Les nations se construisent autant par leur avenir que par leur mémoire. Un peuple qui oublie ses morts finit souvent par oublier les raisons de son existence. Mais une mémoire n’a de valeur que lorsqu’elle est constante, sincère et indépendante des intérêts politiques du moment.En République démocratique du Congo, la commémoration du Génocost occupe désormais une place importante dans le discours officiel. Cette reconnaissance était attendue par des millions de Congolais dont les familles ont été frappées par près de trois décennies de guerres, de massacres et de déplacements.Cependant, une question demeure.Pourquoi cette mémoire officielle s’est-elle imposée avec autant de force seulement après la rupture entre Kinshasa et Kigali ?Au début de son mandat, le président Félix Tshisekedi avait fait le choix du rapprochement avec le Rwanda. Les images de fraternité avec Paul Kagame étaient nombreuses et l’espoir d’une coopération régionale semblait primer sur les blessures du passé.Durant cette période, la question des victimes congolaises paraissait reléguée au second plan. Les débats sur les responsabilités historiques restaient discrets, au nom de la normalisation des relations entre les deux États.Puis tout a changé.La résurgence du M23, les accusations répétées contre Kigali, les rapports internationaux et la détérioration spectaculaire des relations diplomatiques ont replacé la mémoire des victimes au cœur du discours politique congolais.Cette évolution soulève une interrogation légitime.Si les relations entre Kinshasa et Kigali étaient restées excellentes, le Génocost aurait-il bénéficié de la même reconnaissance officielle ?Autrement dit, assistons-nous à un véritable devoir de mémoire ou à une mémoire devenue un instrument de politique étrangère ?Poser cette question ne revient nullement à minimiser les souffrances des victimes. Bien au contraire.Le respect des victimes exige précisément que leur mémoire ne dépende jamais des fluctuations diplomatiques.Une autre interrogation mérite également d’être posée.Comment expliquer que, parallèlement aux cérémonies officielles, des accusations récurrentes de mauvaise gestion ou de détournement de fonds destinés aux victimes aient circulé dans le débat public, visant notamment certaines structures proches du pouvoir ? Si de telles allégations existent, elles doivent être traitées avec la plus grande transparence. Les institutions compétentes ont la responsabilité de vérifier les faits, d’établir les responsabilités lorsqu’elles sont démontrées et d’écarter les accusations lorsqu’elles ne le sont pas.Les victimes méritent mieux que des polémiques.Elles méritent la vérité.Car la mémoire n’est pas un slogan.Elle n’est pas une arme de circonstance.Elle n’est pas un outil de communication politique.Elle est un engagement moral.Si le Génocost constitue réellement une cause nationale, alors il doit transcender les alternances politiques, les alliances diplomatiques et les rivalités partisanes. Il doit devenir un patrimoine collectif de tous les Congolais.Les morts n’appartiennent ni à un parti politique, ni à un gouvernement, ni à un président.Ils appartiennent à la Nation.Une mémoire sincère ne choisit ni ses victimes, ni son calendrier.Elle demeure fidèle à la vérité, quelles que soient les circonstances.
CLBB





