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CHRONIQUE DE CLBB/À LA DÉCOUVERTE DES 26 PROVINCES DE LA RDC Épisode 2 — Le Sud-Kivu : entre montagnes, grands lacs, café, minerais et biodiversité exceptionnelle

17 août 2026
dans Provinces
La rédactionPar La rédaction
CHRONIQUE DE CLBB/À LA DÉCOUVERTE DES 26 PROVINCES DE LA RDC Épisode 2 — Le Sud-Kivu : entre montagnes, grands lacs, café, minerais et biodiversité exceptionnelle

Après le Nord-Kivu, première étape de notre voyage à travers les 26 provinces de la République démocratique du Congo, descendons légèrement vers le sud.Nous arrivons au Sud-Kivu. Et, une fois encore, nous rencontrons l’un des grands paradoxes de notre pays : une terre immensément riche dont une grande partie de la population demeure pauvre. Lorsqu’on évoque le Sud-Kivu, on pense souvent à Bukavu, au lac Kivu, à Uvira, à la plaine de la Ruzizi, aux conflits armés, aux déplacements de populations et aux tensions qui déchirent l’Est congolais depuis plusieurs décennies. Mais le Sud-Kivu est infiniment plus que cela. C’est une province de montagnes et de plaines, de forêts et de lacs, d’agriculture et d’élevage, de minerais et d’énergie, de biodiversité exceptionnelle et de traditions commerciales anciennes. À certains endroits, la nature semble même avoir concentré sur quelques centaines de kilomètres presque tous les ingrédients nécessaires à la construction d’une économie régionale prospère. Le problème n’est donc pas de savoir si le Sud-Kivu possède des richesses. La véritable question est : pourquoi ces richesses ne produisent-elles pas encore suffisamment de prospérité pour les populations qui vivent sur cette terre ?

1. Bukavu : une ville qui pourrait être une grande destination touristique africaine

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Commençons par Bukavu.Peu de grandes villes africaines disposent d’un environnement naturel comparable.Construite sur les rives du lac Kivu, entourée de collines et bénéficiant d’un climat d’altitude relativement doux, Bukavu possède naturellement les attributs d’une ville touristique.Imaginez une Bukavu pacifiée, propre, organisée, disposant d’une voirie moderne, d’un système d’assainissement efficace, d’une corniche aménagée, d’hôtels de qualité, de restaurants tournés vers le lac, de marinas, de transports lacustres modernes et d’activités culturelles structurées.

La ville pourrait devenir une destination majeure dans la région des Grands Lacs.Le lac Kivu ne devrait pas être simplement le décor de Bukavu.Il devrait devenir l’un des moteurs économiques de la ville.Transport, pêche, aquaculture, tourisme, hôtellerie, restauration, sports nautiques et valorisation immobilière pourraient constituer toute une économie lacustre.Voilà déjà une première richesse insuffisamment transformée.

2. Kahuzi-Biega : un patrimoine mondial exceptionnel

À quelques dizaines de kilomètres de Bukavu se trouve l’un des plus extraordinaires patrimoines naturels de la RDC : le Parc national de Kahuzi-Biega.Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1980, le parc couvre environ 600 000 hectares et s’étend des forêts tropicales de basse altitude jusqu’aux formations afro-montagnardes dominées par les monts Kahuzi et Biega. Le mont Kahuzi atteint environ 3 308 mètres et le mont Biega environ 2 790 mètres.

Mais la véritable célébrité mondiale du parc est ailleurs.Kahuzi-Biega constitue l’un des principaux sanctuaires du gorille de Grauer, appelé également gorille des plaines de l’Est, une sous-espèce endémique de la RDC. L’UNESCO décrit également une biodiversité exceptionnelle comprenant notamment 136 espèces de mammifères et de nombreux autres primates.Voilà un patrimoine que de nombreux pays rêveraient de posséder. Dans un environnement sécurisé, le gorille de Grauer pourrait devenir pour le Sud-Kivu ce que certaines espèces emblématiques sont devenues pour les grandes destinations écotouristiques mondiales : un puissant moteur de conservation, de recherche scientifique, de tourisme et d’emplois locaux. Mais la biodiversité n’est économiquement durable que lorsqu’elle est protégée. La guerre, le braconnage, l’exploitation minière illégale et la pression humaine ont longtemps constitué de graves menaces pour Kahuzi-Biega.Le patrimoine naturel est donc lui aussi une victime économique de l’insécurité.

3. Le Sud-Kivu est aussi une puissance agricole potentielle

Mais descendons des montagnes et regardons maintenant les champs.Car l’une des plus grandes erreurs commises lorsqu’on parle de l’Est de la RDC consiste à regarder immédiatement sous la terre. Avant les minerais, regardons d’abord ce qui pousse sur la terre.Le Sud-Kivu possède des conditions agroécologiques permettant une grande diversité de productions.On y trouve notamment le café, le thé, le quinquina, le manioc, le maïs, le haricot, le riz, la banane, les légumes et diverses cultures vivrières. L’Agence nationale pour la promotion des investissements identifie d’ailleurs, dans le potentiel agro-industriel congolais, des filières telles que le café, le thé, le quinquina, le maïs, le manioc, le riz, l’élevage, la pêche et la pisciculture. Et ici apparaît encore le grand problème congolais :nous produisons trop souvent des matières premières alors que nous devrions produire des produits finis. Prenons le café.

Pourquoi le producteur congolais devrait-il se contenter de vendre du café brut ? Pourquoi ne pas développer au Sud-Kivu une véritable industrie du café : sélection, lavage, torréfaction, conditionnement, certification, marketing et exportation sous des marques congolaises ?Pourquoi un excellent café produit sur les montagnes du Kivu devrait-il devenir célèbre sous la marque commerciale d’un autre pays ?Nous devons apprendre à vendre non seulement le produit, mais également son origine.« Café du Kivu » devrait devenir une identité économique internationale.

4. La plaine de la Ruzizi : un potentiel agro-industriel stratégique

Le Sud-Kivu possède également une autre richesse considérable : la plaine de la Ruzizi.Cette zone située entre Bukavu et Uvira possède une vocation agricole stratégique.Avec des investissements sérieux dans l’irrigation, les routes agricoles, le stockage, la mécanisation, les semences améliorées et les unités de transformation, cette région pourrait devenir l’un des grands bassins alimentaires de l’Est congolais. Il faut comprendre une chose fondamentale :l’agriculture ne devient véritablement créatrice de richesse que lorsqu’elle est reliée à l’industrie.Produire du maïs est une chose.

Produire de la farine, des aliments pour bétail et des produits agroalimentaires en est une autre.Produire du lait est une chose. Fabriquer localement yaourts, beurre et fromages en est une autre.Produire des fruits est une chose.Fabriquer jus, confitures et conserves en est une autre.C’est cette deuxième économie que la RDC doit construire.

5. Uvira, le lac Tanganyika et l’ouverture vers l’Afrique orientale

Continuons notre voyage. Nous arrivons à Uvira.Et là apparaît une autre dimension stratégique du Sud-Kivu : le lac Tanganyika.Nous ne devons jamais regarder nos lacs uniquement comme des frontières naturelles. Ce sont également des autoroutes économiques.Le lac Tanganyika ouvre le Sud-Kivu vers le Burundi, la Tanzanie et, au-delà, les grands corridors commerciaux de l’Afrique orientale et australe. Transport lacustre, ports, pêche, transformation du poisson, commerce régional et logistique peuvent faire d’Uvira un véritable carrefour économique.

Dans une stratégie nationale cohérente, Bukavu et Uvira ne devraient donc pas être considérées isolément.Elles devraient appartenir à un même corridor économique régional reliant production agricole, activités minières, transformation industrielle, transport lacustre et commerce transfrontalier.

6. L’eau peut devenir de l’électricité

Le Sud-Kivu possède également un potentiel énergétique remarquable. La rivière Ruzizi, qui évacue les eaux du lac Kivu vers le lac Tanganyika, constitue depuis longtemps un axe majeur de coopération hydroélectrique régionale.

Les centrales Ruzizi I et Ruzizi II ont été construites sur cet axe, tandis que le projet régional Ruzizi III a été conçu pour augmenter substantiellement la production électrique destinée à la RDC, au Rwanda et au Burundi. La documentation récente du projet retient une capacité installée d’environ 206 MW.

Voilà encore une leçon. L’eau qui traverse notre territoire ne devrait pas seulement être contemplée.Elle peut irriguer. Elle peut transporter. Elle peut produire du poisson. Et elle peut produire de l’électricité.Or sans électricité abondante et fiable, il n’existe pratiquement aucune industrialisation moderne. L’énergie est donc le pont entre les richesses naturelles et la transformation industrielle.

7. Et naturellement, il y a les minerais

Comme son voisin du Nord-Kivu, le Sud-Kivu appartient à la grande région minière de l’Est congolais.Or, cassitérite, coltan et autres substances minérales ont alimenté depuis des décennies une importante économie artisanale et commerciale.

Mais nous retrouvons ici la même interrogation fondamentale :qui contrôle la chaîne de valeur ?Extraire un minerai ne suffit pas. Celui qui extrait gagne quelque chose. Celui qui négocie gagne davantage. Celui qui transforme gagne encore davantage. Celui qui fabrique le produit technologique final capte souvent la plus grande partie de la valeur. Voilà pourquoi le véritable combat économique congolais doit progressivement évoluer de :« Que possédons-nous dans notre sous-sol ? »vers :« Quelle proportion de la valeur mondiale de nos ressources restons-nous capables de capter ? »Une tonne de minerai quittant le Congo sans transformation représente potentiellement une partie de notre industrialisation qui quitte également le territoire.

8. Le Sud-Kivu possède également une richesse humaine remarquable

Mais comme je l’avais souligné pour le Nord-Kivu, la plus importante richesse ne se trouve peut-être ni dans les montagnes ni sous la terre. Elle se trouve dans l’homme.Le Sud-Kivu possède une longue tradition commerciale, intellectuelle, agricole et entrepreneuriale.Bukavu a été pendant longtemps un important centre scolaire et universitaire de l’Est du Congo.Dans les marchés, dans les villages, dans la diaspora, dans l’agriculture, dans les petites entreprises et dans le commerce transfrontalier existe un dynamisme remarquable.

Mais trop souvent, cette énergie humaine est utilisée pour survivre plutôt que pour produire à grande échelle. Voilà toute la différence entre une économie de débrouillardise et une économie de développement.Le Congolais entreprend. Mais l’État doit créer les conditions permettant à cette énergie individuelle de devenir une force productive nationale.

9. Bukavu–Uvira : imaginons un véritable axe économique

Imaginons maintenant le Sud-Kivu autrement. Bukavu devient un centre universitaire, touristique, financier et agro-industriel. Les territoires environnants produisent café, thé, quinquina, fruits, légumes et produits d’élevage. Des coopératives structurées collectent les productions. Des routes rurales permettent de les évacuer.

Des unités industrielles les transforment. Le lac Kivu transporte personnes et marchandises. Kahuzi-Biega attire chercheurs et touristes. L’électricité de la Ruzizi alimente les entreprises. Uvira devient un grand centre logistique et commercial tourné vers le lac Tanganyika. Les minerais sont formalisés, tracés et progressivement transformés. Les universités forment agronomes, ingénieurs, entrepreneurs, géologues, informaticiens et spécialistes du tourisme. À ce moment-là, nous ne parlerions plus simplement des richesses du Sud-Kivu. Nous parlerions d’une véritable économie du Sud-Kivu. Et la différence entre les deux est fondamentale.

10. Le grand paradoxe : être riche et vivre pauvre

Comme au Nord-Kivu, nous retrouvons finalement le même paradoxe. Le Sud-Kivu possède : l’eau, les montagnes, les forêts, les terres agricoles, les minerais, la biodiversité, l’hydroélectricité, deux grands lacs, une position commerciale stratégique et un capital humain considérable. Que lui manque-t-il ? La paix. Les routes. L’électricité accessible.Les infrastructures. Les capitaux productifs.La transformation industrielle. La sécurité juridique. Une administration efficace.Et surtout une vision économique de long terme. La pauvreté du Sud-Kivu n’est donc pas une fatalité géographique. Elle constitue largement un échec de transformation économique. De la province riche à la province prospère. Voilà peut-être la grande leçon que nous devons progressivement tirer de notre voyage à travers les 26 provinces. La RDC doit cesser de simplement dresser l’inventaire de ses richesses. Nous savons depuis longtemps que nous sommes riches. Cette phrase est même devenue presque une consolation nationale :« Le Congo est un scandale géologique. »Très bien.

Vue d’une famille au Sud Kivu

Mais après ? Un scandale géologique qui nourrit insuffisamment sa population reste un échec économique. Nous devons désormais construire un autre scandale :un scandale agricole, industriel, énergétique, touristique et humain. Le Sud-Kivu pourrait en devenir l’un des laboratoires. La paix y libérerait non seulement les populations de la peur.Elle libérerait également une formidable énergie économique. Elle permettrait aux agriculteurs de produire. Aux commerçants de circuler. Aux touristes de revenir. Aux entreprises d’investir. Aux universités de rayonner. Aux centrales de soutenir l’industrialisation. Aux lacs de redevenir des voies de commerce plutôt que des lignes de tension. Et aux minerais de contribuer réellement au développement du territoire dont ils sont extraits. Voilà pourquoi, une fois encore, la paix dans l’Est n’est pas seulement une question militaire. La paix est une politique économique.

Le Sud-Kivu nous enseigne donc la deuxième leçon de notre voyagePosséder des richesses naturelles ne suffit pas. La véritable richesse d’une nation commence lorsqu’elle transforme la terre en agriculture productive, l’agriculture en industrie, l’eau en énergie, les lacs en commerce, la biodiversité en tourisme durable, les minerais en chaînes de valeur et le capital humain en innovation.Voilà le Sud-Kivu que nous devons apprendre à regarder. Non pas seulement le Sud-Kivu des guerres. Mais le Sud-Kivu des possibilités. Non pas seulement une province à sécuriser. Mais une province à reconstruire, connecter, industrialiser et développer. Notre voyage à travers les 26 provinces continue. Après les volcans du Nord-Kivu et les montagnes, les grands lacs et les vallées du Sud-Kivu, nous découvrirons bientôt une troisième province de cet immense pays dont nous connaissons encore trop peu les extraordinaires potentialités. Car connaître le Congo, province après province, c’est commencer à comprendre une vérité essentielle : la puissance future de la RDC ne viendra pas d’une seule province ni d’un seul minerai.Elle viendra de la mise en réseau et de la complémentarité économique de ses 26 provinces.

CLBB

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