités morales financièrement puissantes de dresser des listes qui ne tiennent pas compte de cette innovation puisqu’aucune disposition légale les y oblige. Il faudra attendre sans doute 2028 pour une innovation innovante à cet effet.
  • La crainte que la distinction des inéligibilités définitives pour crime grave (génocide, crime contre l’humanité, crime de guerre), de celles qui sont temporaires pour les autres infractions ne devienne un outil précieux entre les mains de magistrats et autres juges véreux qui feront valser les candidats jugés dangereux par le pouvoir en place. 2028 sera l’occasion de se débarrasser de cette innovation jugée partisane.
  • L’obligation pour la CENI d’afficher les résultats bureau de vote par bureau de vote au niveau des centres de vote et des centres locaux de compilation des résultats ; et l’obligation pour la CENI de publier tous les résultats bureau de vote par bureau de vote dans ses locaux et sur son site Internet ne trouvent manifestement comme ingénieux obstacles une logistique boiteuse savamment entretenue pour rendre toutes ces opérations impossibles. 
  • L’impératif pour la CENI de publier la cartographie électorale trente jours avant le début de la campagne ; l’obligation d’assurer la transmission des plis destinés aux cours et tribunaux avant le traitement des contentieux, ainsi que l’obligation pour les cours et tribunaux de se servir des procès-verbaux lors du traitement des contentieux n’apparaissent fin 2023 comme un ensemble de vœux pieux que la soif du pouvoir balaiera d’un revers de main.
  • Le principe d’accréditation comme observateur de tout Congolais ou étranger mandaté par une organisation nationale et internationale ne soit que lettre morte avec des missions d’observation dont le rôle est enfermé dans des dispositions qui les rendent inutiles et surtout inefficaces dans le rétablissement de la vérité des urnes. Vivement les innovations de 2028 après celles de 2011, 2017 et 2023 !

Stratégie 4 : Lecture critique de la loi électorale

Il s’agit, pour tous, analphabètes et lettrés, de prendre connaissance de la loi électorale. Que tous ceux et toutes celles qui peuvent traduire cette loi électorale, la traduise dans nos langues vernaculaires en mettant l’accent sur ses zones d’ombre. Que les dessinateurs et autres artistes utilisent tous leurs outils artistiques pour faire passer ces messages. Les rappeurs et autres musiciens trouveront ici de la matière pour se rendre utile pendant cette période d’avant les élections.

Organisons-nous au niveau de nos organisations, de nos services, de nos bureaux, de nos églises, de nos paroisses, dans les cellules de base, dans les terrasses, dans les bus tout au long des trajets vers le travail ou la maison, dans les corporations professionnelles, syndicats et autres associations citoyennes : les vendeuses des marchés, les mamans des terrasses, les groupes de makelemba, les mama bipupula, les responsables des parkings, les chauffeurs, les artistes, les sportifs, les chefs coutumiers, les jeunes dans leurs cercles culturels, etc… Il faut nous imprégner de cette loi afin de déceler les portes par où elle compte faire passer la fraude électorale et monter nos différentes stratégies pour les contrer. 

Stratégie 5 : Actions des mouvements des femmes contre les listes non genrées

Il est question de faire jouer les électeurs et électrices pour apporter des corrections lors de certaines étapes avant les élections. Personnellement, je n’ai pas encore parcouru cette loi électorale. Mais s’il est vrai qu’une des dispositions de cette loi marchande la question de la représentation égalitaire des femmes sur les listes des partis politiques ; qu’est-ce qui empêchent les organisations féminines et les hommes genrés de lancer une campagne :

Elections 2023 Pas ma voix de femme pour ta liste sans femmes

Je m’imagine déjà toutes ces banderoles, ces calicots, ces T-shirts, affiches, ces gadgets sur nos sacs, voitures et autres supports, en Français et langues vernaculaires, à travers nos villes et milieux ruraux ! Le recours aux réseaux sera vivement conseillé. Fort du nombre de l’électorat féminin et de l’appui des hommes qui comprennent les enjeux de cette question, une campagne rondement menée par tous à travers le pays fera certainement réfléchir certains partis politiques si pas tous avant d’aller déposer leurs listes à la CENI.

Profil des candidats du peuple

Le but poursuivi est de rapprocher les candidats du peuple qui devra les élire. La population doit s’organiser pour mieux connaître ses candidats. C’est notre seule chance de mettre à la tête de l’état des personnes crédibles au-delà de leurs partis d’origine. Pour ce faire, il faut faire connaître les critères d’un bon candidat. La commission de l’Ethique à la Conférence Nationale Souveraine ainsi qu’au Dialogue inter-congolais en a déterminé le profil. 

Stratégie 6 : Enquêtes sur les candidats

Des animateurs de rue, de quartier, de cellule, de CVB et autres structures à la base et pourquoi pas au sein des partis politiques partageant ce souci éthique organiseront ces enquêtes avec des relais à l’intérieur si la piste d’un candidat mène à l’intérieur. 

Mais, pour faciliter les choses, ceux des Congolais et Congolaises installés à Kinshasa doivent se refuser d’aller briguer des postes dans des régions qu’ils ont abandonnées depuis belle lurette. Des candidats du terroir seront plus faciles à pister lors des enquêtes. Ceux qui viennent de loin comme de Kinshasa, quand bien même ils seraient de la région ne sont pas souvent sincères. Sinon, pourquoi n’osent-ils pas se présenter à Kinshasa où ils ont décidé de s’installer et où on les connaît mieux ? 

Pareils candidats, sauf exception, ressemblent trop souvent aux nombreux fidèles des nouvelles Eglises Indépendantes qui habitent Lemba et qui prient le dimanche à Malweka loin des regards curieux de tous ceux qui les connaissent. Les Congolais sont invités à faire le choix des résidents de leurs régions et non nécessairement des originaires opportunistes qui reviennent pour le pouvoir ! A ce stade, il faudra sans doute faire preuve de beaucoup de discernement pour ne pas rejeter d’emblée nos frères et sœurs, originaires ou non, provenant des milieux urbains et qui dans leurs actions, sont restés très attachés à leurs terres d’origine. 

Nos enquêtes doivent être sévères pour surtout décourager tous ces aventuriers qui ont compris que l’espace du pouvoir politique est le milieu approprié pour s’enrichir vite et sans scrupule. Tout celui qui sera candidat doit savoir que sa vie sera objectivement exposée sur la place publique. Il ne s’agira pas de le calomnier. 

C’est ainsi que, par exemple, les frères et sœurs de la presse auront une grande responsabilité lors de ces enquêtes. De leur objectivité dépendra l’information et sans doute le choix de beaucoup de Congolais. Mais, la presse seule ne suffit pas dans un pays comme le Congo où certaine de nos journalistes confondent mensonge et vérité et où les médias dans leurs diversités ne sont pas toujours accessibles à tous.

Ces enquêtes seront aussi l’occasion de décourager tous ceux dont les noms ont été mentionnés dans les dossiers des biens mal acquis, des assassinats, des récents pillages, de crimes contre l’humanité, de divers trafics illicites et de blanchissement d’argent. Le peuple se doit d’exiger d’eux qu’ils en terminent avant tout avec la justice. Le peuple ne les condamne pas. Mais ils doivent comprendre que des hommes et femmes sur qui pèsent de lourdes présomptions ont intérêt à ce que la justice les lave de tout soupçon avant de briguer un poste de responsabilité. 

A cet effet, les comités de quartier, les cellules, CVB, la presse et les diverses organisations doivent, dès maintenant, reprendre la publication de ces listes avec les griefs reprochés aux uns et aux autres. Les élections n’ayant pas encore commencé, ces frères et sœurs ont largement le temps de se référer à la justice et de se donner ainsi une chance pour les prochaines échéances électorales.

Ces enquêtes seront aussi l’occasion indiquée de contrer les candidats ayant comme suppléants des membres de leurs familles. La stratégie 4 peut être rédupliquée à ce niveau cette fois pour une campagne :

Elections 2023 Non aux candidats avec des membres de familles pour suppléants

Les équipes à la base s’attèleront à mener des enquêtes objectives sur les liens de parenté existant entre les candidats et leurs suppléants. Il sera question d’élaborer et de rendre public des listes reprenant les liens de parenté qui lient les uns aux autres. Il faut tout faire pour que notre jeune démocratie ne soit prisonnière de quelques familles qui s’érigent en castes de quelques privilégiés qui finissent par contrôler toutes les espaces de prises de décisions et nous transforment en marionnettes ou mieux en brebis à tondre à chaque cycle électoral.

A ce stade, tous les outils de communication seront mis à profit pour faire circuler ces listes. Je m’imagine déjà toutes ces banderoles, ces calicots, ces T-shirts, affiches, ces gadgets sur nos sacs, voitures et autres supports, en Français et langues vernaculaires, à travers nos villes et milieux ruraux, la circulation des listes dans les réseaux, etc. ! 

Fort de notre engagement à tous, une campagne rondement menée par tous à travers le pays fera certainement réfléchir certains candidats et autres partis politiques avant d’aller déposer leurs listes à la CENI.

Stratégie 7 : Création d’une Commission Electorale Indépendante Parallèle

Bien organisée, cette structure alternative sera une tour citoyenne de contrôle des élections. Les membres de cette commission seront des bénévoles à probité morale avérée provenant de nos différentes structures de la société civile avec pour socles nos églises à travers les cellules de base et autres cellules selon les confessions religieuses. 

C’est ici que seront conçus : 

  • Le plan et les activités de pression à exercer sur les gouvernants, la CENI et les opposants
  • Le programme d’éducation civique et électorale
  • Les stratégies concrètes et appropriées de lutte contre la fraude électorale avant, pendant et après les élections
  • Le calendrier des différentes actions de l’action citoyenne pour des élections transparentes
  • Le profil des acteurs et actrices de cette commission
  • Le profil des candidats et candidates que nous comptons porter au pouvoir sans tenir compte de leurs partis, car les partis ne sont que fictions au service de leurs autorités morales 
  • Le recrutement des membres de cette commission en privilégiant ceux et celles qui sont réellement influents et actifs au niveau de nos cellules de base, paroisses, quartiers, villages, chefferies et autres collectivités

Le succès de cet engagement dépendra de son caractère bénévole et non violent

Nos frères et sœurs de Beni et Butembo peuvent nous inspirer, eux qui, lors des élections passées ont réalisé des élections sans la CENI par défi et sans doute aussi par dépit. 

  • Cartographie des sites électoraux 

Dans chaque circonscription, les électeurs et électrices, grâce au concours de divers acteurs de la société civile doivent revisiter la cartographie, une fois rendue publique, et révéler la distribution partisane de certains sites. En effet, c’est un secret de polichinelle. Bon nombre de politiciens au pouvoir comme dans l’opposition ont, à travers les cycles électoraux, réussi à installer de nombreux et accessibles bureaux d’enrôlement et de vote sur les sites qu’ils pensent leur être favorables. Par contre, dans les sites qu’ils jugent hostiles, ils se sont régulièrement organisés avec la CENI pour réduire le nombre des sites et si nécessaire, les placer à des endroits inaccessibles. Parmi les astuces, l’enrôlement et les élections se réalisant, comme par hasard, pendant la saison de pluie, la CENI veillera à placer certains bureaux d’enrôlement et de vote au-delà de cours d’eau que l’on traverse à pied pendant la saison sèche mais qui, en saison de pluie, se transforment en rivières torrentielles, de réelles barrières pour exclure de leur droit constitutionnel tous ceux et celles qui ne rassurent pas par leurs votes. 

Stratégie 8 : Droit de regard sur la cartographie des sites électoraux

Aussi, dès la publication de la cartographie, soyons proactifs. Des équipes par CVB, cellules, quartier et autres partis politiques doivent rapidement se mettre à l’ouvrage pour rassembler les données démographiques ; dresser une cartographie parallèle qui, en toute objectivité, montrera à la CENI les incongruités de sa cartographie. Si la CENI ne répond pas à nos désidératas, apportons-lui les preuves de l’importance démographique de ces sites et proposons-lui d’organiser des équipes électorales mobiles à même d’atteindre les sites non répertoriés sur sa cartographie. Dans ce cas, la logistique pourrait être prise en charge par les populations de ces différents sites avec l’aide des fonds rassemblés par les fidèles de nos églises et autres hommes et femmes de bonne volonté ! Les médecins se dotent bien de bateau hôpital pour atteindre des patients inaccessibles. Les cours et tribunaux déplacent bien les juges à travers les coins reculés de ce pays pour rendre leurs jugements. Forçons la CENI à démontrer sa bonne foi en acceptant la collaboration des populations de ces sites qui n’ont qu’une seule envie : celle de participer aux élections de 2023.

  • Listes électorales par bureau d’affichage 

L’enrôlement des électeurs et électrices est un moment crucial qui va permettre, sur base de données démographiques souvent fantaisistes et selon les besoins, de gonfler ou réduire les électeurs et électrices dans les zones favorables ou défavorables aux candidats du pouvoir en place. C’est ici que la CENI s’attèle d’habitude à enregistrer les enfants en deçà de l’âge requis pour le vote, sans oublier les agents de l’ordre, les personnes décédées, disparues et les étrangers dont on aura au préalable favorisé le séjour en terre congolaise lors des périodes d’infiltrations que sont censées favoriser les sales guerres, des conflits coûteux en vies humaines dans certaines parties du pays.

Stratégie 9 : Vérification des listes électorales par bureau d’affichage

Pour faire correct, la CENI invitera la population à vérifier les listes au moment de l’affichage hâtif de celles-ci devant les bureaux de vote. Activons-nous pour que cette opération purement formelle et fantaisiste ne se réalise plus dans la précipitation et le cafouillage avec la certitude que les électeurs et électrices qui, en milieux urbains ou ruraux, vivent au jour le jour, ne se donneront pas la peine de venir vérifier ces listes ni de les remettre en question. Organisons-nous pour ne plus être distraits ; relever les anomalies et interpeller la CENI à temps afin qu’elle ne puisse pas prétendre ne pas disposer de suffisamment de temps matériel pour revisiter ces listes. Il faut aider la CENI à ne pas avancer le respect strict du calendrier électoral comme prétexte pour ne plus revisiter les listes remises en question.  

L’importance de cette étape nécessite une grande mobilisation de la part du peuple. Et notre peuple est capable de contrecarrer toute manœuvre à ce niveau grâce à un engagement citoyen des équipes de rues, de quartiers, de cellules, CVB, organisations de la société civile et des partis politiques œuvrant dans les milieux où sont affichés les différentes listes. Dans chaque circonscription, autour de nos différentes structures à la base, nos équipes s’attèleront à actualiser ces listes et à les rendre public en signalant, à la CENI, aux missions d’observation électorale, et au peuple congolais les correctifs proposés avec insistance par le peuple en action. 

Les sempiternels problèmes de logistique, de commande, livraison et acheminement du matériel de vote 

Ces tracas sont aussi un cauchemar qui favorise la fraude électorale avec des coins du pays qui ne reçoivent pas le matériel à temps où le réceptionnent en retard sans compter dans quel état arrivent certaines composantes de ces équipements. Des groupes électrogènes non en état de fonctionner ou sans carburant ; des machines à voter qui font un détour dans des fermes ou autres résidences privées de candidats avant d’atterrir comme « machines à voler » sur les sites de vote ; des agents résidants loin des sites de votes et sans moyens adéquats pour les atteindre à temps, des imprimantes à cours de papiers et d’encre, etc. 

Ce chaos d’avant les élections est organisé dans un calme sidérant qu’affichent tous les membres de la CENI, qui, comme les hôtesses de l’air de nos avions en détresse, sont porteurs d’un discours rassurant jusqu’au dernier moment du crash électoral qui nous emportera tous. Ils seront relayés par les partenaires internationaux et nationaux prisonniers du piège du business électoral. Tous s’engageront dans le processus comme si tout se déroulait chez Alice, au pays des merveilles. Pour ces acteurs qui, depuis trois cycles électoraux ont eu le beau rôle de se déclarer volontairement impuissants face à la fraude électorale en se limitant au rôle qu’ils se sont, à dessin, attribués, les problèmes que rencontrent les électeurs et électrices congolais sont minimisés et surtout ne les concernent pas. 

En effet, au Congo, contrairement à ce qui se passe dans les pays de vieille démocratie, « vaut mieux de mauvaises élections que pas d’élections du tout ». C’est ce qui explique la ruée vers la CENI de toutes ces organisations internationales spécialistes des questions électorales. Sans coordination aucune entre elles et surtout selon les intérêts de chaque pays et de chaque groupe ils vont s’acharner à gagner les juteux marchés qu’offre la CENI dans le cadre de contrats gré à gré justifiés, semble-t-il, par l’urgence du calendrier électoral. C’est l’occasion rêvée pour les affairistes du business  électoral qui, dans le cadre de la logistique se livreront des batailles sans merci et sans morts d’hommes pour s’arroger les marchés de nouveaux véhicules, motos, machines à voter, urnes et isoloirs à usage unique sur cette terre de bois, impression de bulletin de vote de préférence en dehors du pays, ordinateurs pour enrôlement, groupes électrogènes, panneaux solaires, locations hélicoptères et autres barques motorisées pour la livraison de matériels dans de nombreux sites inaccessibles par route, fournitures en carburants, etc. sans oublier les vastes programmes d’éducation civique.  Des heures de travail mais surtout des occases pour se faire du blé plein les poches grâce aux nombreuses opérations de rétrocommissions et autres pots de vin ! Le point culminant sera la mise en place des fameuses équipes d’observations électorales qui, au fil des années, ont perdu toute crédibilité aux yeux des Congolaises et Congolais.

Stratégie 8 : Ensemble, relevons les défis logistiques 

  • Le matériel de vote

En ce qui concerne les urnes, on ne cesse de le répéter. Si chaque communauté ecclésiale de base ou cellule s’y met, il est possible de doter ce pays d’urnes et d’isoloirs. Très concrètement, on peut demander à chaque C.E.B. de fabriquer 2 ou 3 urnes en bois dont l’un des côtés sera en treillis moustiquaire pour assurer la transparence. Il suffit que la CENI détermine les mesures et la forme de ces urnes. Tout le monde le sait : ce n’est pas la transparence des urnes qui assurent la transparence des élections mais bien la transparence dans la gestion des toutes les opérations liées aux élections depuis les préparatifs en passant par le déroulement et la proclamation des résultats ainsi que la gestion des contentieux. Quant aux isoloirs, nos artistes sont capables de nous offrir des isoloirs de qualité en utilisant nos matériaux locaux : tissus Kuba, pagnes, raphia, paille, rameaux, etc. 

  • Le transport du matériel de vote

Quant au transport de tout ce matériel sur les lieux de vote, un inventaire des moyens privés et de l’église peut être fait. Le moment venu, ce pays présentera des hommes et des femmes, tous gens de bonne volonté, qui accepteront de participer à l’organisation du transport du matériel de vote en toute sécurité avec l’appui des agents de l’ordre affectés à cette tâche. Le rôle des équipes de quartier sera d’inventorier les véhicules qui pourraient être utilisés pour le transport des membres des bureaux de vote ainsi que du matériel. Mieux, les membres des bureaux de vote peuvent être accueillis dans les foyers de frères et sœurs proches de leurs bureaux de vote afin de leur permettre d’y être à temps. Tout ceci va donc exiger un travail de proximité.

  • La réfection et l’entretien des routes

A Kinshasa, comme à l’intérieur du pays, le gouvernement, à travers ses divers financements s’attèlent tant soit peu, à la réfection des routes et autres infrastructures. Ce travail devra s‘accélérer sans doute pour rendre les différentes contrées de la République accessible durant la période électorale. A ce travail du gouvernement doivent se joindre les travaux d’entretien des routes réalisés par les paysans en collaboration avec nos services d’églises et les chefs coutumiers. Dans certains coins du pays, les villageois le font déjà afin de permettre aux commerçants d’atteindre leurs contrées pour ainsi évacuer leurs produits. Si les églises et les chefferies acceptent d’organiser ce travail, les villageois le feront bénévolement parce qu’il y va de leurs intérêts. En effet, une fois les élections terminées, ces routes serviront pour l’évacuation de leurs produits agricoles vers les centres de commercialisation.

  • Les moyens de communication

Qu’on le veuille ou non, avec le téléphone cellulaire et sa couverture nationale et l’internet, la diffusion de l’information sur le déroulement et la proclamation des résultats des élections bénéficient d’un outil intéressant si utilisé à bon escient et avec responsabilité. Couplés aux nombreuses phonies et radios missionnaires, ces outils peuvent devenir des outils déterminants dans la fiabilité et la rapidité des informations durant la période avant, pendant et après les élections.

Dans cette perspective, le combat pour la libéralisation des médias officiels doit se mener autrement que par les seules déclarations et prises de position. Le peuple doit mettre en place des radios libres, sa propre presse en dehors de celle de gauche ou de droite. Les radios catholique, protestante, kimbanguiste et communautaires qui existent, feront suffisamment pression sur la presse officielle pour l’aider à s’ouvrir à tous. C’est par le jeu de la concurrence qualitative que cette presse officielle s’ouvrira à tous. Mais, ceci exige du courage de la part des radios d’églises qui doivent éviter de rester derrière une radio dite d’évangélisation ou « Nsango Malamu » (Bonne Nouvelle) qui n’est que fuite de prendre les responsabilités vis-àvis de ce peuple qui lutte pour sa libération.

Certes, cette manière de voir les choses fait sourire plus d’un ; mais bien organisé, ce peuple peut créer un réseau de cellulaires et de phonies auquel se joindrait l’Internet dans les milieux où la chose est possible pour une meilleure distillation de l’information. La seule difficulté réside dans le choix des personnes honnêtes qui seraient chargées de communiquer les informations et les résultats une fois comptabilisés. Pour contourner cette difficulté, on peut exiger la présence des témoins au moment de la communication des résultats. Ce réseau devra être connu de tous bien avant le début des élections.

  • La quête citoyenne des fonds pour des opérations électorales ciblées

Les responsables des églises catholique, protestante, kimbanguiste, orthodoxe, musulmane ainsi que les églises de réveil responsables peuvent organiser des quêtes pour les élections. Dans cet effort qui impliquera toutes les paroisses et autres temples et mosquées à travers le pays, le peuple s’engagera à différents niveaux et pour être efficace. Cette quête se fera dans les communautés ecclésiales de base ou cellules. Les ONGs et autres associations crédibles impliqueront leurs membres quitte à verser l’argent dans des comptes indiqués au préalable. 

A cet effet, les missionnaires peuvent offrir les services de leurs économats ou caisses. Dans cet effort, aucune couche de la population ne devra être épargnée. Et chacun donnera en tenant compte de ses possibilités. Femmes commerçantes, chauffeurs taxis, gendarmes, mamans maraîchères, vendeurs de journaux, joueurs de football, de basket et autres sportifs, etc. Cette opération est possible. La seule difficulté réside dans la capacité des Congolais à trouver parmi eux des gens suffisamment honnêtes afin d’éviter des détournements de fonds. A ce jour, seules les structures des églises offrent cette garantie. Mais à condition que le peuple se dote de mécanismes de contrôle pour éviter les surprises dont parfois les Congolais, pris individuellement, sont à même de créer en matière de gestion.

Cette dernière difficulté ne doit pas décourager. Et puis, personne ne compte confier cet argent entre les mains de ceux des fils et filles de ce pays qui n’inspirent pas confiance. Bien plus des hommes et femmes de confiance existent encore dans ce pays. Il suffit de les détecter car en définitive, les Congolais ne feront cette opération qu’avec les filles et fils de ce pays.

Concrètement, une campagne rondement menée avec l’appui des églises, des radios locales, des chaînes de télévision ainsi que de porte à porte par les chrétiens, musulmans et animistes, pendant un mois peut aider à mobiliser avec pour objectif une cotisation de 1$ par mois chacun et pendant 10 mois.

 Si l’on compte 25 millions d’électeurs potentiels comme on le dit, pareille cotisation donnerait 25 millions par mois et en 10 mois, les Congolais seront capables de rassembler la somme de 250 millions de dollars US. De quoi pouvoir financer bon nombre d’opérations électorales de notre CENI parallèle à travers, entre autres, la fabrication du matériel électoral comme les urnes en bois, l’encre correcteur, les isoloirs en raphia, pagnes et autres supports, ouvrant ainsi la porte à la créativité de nos artistes et offrant de nombreux emplois, heures de travail, et profits que, jusqu’ici, nous nous offrons naïvement à d’autres peuples voici trois cycles électoraux ! Bien plus, grâce au volontariat d’un bon nombre de citoyens, les frais seraient réduits à la baisse. 

Doté de ce capital, le peuple congolais pourra aussi financer les campagnes des candidats et candidates qui répondront au profil de l’action citoyenne. C’est notre seule chance de libérer ces frères et sœurs de l’esclavagisme qu’imposent le système néolibéral et leurs complices autorités morales au sein de tous ces partis politiques, simples « magablos » au service de la soif de l’avoir et des honneurs de leurs initiateurs et initiatrices. 

La guerre de l’Est et les nombreux conflits ethniques par procuration

Dans cette période d’avant les élections, il y a une stratégie électorale qui me donne des frayeurs. Rien qu’à y songer, j’ai froid au dos et tremble de tout mon corps. Les résurgences périodiques de guerres à l’Est du pays, surtout en périodes pré-électorales, ne sont-elles pas étrangement de cyniques et sadiques calculs de politiciens en mal de conquête d’un électorat perdu ? En effet, ne suffit-il pas, comme par magie, de faire taire soudainement les armes pour apparaître comme un pacificateur et sauveur aux yeux d’une population meurtrie par des années de souffrances et lui arracher des voix ? Mais que nos politiciens le sachent. Notre peuple n’a pas si courte mémoire. Ce qu’ils tentent de faire aujourd’hui ; c’est du déjà vu ! N’est-ce pas ce que ce peuple a vécu hier récent, juste au cours de la période pré-électorale de 2006 ? N’est-ce pas l’accalmie de la guerre à la veille des élections qui a lancé la campagne électorale du Président de l’époque revêtu du costume de « pacificateur » d’un espace que l’on a consciemment transformé en éternel « no man’s land » où les originaires vivent dans les camps de réfugiés sur leurs propres terres ? N’est-ce pas la même guerre qui, juste après la victoire du pacificateur, a repris pour prendre la forme d’une épée de Damoclès, précieux outil d’une proche campagne électorale qu’annonce sans remords l’actuelle campagne « Amani » de Jean Baptiste ? A moins que… ! Mon Dieu, je n’ai pas la force de le dire ; mais ça me colle aux lèvres dans ce contexte où les accords d’hier et d’aujourd’hui ne trouvent pas de fidèles pour les respecter ! Aussi, il y a lieu de se demander si, avec Amani, Jean Baptiste dont on n’a pas réussi à couper la tête n’entamerait pas une tournée revancharde dans cet espace à balkaniser qui deviendrait demain l’état des Grand Lacs dont il serait le Président avec l’appui des lobbies nationaux, internationaux, régionaux et sous régionaux ! Wait and see, comme aiment à le dire les Anglais !

Le défi à ce niveau pour le peuple est celui de rester focaliser sur notre engagement pour le retour de la paix dans cette contrée et notre vigilance pour contrer des élections de façade qui, en 2023 risquent de sonner le glas de notre espace Congo. Ce que nos dirigeants « ineptocrates » nous imposent est titanesque ; mais nous n’avons pas le choix. Il faut nous mobiliser sur les deux fronts car le retour de la paix évitera à cette partie du pays d’être écartée du processus électoral parce que son électorat serait jugé hostile au pouvoir actuel.

Stratégie 9 : Sortir du bourbier de la guerre et des affrontements interethniques téléguidés

A l’Est et à travers tout le pays, par des manifestations non violentes, nous arrivons désormais à interpeller les décideurs nationaux ainsi que les acteurs internationaux à travers la Monusco. A l’Est, notre peuple nous montre le chemin à suivre pour arracher ce que l’on veut. Il est juste question de nous débarrasser du caractère violent de nos actions.  Si l’on se met ensemble, nous arriverons à déjouer le plan qui consiste à écarter une partie importante de notre population du processus électoral de 2023. Tout en condamnant les actes de violences qui ont émaillés ces actions continuons à faire pression sur nos dirigeants, sur la Monusco ainsi que sur les lobbies internationaux et sous régionaux. 

Dans cette perspective, continuons à soutenir nos hommes en uniforme et saisissons ces moments difficiles que nous traversons pour construire une relation civil-militaire plus respectueuse des uns et des autres et qui nous transformera en solides partenaires pour la consolidation de notre amour pour notre terre. Continuons, sans relâche, à exercer des pressions sur nos dirigeants ; interpellons-les sans cesse, afin qu’un budget conséquent soit alloué à tous les services qui assurent notre sécurité et l’intégrité territoriale de notre pays.

Non ! Qu’on se le dise : nous ne sommes pas tous devenus aveugles. Nous refusons d’être des moutons que nos hommes politiques tondent à chaque cycle électoral ! Les victoires lors de la prochaine campagne électorale à l’Est et dans tout le pays ne s’obtiendront pas sur les dos mutilés de nos frères et sœurs de l‘ Est, ni d’aucune autre partie de notre pays.

  • Les gouvernants et le discours du doute, de l’incertitude 

Le discours du doute et de l’incertitude n’a pour seul but que de distraire et de bluffer les électeurs et électrices pour les surprendre au moment où les élections auront lieu. En effet, alors que l’on pense que ceux qui sont au pouvoir et ceux qui y aspirent ne seront pas prêts pour les élections ; le peuple sera surpris de les voir sortir leurs grandes artilleries dès que le « go » électoral sera lancé par la CENI. L’art de la digression passe par des annonces et des nouvelles contradictoires. Tout y passe pourvu que le peuple reste dans un désengagement total qui doit friser le désintéressement. Qui ne se souvient pas de toutes ces déclarations qui nous démobilisent tout au long du processus électoral : 

  • Il ne sera pas possible d’organiser les élections dans le délai constitutionnel
    • Il faut au préalable organiser le recensement de la population
    • L’OIF doit auditer le fichier électoral
    • Sans accès au serveur central, il n’y aura pas d’élection
    • Pour la CENI, il y a des préalables si pas des contraintes
    • La CENI attend que le gouvernement décaisse l’argent alors que ce dernier affirme détenir les preuves d’un décaissement régulier. Qui ne dit pas la vérité ?
    • La Monuc ou Monusco ne pourra pas assurer la logistique
    • Refus suivi de l’acceptation tardive de la machine à voter
    • La livraison des bulletins de vote sera tardive parce que facture réglée tardivement
    • La fin de la guerre est prioritaire à l’organisation des élections 
    • L’actuel Président de la République ne se représentera pas aux prochaines élections v Etc.

Nombreuses sont ces petites phrases trompeuses et assassines qui plongent la population dans le doute qu’alimentent des discussions opium, une drogue savamment inoculée à petites doses successives pour désarticuler la population et l’empêcher de penser aux stratégies appropriées pour réduire tant soit peu la fraude qui mine les élections depuis 2006. 

  • Stratégie 10 : Formation de la population pour lutter contre le doute, l’incertitude et la corruption des électeurs et électrices

Le travail de formation et de conscientisation qui se fait actuellement est bon et mérite d’être poursuivi. Il est question d’améliorer la qualité des animateurs du mouvement démocratique et d’atteindre les coins les plus reculés du pays en prenant pour relais les organisations et associations ainsi que les commissions Justice et Paix œuvrant dans les chefs-lieux des régions et dans les milieux ruraux. De nos jours ; les ONGs de l’arrière-pays, les enseignants, les chefs coutumiers dans les groupements et autres chefferies peuvent participer à cette campagne d’éducation civique et électorale de grande envergure.

Toujours dans ce cadre de la formation du peuple, il faudra améliorer les supports pédagogiques pour atteindre une couche importante de la population. Théâtres didactiques, documentaires, bandes dessinées, boites à images, calicots avec messages, chants, poèmes, radios, télévisions, RAP, Tick-tock, etc. témoigneront de notre créativité individuelle et corrective et multiplieront les capacités d’atteindre les différentes couches de la population.

Dans cette perspective, les échos qui viennent des églises et particulièrement des églises catholiques et protestantes sont bons. En effet, les membres de ces églises comme des autres ne doivent pas hésiter un seul instant à offrir leurs cadres et leurs expertises pour la formation du peuple. 

En ce qui concerne ces deux églises par exemple, le temps d’un inventaire des religieux, religieuses, abbés, pasteurs et laïcs formés à cette tâche, pour ce programme de formation, peut commencer grâce à l’élaboration d’un contenu que l’on doit juste réadapter. 

En effet, il suffit d’une autorisation officielle des responsables hiérarchiques de ces deux églises par une simple lettre administrative pour ouvrir la campagne d’éducation électorale à travers les diocèses de tout ce vaste pays. C’est entre autres de cette manière que les églises pourront répondre au défi de l’engagement au côté du peuple de Dieu qui souffre en République Démocratique du Congo.

Bien assimilée, cette formation devra aboutir à une mobilisation contre la corruption des électeurs. Ce sera le lancement de la « campagne anti shida : pas de voix pour les candidats et candidates qui corrompent la population ». Cette fois, refusons de prendre leur argent sale ! Allons voter en toute liberté et surtout sans remords ! Nous pourrons alors refuser de participer à leurs meetings politiques de la période électorale. Je rêve de ce jour où, au-delà de notre pauvreté quotidienne, notre peuple fera preuve de détermination et surtout de maturité politique. En effet, pourquoi, en 2023, ce même peuple n’organiserait-il pas des veillées de prières dans les églises, temples, mosquées et autres lieux de culte la veille des élections ? Ce sera l’occasion de communier spirituellement afin d’aller aux élections en toute sérénité. Ce sera aussi une manière originale de se protéger ensemble contre toute tentative de corruption veille électorale. Le matin, jour de vote, ce peuple, rameaux en main, fera une procession silencieuse, direction bureau de vote !    

Pendant les élections

Ce qui est un chef d’œuvre absolu dans cette mise en scène électorale qui dure déjà depuis trois cycles et entre dans son quatrième, c’est la qualité artistique et la minutie des actes posés durant la période « pendant les élections ». Cette étape dure une journée. Une journée mise en abyme de tout le processus qui doit aboutir à la manifestation de la fraude électorale pour le grand bonheur de ceux qui sont au pouvoir et des quelques opposants qui complèteront la liste des heureux élus pour faire propre et surtout démocratique. Durant cette journée miroir microscopique tout y passe :

  • Des bureaux de vote existant hier et qui cessent d’exister le jour du vote sous les regards médusés des électeurs et électrices
  • Des noms d’électeurs et d’électrices qui ne se figurent plus sur les listes affichées devant certains bureaux de vote. Sans guides, ces concitoyens et concitoyennes seront en errance dans différentes circonscriptions jusqu’à ce que, fatigués et dégoûtés, ils renoncent à leur droit de vote, laissant ainsi vierge de nombreux bulletins de vote que des membres de bureaux inciviques rempliront pour eux au profit des candidats qui mettront la main à la poche pour gagner une place à la mangeoire.
  • Des agents qui arrivent tardivement dans les bureaux de vote et favorisent le comptage des voix la nuit dans des bureaux sans lumières parce que dotés de groupes électrogènes sans carburant ou encore de panneaux solaires sans batteries.
  • Des témoins des partis politiques exclus des bureaux de vote
  • Une machine à voter qui fait son retour dans le bureau au moment du comptage des voix. Elle avait, semble-t-il connu une panne et nécessitait des soins particuliers
  • Des témoins à qui l’on refuse les PV des résultats par manque de papier et d’encre pour l’imprimante si l’agent n’a pas tout simplement oublié cette machine et les fournitures en quittant dans la précipitation son gîte le matin pour le bureau de vote
  • Des témoins ou agents officiels mal intentionnés qui s’improvisent assistants des analphabètes oubliant souvent qu’elles et ils ne sont pas bêtes ! Des scènes rocambolesques avec bruits dans les isoloirs où de vieilles personnes cachant soigneusement le numéro de leur candidat dans la paume des mains surprennent ceux et celles qui prétendent les aider
  • Des fermetures de bureaux dans le strict respect des heures prescrites par la loi électorale alors qu’ils ont étés ouverts à des heures selon la volonté des responsables des bureaux. Cette opération est le moment de l’opération de grande envergure qui détermine les vainqueurs des élections.  On commence par un comptage normal des voix pour connaître les tendances. Ensuite, on compte les bulletins vides pour savoir comment les répartir entre candidats du pouvoir et de l’opposition en bonne position et qui auront surtout la main légère « loboko mpete ». Ceux et celles que les bureaux appellent « les apesa atala te » ; ceux qui donnent abondamment sans se soucier de ce qu’ils donnent !  Dans la démocratie de façade du Congo, c’est l’argent qui oriente les résultats électoraux dans un sens ou l’autre et non les votes du souverain dernier.
  • Enorme est le moment du transport des bulletins et autres PV des résultats vers les centres de compilation communément appelés « centres de complication », ou encore « centres de falsification ». L’acheminement des résultats est une étape ubuesque avec, dans certaines circonscriptions, des candidats qui offrent leurs véhicules privés pour le transport des résultats avec une escale en route pour se soulager et sans doute aussi, pour un ultime réglage des résultats. Si nécessaire, on remplacera certaines urnes en se débarrassant de celles qui gênent dans les cours d’eau cimetières de nos différentes contrées. Ah si les rivières aux dimensions fleuves d’Europe comme la Ndjili, Nsele, Lubilanshi, Lualaba, Kwango, Kwilu, Lomami, Banalia, Wamba, Bakali, Rubi, Kasai, Ruzizi, et autres pouvaient un jour livrer les secrets électoraux que renferment leurs entrailles.
  • Enfin, vient la proclamation des résultats bureau par bureau, affirment les acteurs de la CENI. Mais la réalité est toute autre surtout à la périphérie de nos villes et dans les milieux ruraux là où les curieuses caméras des observateurs internationaux n’arriveront pas. Et quand bien on observerait des anomalies, les metteurs en scène de ce fabuleux théâtre veilleront à ce que les conclusions ne soient que l’expression d’une jeune démocratie vivante qui se cherche encore. 

Dans cette perspective, il faut accepter qu’en terre des bonobos, les résultats soient proclamés dans un char de combat d’une mission des Nations Unies. Il faut comprendre que ce soit une mission d’observation électorale étrangère qui confirme la défaite du victorieux opposant historique. Il faut tolérer que les résultats des élections soient l’objet d’âpres négociations entre le Président sortant et deux de ces successeurs jusqu’à en désigner un, sous l’égide d’un puissant metteur en scène. Il faut pardonner que les résultats soient proclamés avant que certains bureaux de vote n’aient fini leurs comptages ni acheminer les plis dans les centres de « complications ».  C’est dans cette circonstance qu’en 2018, la hiérarchie de l’église catholique a été rappelée à l’ordre lorsqu’elle se trompera de destinataire des résultats en croyant trouver refuge et soutien dans les chancelleries néocoloniales. Ces dernières, avec élégance et délicatesse calmeront la fougue du porte-parole de cette confession religieuse et lui feront comprendre que le rôle de proclamer les résultats revenait à la CENI et non à son église quand bien même on lui aurait confié la gestion des fonds de l’observation électorale.  

Triste église que celle de Saint Pierre au Congo ; une église qui s’acharne à ne pas vouloir comprendre que le pouvoir néo-libéral est fatigué de la voir toujours présente et puissante dans l’espace politique de ce vaste et riche pays.  Ces puissances ne rateront pas une seule occasion pour l’égratigner et la ridiculiser à chaque fois qu’elle tentera de jouer un rôle au-delà de celui qu’on lui assignera. L’église coloniale faisait ce que Léopold II lui demandait. Pas plus. IL n’y avait pas de place pour un quelconque prophétisme !

  • Stratégie 11 : contre la fraude du jour J

Le jour J, celui des élections nécessitera une vigilance tous azimuts de la part de tous : population, agents de la CENI, témoins, observateurs, policiers, politiciens, etc. Ce jour sera le moment de confirmer notre volonté à tous d’organiser des élections zéro faute ? Concrètement :

  • Veiller à ce que les bureaux de vote existent sur les sites cartographiés. Suivre les préparatifs d’avant-veille et confirmer aux électeurs et électrices de chaque site l’existence effective de leur bureau de vote à l’endroit indiqué. Dans le cas contraire, faire immédiatement fonctionner le système d’alerte et grâce aux différents moyens de communication signaler les anomalies et exiger la présence

de ces bureaux. Des réactions dès qu’il y a des soupçons sont à exiger, car le jour même, il sera sans doute trop tard ! 

  • Pour éviter les situations où les noms des électeurs et des électrices ne figureraient plus sur les listes affichées devant certains bureaux de vote, il faudra la même vigilance de la part de tous comme dans le premier cas. Bien organisés, nous devrons communiquer avec les électeurs et électrices de nos rues, quartiers, villages et circonscriptions électorales afin de mieux les orienter vers les bureaux de vote. Des acteurs et actrices au sein de la population et vivant à proximité des bureaux, veilleront à les guider vers leurs sites de vote. Pour ce faire, nous devrons multiplier les listes des électeurs et électrices par bureau, indiquant, avec précision les adresses. Des tracts à la portée de tous suffiront pour mettre ces informations à la disposition des électeurs et électrices au courant de la semaine d’avant les élections et l’avant-veille.
  • Assister les agents des bureaux de vote afin qu’ils arrivent à temps dans les bureaux de vote. L’opération est simple et peut, dans les milieux urbains et ruraux, être pris en charge par les CEVB, cellules, paroisses et autres organisations de quartier ou de village. Il faut ici éviter une prise en charge par des membres des partis politiques ou des politiciens privés.  Le logement de l’avant et après élections peut leur être assuré dans le même cadre si nécessaire et de préférence, proche du bureau de vote. Une moto peut aussi être mise à leur disposition pour le déplacement vers le bureau de vote. La location ainsi que le carburant de la moto seront à la charge des membres de chaque communauté.
  • Devant les bureaux de vote, mettons-nous en rang pour entrer par ordre d’arrivée. Nous pouvons le faire parce que nous le faisons déjà lorsque nous attendons le bus. Aidons les policiers à nous aider en refusant de donner à certains d’entre eux l’occasion de monnayer l’accès au bureau de vote.  Refusons cette pratique en nous organisant dans le calme pour que ce jour de vote soit totalement consacré au vote. Que personne, ni homme ni femme, ne joue à l’électeur ni à l’électrice impatient. Si nécessaire, amenons nos tabourets et autres chaises en plastique sans oublier un petit sachet contenant un peu d’arachides, un morceau de pain, des beignets, du manioc ou un maïs. N’oublions notre bouteille d’eau ainsi que les casse-croûtes pour les policiers et autres agents de la CENI œuvrant sur le site. Transformons le jour de vote en jour de fête, de partage ; un jour convivial qui prendra progressivement la forme d’un sit-in puissant en attendant la proclamation des résultats. Si tout ceci se fait dans l’ordre, la police nous accompagnera et ne trouvera aucun prétexte pour nous disperser.
  • Organiser les témoins des partis politiques et les observateurs afin qu’ils ne sèment pas de troubles devant ou dans les bureaux de vote et occasionnent ainsi leurs exclusions des sites. La première chose à faire c’est de bien observer l’espace du bureau de vote et le nombre de personnes qui peuvent y prendre place. Veiller, dans l’aménagement de cet espace, à ce que celui-ci ne soit pas bondé de personnes autres que les agents de la CENI, les électeurs et électrices qui y auront accès à tour de rôle, les témoins, les observateurs et l’agent de l’ordre y affecté. Tenant compte de l’espace, les témoins et observateurs devront s’organiser bien avant par regroupement afin de déléguer, dans chaque bureau, une personne pour toute l’opposition et un délégué des partis au pouvoir. Les observateurs pourront désigner un observateur pour les nationaux et un pour les internationaux. Il faut éviter de venir se battre dans les bureaux pour la représentation des uns et des autres. Ces aménagements pourront se faire des jours avant la tenue des élections. 
  • Un contrôle strict avant, pendant et après le vote doit être assuré sur les machines à voter par les informaticiens spécialistes, représentant chaque partie prenante aux élections.  Un PV de contrôle technique sera mis à la disposition de tous. Ainsi, les agents de la CENI, les témoins et observateurs veilleront à ce qu’aucune machine non contrôlée ne soit introduite dans le bureau avant ou après les élections. 
  • Les agents de la CENI, les témoins et observateurs veilleront à la vérification des plis avant le démarrage de l’opération de vote : 
    • Des urnes vides
    • Un nombre de bulletins de vote correspondant au nombre de votants inscrits sur les listes
    • Des isoloirs avec tout l’équipement nécessaire pour le bon déroulement du choix
    • Les copie de PV à signer à la fin du vote Ø Matériels pour saisie et impression des résultats Ø Etc.
  • Pour nos analphabètes, femmes et hommes, il ne faut pas laisser des opportunistes mal intentionnés les accompagner dans les isoloirs. Aidons-les, sans les influencer, à formuler leurs choix en sachant que les analphabètes ne sont pas nécessairement bêtes !
  • Afin de contrecarrer la fraude qui intervient au sein du bureau de vote au moment du décompte final des bulletins de vote, nous avons deux possibilités :
    • Compter sur la vigilance des témoins des partis politiques et des observateurs
    • Sur base de la liste des personnes qui ont effectivement voté (il suffit de cocher sur nos listes à chaque entrée de l’un d’entre nous dans le bureau de vote), les acteurs de la société civile peuvent déterminer le nombre de bulletins utilisés et non utilisés dans leur bureau de vote. Ceci est sans doute fastidieux ; mais c’est le prix à payer pour contrecarrer, tant soit peu, l’opération de grande envergure qui détermine souvent les vainqueurs de nos élections.  IL s’agit de la répartition au sein du bureau des bulletins de vote non utilisés entre candidats du pouvoir et de l’opposition moyennant, en retour, des pièces sonnantes.
    • En attendant la proclamation des résultats bureau par bureau, nous ferons un dernier effort : celui de ne pas quitter l’enceinte ou les alentours des bureaux de vote avant la fermeture et la proclamation des résultats. Soyons nombreux autour du bureau pour attendre, dans le calme, les résultats. On peut se relayer pour que certains aillent se ressourcer pendant que les autres veillent. Agissons comme dans nos comités locaux de sécurité (CLS) dans les milieux où ils existent. Evitons les agitations ; enregistrons les résultats affichés et communiquons les vers les acteurs de la société civile des milieux où sont logés les centres de compilation en province et à Kinshasa. Utilisons nos téléphones. N’hésitons pas à rendre public les résultats de nos bureaux dès que ceux-ci sont officiellement annoncés. N’arrachons surtout pas les résultats affichés. Ne les emportons pas dans notre seul siège de parti. Que les témoins multiplient les copies de PV pour les mettre à la disposition de tout un chacun qui désire les avoir. 
    • Pour éviter que les témoins ne reçoivent pas de PV des résultats par manque de papier et d’encre pour l’imprimante ou tout simplement d’imprimante, il faut que les acteurs et actrices de la société civile, témoins et observateurs prévoient, pour chaque bureau de vote sur leur site, un flash-disk, un ordinateur, une imprimante, de l’encre, du papier de réserve sans oublier un groupe électrogène et du carburant ou un panneau solaire avec une batterie fonctionnant convenablement.
  • La fraude qui intervient au moment du transport des plis de vote vers les centres de compilation peut être fortement réduite si les stratégies mises en place en amont fonctionnent correctement. Il suffira de compter les urnes transmises ou simplement les plis selon les cas. Ne pas oublier leurs différents numéros et le nombre de bulletin contenus dans chaque  

Après les élections

La période post-électorale a toujours été une finale rocambolesque faite de récits de contestations avec quelques rares succès pour ceux et celles qui portent des recours devant les cours et tribunaux. Dans ces espaces, tous les membres de l’appareil judiciaire depuis le ministre en passant par les magistrats, juges, avocats et autres huissiers de justice, comprennent que les élections sont une chance extra de faire fortune une fois tous les cinq ans. En effet, les différents candidats et candidates avides d’argent et d’honneur sont corvéables à souhait dans leur combat pour accéder à la table du partage du gâteau national !

Dans ces espaces qui sont censés dire le droit, les candidats et surtout le peuple qui les a élus se retrouvent orphelins de la justice, car, ici, le faux devient vrai parce que jugé soudain utile et donc beau. La dernière illustration en date n’est autre que celle des toutes récentes élections de gouverneurs de province ! Vivement 2023 !

Au lendemain de chaque élection, notre pays se réveille avec un parlement panthéon, constitué de députés élus, nommés, désignés par les cours et tribunaux, coptés, etc. Quel gâchis à chaque élection ! Quel désastre pour la démocratie ! Quel bonheur pour le système néolibéral et sa démocratie de façade qui, pendant un nouveau mandat de cinq ans continueront à s’articuler autour des habituels compromis et compromissions orchestrés par des acteurs et actrices politiques qui acceptent de jouer aux marionnettes dans une pièce théâtrale dont nul d’entre eux ne sera ni dramaturge ni encore moins metteur en scène ! 

Stratégie 12 : mobilisation pour la vérité des urnes

A ce stade, une seule grande stratégie. Il nous faut apprendre de nos erreurs passées. C’est un secret de polichinelle. L’erreur de la mobilisation pour la vérité des urnes lors des élections de 2018 est venue de la démobilisation des manifestants par la hiérarchie de l’église catholique, lorsque, à tort ou à raison, elle décidera d’arrêter toute manifestation à partir de nos paroisses. Sans appui populaire, les déclarations et autres sporadiques manifestations pour la vérité des urnes n’étaient que trompe œil pour se donner bonne conscience aux yeux d’une population désabusée. Qu’importe ! Nous avons tous appris ce qu’il nous reste à faire lors des prochaines élections.

Fort des résultats compilés par notre CENI parallèle et confirmés par ceux des missions d’observation électorale, il nous faudra devancer la CENI officielle pour attendre de celle-ci la confirmation de nos résultats. Dès que notre CENI parallèle aura annoncer les résultats, sans violence, le peuple inondera les rues pour célébrer le vainqueur des élections de 2023. S’il y a un candidat qui devra se rendre à la cour constitutionnelle ; ce sera, cette fois-ci, celui que la CENI officielle tentera frauduleusement de proclamer vainqueur ! Face à un peuple mobilisé localement et sur le plan international, comme lors des dernières marches du CLC, le pouvoir en place et les lobbies qui le soutiennent ne pourront avoir comme issue de sortie que d’accepter la vérité des urnes et de laisser ce peuple savourer une énième victoire sur sa route vers la démocratie.

Pour ce qui concerne les élus locaux, nous procèderons de la même manière au moment de la proclamation des résultats. En cas de contestation devant les cours et tribunaux, munis des preuves, nous prendrons soins de nous y rendre en grand nombre soutenir le candidat réellement élu par le peuple.     

Pour conclure

Les mauvaises langues toujours soucieuses de décourager ce peuple dans pareille entreprise ne cessent de relever les imperfections de ces stratégies du peuple. A tous, on peut répondre qu’il n’y a que ceux qui osent qui peuvent se tromper et par conséquent s’évaluer et se corriger pour aller de l’avant. Le peuple congolais ne doit pas avoir peur de ses erreurs, car elles sont les signes d’un peuple qui est résolument debout, en marche. 

A l’aube de nos prochaines élections et au regard de notre longue route vers une démocratie respectueuse de l’humain, le combat est coûteux en vies humaines. Ce processus démocratique est difficile pour notre peuple qui aujourd’hui, fait la pénible et douloureuse expérience de l’enfantement d’un nouvel état. C’est dur, personne ne le nie. Tous les peuples qui se veulent indépendants passent par ces épreuves. 

Mais, cette longue et pénible lutte est bénéfique pour ce peuple qui apprend depuis plusieurs années à arracher de petites victoires qui le feront certainement grandir demain. C’est trop lent ! C’est vrai ! Mais, ce temps est mis à profit pour nous imprégner des valeurs qui devront désormais animer notre existence. Ces différents moments de douleurs sont une formidable préparation à l’acquisition des réflexes démocratiques et des méthodes de défenses de nos droits et de nos futures lois par des moyens non violents, mais efficaces, parce que respectueux de l’humain. Oui, effectivement, toutes ces années ont résolument engagé notre peuple dans une voie dont nous serons tous fiers demain. Les contours de cette démarche ne sont pas clairs, mais il y a des signes avant-coureurs qui ne trompent pas. Tenez !

Le 16 février 1992, des milliers de chrétiens ou mieux de croyants ont manifesté, dans la nonviolence, ouvrant ainsi progressivement l’ère de la démocratie au Congo en arrachant pacifiquement hier, la réouverture de la Conférence Nationale Souveraine. Cette marche a permis au laïc de réaliser que l’Évangile est plus important que son curé ou son Évêque. C’est ainsi qu’au nom de sa foi et de son désir de voir changer les choses, le croyant a fait partie de ces 3 millions de fidèles de la rue en ce mémorable dimanche pour la démocratie ! 

Alors que l’on lui fait croire que rien ne changera, notre peuple prend en charge l’éducation de ses enfants défiant ainsi d’année en année des gouvernants défaillants. Avec sa dérision légendaire, notre peuple rappelle chaque jour aux gouvernants que la gratuité de l’enseignement n’est pas synonyme de gratuité de l’enseignant.

Aujourd’hui, le peuple refuse de verser dans la violence et ce malgré les nombreuses provocations. En effet, qui aurait pu, à l’époque, penser au refus collectif de notre peuple de tomber dans le piège de la xénophobie qui leur était habilement tendu par les politiciens à partir des terres du Katanga ?

Chaque jour qui passe, nos militaires comprennent le caractère néfaste de la configuration actuelle des relations civil-militaires dans notre pays. Tous, et la population et les militaires veulent avoir une relation positive qui fera du civil l’allié du militaire en toute circonstance pour le bien de la nation toute entière. Dans leurs camps, nos militaires chuchotent que, eux aussi, attendent les élections transparentes et crédibles qui mettrons fin à toutes ces violences dont ils sont aussi victimes. Il est vrai que bon nombre parmi eux n’ont pas encore compris. Mais, il est de plus en plus évident qu’ils ne sont plus tous défenseurs d’un système qui les traite comme des animaux, entassés dans des camps insalubres, avec en main des soldes de misère ! N’est-ce pas dans cette perspective que s’inscrit l’alliance nouvelle entre civil et militaire ?

Aujourd’hui, le peuple ne reste pas seulement dans des actions de revendication. IL veut aussi être constructif. En effet, comment essaie-t-il de survivre dans un Etat où les gouvernants lui refusent un salaire décent ? Comment arrive-t-il à faire fonctionner des Comités Locaux de Sécurité (CLS) pour pallier à l’absence de l’état dans certains coins de nos villes et autres milieux ruraux ? Comment les chauffeurs taxis arrivent-ils à faire une grève de deux jours et à immobiliser toute la ville sans relais dans la presse officielle pour la mobilisation des uns et des autres ? Comment les Kimbanguistes se mobilisent-ils pour trouver les fonds qui servent à construire leurs temples et autres édifices ?  Comment les catholiques arrivent-ils à prendre en charge leur clergé, réfectionner des églises, construire des cures et organiser des manifestations en l’honneur de leurs évêques et autres Princes de l’église ?

Notre peuple a compris qu’il nous faut désormais braver nos peurs individuelles et communes pour nous mettre debout et crier haut et fort que nous n’acceptons plus ce mode de gestion inhumain que nos gouvernants imposent à toute notre nation. La peur est plus que jamais dans le camp de nos dirigeants politiques, militaires, policiers et autres agents des services.

Tout récemment encore, en 2017-2018, nous avons fait preuve de notre volonté de construire, ensemble, « un Congo plus beau qu’avant ». A travers une mobilisation qui a connu l’adhésion des Congolaises et Congolais, hommes, femmes, jeunes et vieux de toutes confessions religieuses, organisations socioprofessionnelles et politiques, des mouvements citoyens ; tous à Kinshasa et dans toutes nos provinces et au sein de la diaspora en Afrique, Europe, Canada, USA, etc., nous avons exigé et obtenu que nos dirigeants ne touchent pas à notre constitution pour s’octroyer un troisième mandat. Seul notre peuple a réalisé pareil exploit en Afrique Centrale !

Notre force c’est notre spiritualité pacifique, non violente et nos moments de prière qui constamment nous rappellent que l’humain est sacré et que c’est lui qu’il faut sauver. Contrairement à nos dirigeants qui n’hésitent pas à porter atteinte à notre être physique, nous n’en voulons pas physiquement à nos gouvernants. Nous en voulons au système inhumain qu’ils ont installé ; une absurdité qui les transforme en marionnettes ; une bêtise qui nous déshumanise au point de devenir de simples oranges que le système sangsue suce pour ensuite, sans remords, s’en débarrasser une fois vidée de son jus.

Aujourd’hui, notre histoire se construit avec des héros du quotidien qui ont un nom, un visage, un âge. Ils sont morts ; ils sont vivants ; enterrés en cachette ou non, dans des tombes connues ou inconnues, avec une croix portant le nom de chacun ou pas. Ils continueront à nous exiger une participation citoyenne rigoureuse et désormais active pour éviter de retomber dans une dictature nouvelle inutilement coûteuse en vies humaines.

Aujourd’hui plus que jamais, nous partageons un rêve commun vers la Terre Promise, une terre de liberté et d’indépendance réelle et non fictive ; une liberté qui nous permettra de choisir nous-mêmes nos dirigeants ; de mettre en place une économie de communion et de solidarité au service de notre bien-être à tous ; de développer des idées et des pensées propres à nous qui seront à la base d’une nouvelle manière d’agir et de vivre ensemble. Cette terre promise pour nous est celle de la démocratie véritable et non d’une démocratie de façade.

Surmontons nos peurs ! Abolissons nos divisions ! Sortons de notre torpeur actuelle ! Secouons-nous comme ce coq de la pub du Mundial qui a bu du coca-cola ! C’est l’heure du « brououuuuh » collectif ! Mettons-nous ensemble ! Organisons-nous efficacement, car longue est notre combat de libération et il ira au-delà des élections de 2023 ! 

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