Après l’Ituri, poursuivons notre voyage vers le Haut-Uele.Voici encore une province dont beaucoup de Congolais connaissent le nom sans véritablement connaître les richesses.Son chef-lieu est Isiro.Mais lorsque l’on examine son potentiel économique, une question surgit immédiatement :comment une province possédant autant de ressources peut-elle demeurer aussi faiblement intégrée à l’économie nationale ?

1. Kibali : l’une des grandes mines d’or africaines
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Le Haut-Uele possède un nom désormais connu dans l’industrie minière mondiale : Kibali.La mine d’or de Kibali, située dans le nord-est de la RDC, figure parmi les grandes exploitations aurifères du continent. Voilà une richesse considérable. Mais une grande mine doit être jugée non seulement par le nombre d’onces d’or qu’elle produit.

Elle doit également être évaluée par les transformations économiques qu’elle provoque autour d’elle : Combien d’entreprises locales fournit-elle ? Combien de compétences congolaises développe-t-elle ?Combien d’infrastructures laisse-t-elle ? Combien d’activités économiques survivront après l’épuisement du gisement ? C’est cela, la véritable question minière.Une mine est temporaire. Le développement qu’elle finance doit lui survivre.
2. L’agriculture : l’autre or du Haut-Uele
Mais il existe un autre or dont nous parlons beaucoup moins.La terre. Le Haut-Uele possède de vastes espaces propices à différentes activités agricoles et pastorales. Manioc, maïs, arachide, riz, cultures vivrières et élevage pourraient contribuer à structurer une économie beaucoup plus diversifiée.

La province ne doit donc pas devenir dépendante de l’or. Elle doit utiliser les recettes et les infrastructures associées au secteur minier pour construire l’économie de l’après-mine. Routes agricoles. Énergie. Écoles techniques. Transformation agroalimentaire. Élevage. Petites industries.
Voilà comment une ressource épuisable peut financer une richesse durable.
3. Garamba : une merveille naturelle mondiale
Le Haut-Uele possède également le Parc national de la Garamba, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ses paysages de savanes, de forêts et de cours d’eau constituent un patrimoine écologique exceptionnel.

Dans un contexte durablement sécurisé, Garamba pourrait participer à une véritable économie de conservation et d’écotourisme. La biodiversité congolaise ne doit plus être considérée comme une décoration écologique. Elle constitue également un capital économique, à condition d’être protégée et exploitée durablement.
4. Isiro : reconnecter une ville historique
Isiro possède une histoire importante dans les réseaux de transport et de commerce du nord-est congolais. Mais l’enclavement constitue aujourd’hui l’un des obstacles majeurs au développement de nombreuses provinces.Et l’enclavement agit comme un impôt invisible. Il augmente le prix des marchandises.Il réduit le revenu des producteurs.

Il décourage l’investissement. Il rend les services publics plus coûteux.Voilà pourquoi désenclaver le Haut-Uele n’est pas simplement construire quelques routes. C’est changer la géographie économique de la province.
5. Une position stratégique vers le nord-est africain
Le Haut-Uele se trouve également dans une région stratégique proche du Soudan du Sud et de l’Ouganda. Dans une Afrique où les grands corridors commerciaux deviennent progressivement les artères de l’intégration économique, cette position peut devenir un avantage. À condition que la RDC organise elle-même ses flux commerciaux.Car une frontière peut être une périphérie abandonnée. Mais elle peut aussi devenir une plateforme économique. Tout dépend des infrastructures et de l’État.
La leçon du Haut-Uele
Le Haut-Uele nous apprend quelque chose de fondamental. Il ne suffit pas d’avoir une mine mondialement connue pour devenir une province prospère.

Le véritable développement commencera lorsque l’or de Kibali financera directement ou indirectement davantage de routes, d’agriculture, de compétences, d’entreprises locales, d’énergie et d’industries capables de survivre à la mine elle-même. Une économie intelligente transforme les ressources épuisables en actifs durables.Voilà le défi du Haut-Uele.
Faire de son or non pas seulement une exportation, mais le capital de départ de sa transformation économique.
CLBB





