Kinshasa n’avait plus connu pareille effervescence institutionnelle dans le secteur des communications depuis l’indépendance. Ce lundi 27 avril 2026, sous les ors du Centre culturel et artistique d’Afrique centrale, le Président de la République Félix Tshisekedi a posé un acte à la fois politique et stratégique en lançant les tout premiers États généraux des Postes et Télécommunications. Un rendez-vous fondateur, où se joue bien davantage qu’une réforme sectorielle : l’architecture même de la souveraineté numérique congolaise.
D’emblée, le ton est donné. Face à un parterre d’opérateurs, d’experts et de décideurs publics, José Mpanda en sa qualité de Ministre des tutelles, inscrit ces assises dans une attente longtemps contenue. Celle d’un secteur en quête de cohérence, d’investissements structurants et d’un cap politique clair. L’ambition est désormais assumée : arrimer la République démocratique du Congo à la grande bascule digitale du XXIe siècle. Et pour ce faire, un instrument central se dessine déjà : la signature imminente d’un pacte entre l’État et les acteurs du secteur, censé sceller l’engagement collectif pour une RDC « digitalement connectée » à l’horizon 2030.
Dans les couloirs comme à la tribune, les mots résonnent avec une gravité nouvelle. Il ne s’agit plus seulement de connectivité, mais de transformation systémique. « Donner la parole aux opérateurs, recueillir leurs attentes, améliorer la qualité de service » : derrière la rhétorique ministérielle, se profile un impératif de crédibilité. Car le paradoxe congolais est connu : un potentiel numérique immense, porté par une démographie jeune et un usage mobile en plein essor, mais entravé par des infrastructures inégales et une régulation encore fragmentée.

Le chef de l’État, lui, élève le débat. Dans une allocution dense, Félix Tshisekedi dépasse le registre économique pour inscrire les télécommunications au cœur des enjeux de puissance. Les mots sont choisis, presque martelés : sécurité, souveraineté, maîtrise des réseaux. À l’ère des cybermenaces et des dépendances technologiques, Kinshasa entend ne plus subir, mais structurer. « Aucun État sérieux ne peut négliger l’architecture de ses communications », avertit-il, dessinant en creux une doctrine nationale encore en gestation.
Car si les avancées sont réelles, la loi de 2020 sur les télécommunications, le Code du numérique, elles demeurent, de l’aveu même du président, inachevées. Fragmentées, parfois inadaptées aux mutations rapides du secteur, elles appellent une refondation juridique capable d’embrasser les défis contemporains : protection des données, régulation des plateformes, cybersécurité, inclusion numérique.
Au cœur de ces États généraux, un objectif cristallise les attentes : connecter les 145 territoires du pays. Un défi titanesque dans un État-continent, où la fracture numérique épouse souvent les lignes de fracture économiques et territoriales. Mais aussi une promesse politique forte : celle d’un développement plus inclusif, où les services financiers mobiles, l’innovation entrepreneuriale et l’économie numérique deviendraient des leviers d’intégration nationale.

Ainsi s’ouvre à Kinshasa une séquence décisive. Entre volontarisme politique et contraintes structurelles, la RDC joue une partition délicate, mais essentielle. Car dans le tumulte du monde numérique, ne pas se connecter pleinement, c’est déjà décrocher. Et pour le pouvoir congolais, l’équation est désormais limpide : la souveraineté du XXIe siècle passera aussi, et peut-être surtout, par la maîtrise des réseaux invisibles.
NGK





