Anecdotes sur l’origine des noms de certaines tribus kongo

Comment sont nés les noms de nos tribus congolaises ? A quelles circonstances leur avaient-ils été attribués ? Les réponses à ces questions pertinentes ne sont pas évidentes. Pourtant, les appellations de nos tribus et ethnies ont leur origine. Si l’histoire est muette sur leur genèse, les anecdotes semblent donner suite à la curiosité suscitée par ces appellations. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, ces noms avaient été conçus, fabriqués puis octroyés à partir de certains faits anodins ou des suites d’une rencontre inattendue. Parfois, le hasard avait même été au rendez-vous pour y marquer son empreinte. Connaîtrons-nous un jour la provenance des noms de toutes les tribus congolaises ? La question reste posée. En attendant, voici l’origine de l’appellation de six tribus kongo sur la trentaine que compte cette ethnie en RDC.

Les Bandibu

Ce sobriquet daterait de 1890. Il voit le jour pendant la construction de la ligne du chemin de fer reliant la capitale et à la ville portuaire de Matadi. Ce nom fait allusion à des gens  considérés comme constituant la plus vieille souche des Bakongo. Parfois, ils sont assimilés aux Bazombo d’Angola. Pendant leurs conversations, une locution revenait fréquemment. ils répétaient souvent « ndibu-ndibu″ pour dire « n’est-ce pas ? ″ ou ″est- ce vrai ?″ A force d’employer cette marque d’oralité dans leur parler, les autres travailleurs commencèrent à les appelés Bandibu.

Le terme « ndibu″ trouve son origine au Kongo dia Ntotila. C’était une cloche rituelle en bois exclusivement utilisée par le sorcier ″nganga″(prêtre du culte ancestral, féticheur) pour attirer l’esprit des ancêtres. Dans ses mains, elle servait à identifier le ″ndoki″ (sorcier) mangeur d’âme. Elle était également attachée au cou d’une race de chien kongo qui n’aboyaient pas. Appelée aussi ″madibu″ ou encore ″dibu″ également grelot à usages multiples, la cloche ″ndibu″ était aussi classifiée dans les instruments de musique.

Les Bantandu

Ils sont implantés à l’est jusqu’aux environs de Kinshasa entre les rivières Inkisi et Nsele. Le nom qui les désigne a aussi vu le jour pendant la construction du chemin de fer sous la direction de l’ingénieur belge Albert Thijs. Ce surnom leur fut donné pour indiquer qu’ils venaient de l’amont du fleuve, ku ntandu. Or ce mot veut dire en haut ou au nord en kikongo.

Selon Ne Muanda Nsemi, les constructeurs du chemin de fer avait érigé un camp à Kisantu pour loger les travailleurs Bangala venus de la région de l’Equateur. Lorsqu’on leur demandaient, les Bakongo qui leur rendaient visite disaient souvent : ″Ngiele ku kivunda kia bisi ntandu″ (je vais au campement des gens venus d’en haut). Peu à peu, la  locution ″Bisi ntandu″ se transforma en Bantandu. Puis, cette appellation fut collée à tous les ressortissants de la région. Offusqué, le Nlongi a Kongo ne cessait de rappeler à qui voulait l’entendre qu’ils n’étaient pas des Bantandu mais plutôt des Bampangu.

Les Manianga (Bamanianga)

Au nord, sur les deux rives du fleuve Congo, à l’ouest de  Mbanza-Ngungu, on trouve les Basundi ou les Manianga. Ce dernier terme est le sobriquet que leur donna Henry Morton Stanley qui fis référence au célèbre ancien marché du même nom où lui et sa suite se ravitaillèrent lors de leur séjour aux chutes de Mpioka en 1881.

Dans son livre intitulé « Le Mukongo et le monde qui l’entourait″, Fu-Kiau Kia Bunseki donne sa version sur l’origine du terme Manianga. Selon lui, les Bamanianga sont  constitués par des Bakongo qui étaient restés dans l’actuel territoire de Luozi pendant que les autres s’étaient dirigés vers l’actuel Mayombe. Ceux qui quittèrent la région commencèrent à appeler les clans qui étaient restés de « Makanda maniangwa″ c’est-à-dire les clans abandonnés. Depuis ce temps, les noms des tribus qui formaient lesdits clans abandonnés commencèrent à disparaître et furent remplacés par la nouvelle appellation utilisée par ceux qui quittèrent la région : Makanda maniangwa, Baniangwa ou simplement Manianga.

Les Bayombe

Entre Matadi et Boma jusqu’au fleuve Shiloango qui traverse l’enclave de Cabinda, on trouve les Bayombe et les Bamboma. Au départ, le terme yombe ne se référait ni à une tribu, ni à un peuple spécifique mais à une région dont les frontières étaient toujours repoussées le plus loin possible des terres habitées. Le lieu appelé Mayombe avait quelque chose de particulier. Le voyageur ne l’atteignait jamais.

De Boma jusqu’au fleuve Shiloango, lorsque l’on demandait aux gens où se trouvalt le Mayombe, la réponse était la suivante : C’est plus loin, par-là. Et il désignait le nord. Mayombe dont l’équivalent en solongo est ″matombe″, viendrait de ″tombe″ (lisez tómbè) qui veut dire ombre ou ombrage créée par les arbres d’une forêt touffue. Yombe est le sobriquet qui désignait les habitants du pays de la forêt.

Les Mbanza Manteke (Bamanteke)

Mbanza Manteke est le nom d’un village où se trouvait le site originel de la mission érigée par le révérend américain Henry Richards en 1885. La station missionnaire y publiait aussi le périodique ″Minsamu mia Mbanza Manteke″ (Les nouvelles de Mbanza Manteke). Selon la légende, ce village fut fondé par des gens venus tout droit de Mbanza Kongo dans un passé lointain.  

Ces fondateurs appartenaient à un clan matrimonial particulier dont les représentants dans l’aire manteke, la section locale du clan, formaient un groupe exogame. Par son rayonnement, le nom de ce village avait progressivement fini par être assimilé aux gens du coin et imposé comme nom de la tribu de tous les gens originaires de ce hameau qui plus tard s’étaient dispersés dans toute la contrée. Mbanza Manteke veut dire cité de la boue.

Les Basolongo

De Boma vers l’Atlantique, on trouve les Basolongo et les Bawoyo.  Les Basolongo occupent une place particulière dans l’histoire de la RDC en général et des Bakongo en particulier car ils sont les premiers à avoir rencontré les Européens. C’était en 1482 au port de Mpinda à Soyo lorsque Diego Caõ atteignit l’embouchure de nzadi (fleuve Congo). En voyant ces portugais venir, les Basolongo les prirent pour des zimvumbi (revenants). Dans la croyance kongo, les mvumbi sont les ancêtres morts qui habitent l’océan et qui rentrent au bercail avec une autre couleur de peau afin qu’ils ne soient  pas reconnus par les leurs en difficulté.

Le nom Basolongo vient du verbe ″solola″ qui veut dire découvrir ou être découvert. Les solongo sont donc la toute première société tribale congolaise découverte par des étrangers de race blanche. L’histoire retiendra qu’ils avaient pris ce nom pour avoir été les premiers dans notre pays à avoir rencontré des Blancs.

Samuel Malonga

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *