Chanson racontée : « Procès » du poète Lutumba Simaro(audio)

Simon Lutumba Ndomanueno dit Simaro Masiya est un grand guitariste, en même temps qu’un compositeur de talent. Au pays (RDC), on l’appelait tout simplement « Le Poète ». Dans TP OK Jazz comme dans Bana OK, Simaro a apporté sa touche personnelle notamment une technique de guitare inspirée du zebola, de la rumba et de l’afro-cubain ; des chansons poétiques et pleines de spiritualité, des textes de « pure poésie » qui ont marqué toutes les générations. Lutumba était considéré comme un homme sage, à la manière des sages d’Afrique, quelqu’un qui a quelque chose à dire à toutes les générations.

Le poète Simaro Masiya fut l’un des témoins privilégiés du vécu quotidien des congolais, en général, et des Kinois en particulier. Les rares personnes qui l’ont côtoyé durant ses derniers jours, se souviennent d’un Simaro très pensif et très préoccupé par la dépravation de sa société. Souvent replié à côté du mur du lieu où se tenait chaque jeudi soir la répétition de son orchestre Bana Ok avant le grand départ des musiciens, sur avenue Kamina et non loin de terrain portant le même nom à Yolo Nord dans la commune de Kalamu, ce dernier ne cessait d’exprimer son regret de voir un si grand pays se détruire aussi rapidement avec tout ce que l’homme blanc avait laissé :

 » savez vous que nous avons connu des bus électriques dans ce pays ? Comment une si grande capitale peut avoir un problème de transport en commun ? C’est le monde à l’envers. Tous les autres africains voulaient, absolument, voir Kinshasa. Même certains chefs d’état ne passaient pas un mois sans faire un tour ici. Mais, qui nous envie aujourd’hui avec toute cette crasse?

Lutumba Simaro dans son salon à Lingwala

L’ancien chef d’orchestre du TP OK JAZZ aimait de la bonne bouffe bio. C’est ce qui l’aurait retenu chez sa deuxième épouse de tribu mongo,  » Mbole », selon certaines indiscrétions. Et Simaro Masiya ne cessait de vanter les « bilubu », plats délicieux d’antan, difficile de les retrouver aujourd’hui : mboto n’a lituma, misuni ya mboloko, mpakasa, etc.

Dans la chanson  » Mabele », Il dira même Falanga nasalaka ya mboto n’a lituma (l’argent que je gagne, c’est pour un plat poisson et de bananes plantains). Ndomanueno ne pouvait s’imaginer que les femmes se rendent au petit marché avec un sachet pour revenir avec quelques poissons appelés  » Thomson ». Il disait tout haut que le sérieux d’un gouvernement se mesurait au panier de la ménagère et que le social des congolais avait, profondément, régressé, durant plusieurs années.

Album Procès du poète Lutumba Simaro Masiya

Devant cet impasse, le poète a intenté un procès contre les autorités congolaises auprès de Dieu. « Procès » est le tout dernier album de l’initiateur de Bana Ok réalisé quelques années avant sa mort. Dans cet opus, le poète se souvient de « Kin la belle » qui l’a accompagné avec ses soirées endiablées dans les bars et autres lieux de plaisir. Il cite le bar Nzomambo où il avait même célébré le 50e anniversaire de sa carrière sur Nyangwe dans la commune de Lingwala. Simaro est parti le cœur gros comme tant d’autres artistes musiciens congolais de sa génération.

La chanson « Procès » est une vraie interpellation pour tous les congolais surtout pour les dirigeants politiques devant la misère noire des milliers des congolais. Que la capitale Kinshasa soit dans l’inondation aujourd’hui devrait retourner ce grand sage dans sa tombe.

Extrait de la chanson Procès tiré de l’album portant le même nom.

Deb’s Bukaka

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *