La République démocratique du Congo est un pays que nous prétendons souvent connaître, alors que nous connaissons finalement assez peu ses profondeurs.Nous connaissons Kinshasa, Lubumbashi, Goma, Bukavu, Kisangani ou Mbuji-Mayi. Nous connaissons les noms des 26 provinces. Nous parlons abondamment du cuivre, du cobalt, du coltan, du diamant et de l’or. Mais connaissons-nous réellement les richesses particulières de chacune de nos provinces ?
Je voudrais donc commencer une série de chroniques consacrées à la connaissance de la RDC à travers ses 26 provinces.Non pas seulement leur géographie administrative, mais leurs richesses naturelles, agricoles, minières, énergétiques, touristiques, humaines et économiques.Car on ne peut véritablement aimer, défendre et développer un pays que l’on ne connaît pas.Pour cette première étape, allons au Nord-Kivu.
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Le Nord-Kivu : bien davantage qu’une terre de guerre
Lorsqu’on prononce aujourd’hui le nom du Nord-Kivu, les premiers mots qui viennent malheureusement à l’esprit sont : guerre, M23, déplacements de populations, insécurité, minerais et tensions régionales.C’est compréhensible. Mais c’est aussi profondément réducteur.

Le Nord-Kivu est d’abord l’une des régions les plus spectaculaires et potentiellement les plus prospères de la RDC.C’est une terre où se rencontrent volcans, montagnes, forêts, savanes, lacs, terres agricoles extrêmement fertiles, minerais stratégiques et biodiversité exceptionnelle.Le paradoxe est saisissant : une province que la nature semble avoir particulièrement favorisée est devenue, par l’histoire et la géopolitique, l’un des principaux théâtres de souffrance de notre pays.
1. Le royaume des volcans
Impossible de parler du Nord-Kivu sans commencer par ses géants : le Nyiragongo et le Nyamuragira.
Le Nyiragongo domine Goma et constitue l’un des volcans actifs les plus célèbres du monde. Le Nyamuragira figure également parmi les volcans les plus actifs d’Afrique. (Virunga National Park)Cette activité volcanique représente évidemment une menace permanente pour les populations.Mais elle contribue aussi à l’identité géologique exceptionnelle de la région.Dans un pays disposant d’infrastructures scientifiques et touristiques adaptées, cet environnement pourrait soutenir un véritable écosystème autour de la volcanologie, de la recherche universitaire, de la géothermie, de l’écotourisme et des sciences de la Terre.Le volcan ne devrait donc pas être uniquement considéré comme une menace.Il peut également devenir un laboratoire scientifique et une ressource économique.
2. Virunga : un patrimoine mondial que beaucoup de pays rêveraient de posséder
Et puis il y a cette merveille : le Parc national des Virunga.Créé en 1925, il est le plus ancien parc national d’Afrique et est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il s’étend sur environ 7 800 km². (Virunga National Park)Ses chiffres donnent le vertige : environ 218 espèces de mammifères, 706 espèces d’oiseaux, 109 espèces de reptiles, 78 espèces d’amphibiens et 22 espèces de primates y sont recensées. (Virunga National Park). On y trouve notamment les célèbres gorilles de montagne, mais aussi des chimpanzés, éléphants, hippopotames, lions et une extraordinaire diversité d’espèces.Virunga est même présenté comme la seule aire protégée au monde abritant trois taxons de grands singes : gorille de montagne, gorille des plaines orientales et chimpanzé de l’Est. (Virunga National Park)

Left: Mount Muhabura (4127m)
Right: Mount Gahinga (3474 m)
The lake in the right part of the picture is Lake Ruhonda.
The Virunga Volcanoes are home of the critically endangered mountain gorilla (gorilla beringei beringei), listed on the IUCN Red List of Endangered Species due to habitat loss, poaching, disease, and war.
Imaginez un instant cette richesse située dans un environnement durablement pacifié, accessible par de bonnes routes, doté d’hôtels, de centres de recherche, d’écoles de conservation, de circuits touristiques sécurisés et d’une véritable industrie touristique.Combien de milliers d’emplois pourraient en découler ?
3. Les lacs : une autre richesse insuffisamment exploitée
Le Nord-Kivu regarde également vers deux grandes étendues d’eau : le lac Kivu et le lac Édouard.Le lac Kivu constitue évidemment l’un des paysages emblématiques de Goma. Mais un lac n’est pas seulement un beau paysage. C’est potentiellement la pêche, l’aquaculture, le transport lacustre, le tourisme, l’hôtellerie et l’énergie.

Left: Mount Muhabura (4127m)
Right: Mount Gahinga (3474 m)
The lake in the right part of the picture is Lake Ruhonda.
The Virunga Volcanoes are home of the critically endangered mountain gorilla (gorilla beringei beringei), listed on the IUCN Red List of Endangered Species due to habitat loss, poaching, disease, and war.
Le lac Kivu possède en outre d’importantes ressources en gaz méthane. Les documents officiels congolais identifient explicitement le méthane du lac Kivu parmi les importantes ressources énergétiques du pays. (Medd). Le lac Édouard, quant à lui, constitue un écosystème remarquable. Virunga le décrit comme l’un des lacs les plus fertiles d’Afrique, riche en poissons et entouré d’une faune exceptionnelle. (Virunga National Park)Voilà donc encore une richesse : l’économie bleue du Nord-Kivu.
4. Une formidable terre agricole
On oublie parfois que l’une des plus grandes richesses du Nord-Kivu ne se trouve pas sous terre. Elle pousse sur la terre. Grâce notamment à ses conditions climatiques et à la fertilité de nombreuses zones, la province possède un potentiel agricole considérable. On y produit notamment pommes de terre, haricots, maïs, légumes, café, thé, cacao et diverses cultures vivrières et commerciales. Les documents pédagogiques officiels congolais présentent d’ailleurs le Nord-Kivu comme fournisseur de viande, pommes de terre et haricots, tandis que la Banque mondiale relève le potentiel des cultures commerciales comme le café, le thé et le cacao. (Éducation Nationale). Voilà peut-être la richesse dont nous parlons le moins. Car une agriculture moderne signifie beaucoup plus que produire des aliments.Elle signifie créer des chaînes de valeur.

Woman farmer and advisor discussing irrigation ditches in banana grove, to help collect rainfall and prevent rapid soil erosion, Rwanda
Nature
Pourquoi exporter simplement le café lorsqu’on peut le torréfier, l’emballer et construire une marque ? Pourquoi vendre uniquement des pommes de terre lorsqu’on peut développer des unités de transformation ? Pourquoi produire du lait sans développer une industrie du fromage, du beurre et du yaourt ? La véritable richesse commence lorsque la production agricole rencontre l’industrie.
5. Le sous-sol : coltan, cassitérite, or et autres minerais
Et naturellement, il y a les minerais.Le Nord-Kivu appartient à cette grande ceinture minière de l’Est congolais dont le sous-sol contient notamment coltan, cassitérite et or. La Banque mondiale souligne explicitement l’importance des ressources agricoles et minières de la province, notamment l’étain, l’or et le coltan. (World Bank).

Ces minerais sont devenus stratégiques dans l’économie mondiale.Le problème congolais n’est donc pas l’absence de richesses. Le problème est de savoir qui contrôle leur extraction, qui les commercialise, où elles sont transformées et surtout où reste la valeur ajoutée. Car lorsqu’un minerai quitte clandestinement le territoire ou lorsqu’il est exporté sans transformation suffisante, la RDC exporte également des emplois, des recettes fiscales et une partie de son développement futur.
6. Le Nord-Kivu pourrait devenir un grand pôle touristique africain
Imaginez maintenant un autre Nord-Kivu.Un visiteur arrive à Goma. Il découvre le lac Kivu.Il visite les paysages volcaniques. Il explore les Virunga. Il découvre les gorilles de montagne. Il poursuit vers les paysages du lac Édouard, les plaines, les montagnes et les forêts. Il consomme les produits agricoles locaux, achète l’artisanat local, dort dans des établissements construits et exploités localement et découvre les cultures des populations du Kivu. Ce n’est pas une utopie géographique.

La nature a déjà construit l’essentiel de la destination. Ce qui manque, ce sont principalement la paix, les infrastructures, les investissements, la gouvernance, la formation professionnelle et une véritable politique touristique. Il faut d’ailleurs rappeler qu’en raison de la situation sécuritaire, les activités touristiques telles que les treks des gorilles et du Nyiragongo restent actuellement fermées jusqu’à nouvel ordre. (Visit Virunga)Voilà le coût économique invisible de la guerre. Nous comptons les morts et les déplacés à juste titre. Mais nous calculons rarement les milliards de richesses qui ne sont jamais créées parce que la guerre empêche l’économie normale d’exister.
7. La richesse la plus importante reste pourtant l’homme
Il existe enfin une richesse qu’aucune carte géologique ne peut mesurer : la population du Nord-Kivu elle-même. Une population commerçante, entreprenante, agricole, mobile et résiliente, qui a développé une remarquable capacité de survie malgré plusieurs décennies de conflits. Goma en constitue l’une des manifestations les plus visibles. Même au milieu des crises, la ville commerce, construit, entreprend et innove. Le défi consiste précisément à transformer cette énergie de survie en énergie de développement.

Le grand paradoxe du Nord-KivuEt nous arrivons à la question fondamentale de cette chronique.Comment une terre aussi riche peut-elle abriter autant de pauvreté et de souffrance ?Voilà l’un des grands paradoxes congolais.Le Nord-Kivu possède : la terre, l’eau, les minerais, les volcans, les paysages, la biodiversité, l’agriculture, les ressources énergétiques et le capital humain. Ce qui lui manque n’est donc pas la richesse. Ce qui lui manque depuis trop longtemps, c’est la transformation politique et économique de cette richesse en prospérité collective. La guerre détruit les circuits économiques. L’insécurité éloigne les investisseurs. La contrebande détourne les ressources. Les infrastructures insuffisantes isolent les producteurs.L’absence de transformation locale exporte la valeur ajoutée. Et la faiblesse de l’État laisse trop souvent d’autres acteurs organiser l’économie à sa place. Et si nous changions notre regard sur le Nord-Kivu ? Nous devons donc cesser de regarder cette province uniquement à travers les communiqués militaires. Le Nord-Kivu n’est pas simplement une zone de conflit. C’est potentiellement une grande province agricole, touristique, minière, énergétique et commerciale de la RDC. Voilà pourquoi la paix dans l’Est ne doit pas être considérée uniquement comme une exigence sécuritaire. La paix est aussi une politique économique. Pacifier le Nord-Kivu, c’est libérer des terres agricoles. C’est sécuriser les circuits commerciaux. C’est permettre le retour du tourisme. C’est formaliser l’exploitation minière. C’est attirer les investissements. C’est développer l’industrie agroalimentaire. C’est créer des emplois. C’est finalement permettre aux Congolais de vivre des richesses qui se trouvent chez eux. Le Nord-Kivu nous enseigne ainsi une première leçon dans ce voyage à travers les 26 provinces : La RDC n’est pas un pays pauvre. C’est un pays extraordinairement riche qui n’a pas encore suffisamment appris à transformer ses richesses naturelles en richesse nationale. Notre voyage ne fait que commencer. Après le Nord-Kivu, nous irons découvrir une autre province, ses merveilles, ses potentialités, ses ressources méconnues et surtout ce qu’elle pourrait apporter à la construction d’une économie congolaise véritablement intégrée. Car connaître les 26 provinces, c’est finalement apprendre à connaître les 26 visages d’un même géant : la République démocratique du Congo.
CLBB





