Ce qui devait être un outil de justice réparatrice pour des millions de Congolais se transforme peu à peu en un scandale de détournement et de mauvaise gouvernance. Le Coordonnateur ad intérim du Fonds de Réparation et d’Indemnisation des Victimes des Activités Illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO) a été cueilli ce vendredi 26 juillet au Palais de justice à Kinshasa, alors qu’il venait, selon des sources, “soutenir son mentor”. Ironie du sort, c’est lui qui s’est retrouvé dans les filets de la justice.
Des sources proches du dossier font état de graves malversations dans la gestion de cet établissement stratégique. Des irrégularités ont été relevées dans l’identification des victimes, le traitement des dossiers, mais surtout dans la gestion opaque des centaines de millions de dollars versés par l’Ouganda à la RDC, en application de l’arrêt de la Cour Internationale de Justice (CIJ). L’argent censé réparer les douleurs, les pertes et les souffrances de guerre serait détourné à des fins personnelles et clientélistes.
Créé pour réparer des décennies d’injustice, le FRIVAO est en train de devenir un symbole de mépris envers les victimes. Des veuves, orphelins, déplacés, mutilés et autres victimes directes des conflits entre 1998 et 2003 attendent toujours un geste de reconnaissance, pendant que certains gestionnaires s’enrichissent dans le silence complice de l’État.
Le pillage après la guerre
La RDC a obtenu gain de cause devant la CIJ : l’Ouganda a été reconnu coupable d’actes de pillage, de violations des droits de l’homme, de meurtres et de destruction de ressources naturelles sur le territoire congolais. Le jugement de La Haye devait être un tournant historique pour la justice internationale. Mais ce tournant est en train d’être saboté de l’intérieur.
Les fonds versés par Kampala, évalués à plus de 325 millions USD pour la première tranche, auraient dû alimenter un mécanisme crédible, transparent et humain. Or, ce sont plutôt des réseaux mafieux, des intérêts politiques et des appétits individuels qui semblent avoir pris le contrôle de ce mécanisme.
Silence de l’État, colère du peuple
Jusqu’ici, ni le gouvernement, ni les autorités judiciaires n’ont officiellement communiqué sur l’arrestation du Coordonnateur ai, encore moins sur les irrégularités criantes dans la gestion du FRIVAO. Ce silence interroge. Est-ce la peur d’éclabousser des hauts responsables ? Est-ce le signe d’une complicité plus profonde ? Le peuple, lui, gronde déjà.
Des voix s’élèvent au sein de la société civile pour exiger un audit externe du fonds, des poursuites judiciaires contre tous les gestionnaires impliqués, et la publication de la liste des bénéficiaires. Car il ne s’agit pas d’un simple détournement : il s’agit d’un crime moral contre des victimes déjà meurtries, qui se voient aujourd’hui volées une seconde fois.
La justice doit aller jusqu’au bout. Les Congolais ont besoin d’exemples concrets de reddition des comptes. Le FRIVAO ne doit pas devenir un fonds fantôme, mais bien une lumière dans l’histoire de la réparation post-conflit.
Une injustice réparée sur papier ne vaut rien si elle est dérobée dans les faits.
La Rédaction





