À mesure que les échéances politiques se rapprochent, une question dérangeante s’impose : les autorités ont-elles déjà tourné leur regard vers 2028 au point de relâcher toute discipline dans la gestion des finances publiques ? Comment expliquer autrement que, trimestre après trimestre, les dépassements budgétaires deviennent la norme, sans correction ni conséquence visible ?
Les chiffres de l’exécution budgétaire 2025 ne traduisent plus de simples écarts, mais une dérive persistante. Plus de 832 millions de dollars dépensés contre 303 millions prévus : s’agit-il encore d’une mauvaise anticipation ou d’un choix délibéré d’ignorer les limites fixées ? Cette répétition des excès ne finit-elle pas par révéler une vérité plus inquiétante : celle d’un pouvoir qui agit comme s’il n’avait plus de comptes à rendre à long terme ?
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Le constat est d’autant plus troublant qu’il ne se limite pas aux seules institutions centrales. Dans les entreprises publiques, les mêmes pratiques semblent perdurer : gestion opaque, soupçons récurrents de détournements, absence de sanctions visibles. Faut-il y voir un simple dysfonctionnement ou les symptômes d’un système où chacun se sert tant que le temps le permet ? Les récents cas de l’Office Congolais de Contrôle (OCC) et de l’Office de Gestion du Fret Multimodal, où des directeurs généraux ont été suspendus voire remplacés sur fond d’accusations de détournement, ne viennent-ils pas illustrer cette dérive devenue presque banale ?
Dès lors, une interrogation s’impose avec insistance : ces dérives traduisent-elles une forme de précipitation ? Comme si certains responsables, convaincus de ne pas s’inscrire dans la durée, accéléraient les dépenses sans se soucier de l’équilibre futur ? Peut-on parler d’une gouvernance de transition, où l’on consomme aujourd’hui ce que d’autres devront assumer demain ?
Et au sommet de l’État, le contrôle existe-t-il encore réellement ? Le chef de l’État suit-il de près la marche financière du pays, comme l’exige sa fonction, ou ces dépassements répétés échappent-ils à toute régulation effective ? Peut-on croire que de tels écarts, aussi massifs et réguliers, puissent se produire sans alerter les plus hautes autorités ?
Car au fond, la question dépasse les chiffres. Elle touche à la responsabilité même de l’État. Peut-on continuer à appeler à la rigueur tout en laissant prospérer des pratiques qui la contredisent ouvertement ? Peut-on exiger des sacrifices des citoyens quand, dans le même temps, les institutions donnent le sentiment de fonctionner sans limites ?
À force de répétition, ces dépassements budgétaires ne deviennent-ils pas le signe d’un relâchement généralisé, voire d’un désengagement progressif ? Et si cette gestion sans frein n’était pas seulement une dérive… mais le symptôme d’un pouvoir qui, déjà, regarde vers la sortie ?
NGK





