Chaque mois, les institutions de la République s’enfoncent un peu plus dans les excès. Présidence, Primature, Assemblée nationale, ministères… toutes naviguent à contre-courant des discours d’austérité et de rigueur financière qu’elles brandissent à la télévision. Et pendant que les chiffres explosent dans les bureaux climatisés de la capitale, la population, elle, continue d’étouffer sous le poids d’un quotidien sans répit.
Les derniers chiffres de la Direction générale des politiques et programmation budgétaire font froid dans le dos : la Primature a dépassé de 409 % ses frais de fonctionnement au premier semestre 2025.
175 milliards de francs congolais soit 61,4 millions de dollars américains engloutis en six mois.
Un record qui met à nu les failles criantes de la discipline budgétaire de l’exécutif.
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“C’est compliqué la vie aux gens inutilement après qu’ils aient tout dépensé eux-mêmes”, ironise un haut fonctionnaire sous couvert d’anonymat.
Derrière les chiffres, un paradoxe insoutenable : pendant que la Primature s’offre le luxe de dépenses colossales, les fonctionnaires attendent encore leurs primes du quatrième trimestre, et les agriculteurs, eux, ne voient aucun financement concret. Le gouvernement vient d’augmenter le budget de l’Assemblée nationale, laissant pantois un secteur agricole pourtant vital.
L’agriculture, colonne vertébrale du développement, reste délaissée, pendant que les cortèges officiels se multiplient et que les dépenses dites de “fonctionnement” deviennent un gouffre sans fond.
Une baisse du dollar… qui appauvrit davantage
Ironie du sort : la Primature se félicite d’avoir stabilisé le franc congolais face au dollar. Mais cette “baisse du dollar” ne se traduit dans aucun panier de la ménagère.
Le prix du carburant reste figé, le transport demeure un calvaire, et les denrées alimentaires continuent leur ascension silencieuse.
Le peuple ne mange pas les taux de change : il vit les prix des marchés, il subit les coûts des transports, il ressent la dureté d’un franc fort dans un pays économiquement faible.
Changer le taux sans changer la vie, c’est dépouiller le peuple deux fois : par le mensonge et par la misère.
Des chiffres qui défient la raison
Le rapport budgétaire montre que les rémunérations du personnel de la Primature ont atteint 27,4 millions USD, soit 61 % des prévisions annuelles. Mais le vrai scandale réside dans les 22,4 millions USD de frais de fonctionnement, pour une prévision initiale de 4,4 millions seulement.
Un dépassement de 509 %, qui interroge : où sont passés les garde-fous ? Qu’est devenue la responsabilité politique ?
À cela s’ajoute 2,5 millions USD pour les biens et matériels, portant le total à plus de 52 millions USD dépensés directement par le cabinet de la Première ministre en six mois. Et pendant ce temps, près de 9 millions USD supplémentaires sont engagés pour des infrastructures publiques dont l’impact reste invisible.
Une gouvernance qui perd le sens
Chaque dépassement budgétaire est un choix politique. Choisir d’augmenter le budget du Parlement tout en réduisant les moyens du monde rural, c’est un message clair : le pouvoir sert d’abord ceux qui le détiennent.
Mais un pays qui aspire à devenir “l’Allemagne de l’Afrique” ne peut pas continuer à vivre dans cette logique de privilèges et d’indifférence.
Un gouvernement responsable s’occupe d’abord des urgences sociales, pas de ses appétits institutionnels.
La dérive budgétaire n’est pas qu’un chiffre : c’est une fracture morale entre dirigeants et dirigés.
À force de jouer avec les colonnes Excel, on oublie que derrière chaque ligne budgétaire, il y a des vies, des enseignants impayés, des hôpitaux à bout de souffle, des marchés vides.
Le mot de la fin
Le Congo ne manque pas d’argent il manque de conscience.
Et tant que le sens du service public sera remplacé par celui du service personnel, le peuple congolais continuera de payer la facture d’une gouvernance qui dépense sans vergogne et gouverne sans compassion.
NGK





