« Certaines provinces doivent chercher leur richesse. Au Lualaba, elle est déjà sous les pieds. Le véritable problème est de savoir comment la faire remonter jusqu’au bien-être de la population. »
- Bienvenue dans l’un des coffres-forts miniers de la planète
Après le Haut-Katanga, poursuivons notre voyage dans l’ancien grand Katanga.
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Direction le Lualaba, au sud-est de la République démocratique du Congo.
Son chef-lieu est Kolwezi, ville dont le nom est désormais intimement associé aux marchés mondiaux du cuivre et du cobalt.
La province couvre environ 121 308 km². Elle comprend la ville de Kolwezi et cinq territoires : Dilolo, Kapanga, Lubudi, Mutshatsha et Sandoa. L’ANAPI souligne aussi sa position stratégique, au voisinage de l’Angola et de la Zambie. (Invest in DRC)
Mais pour comprendre véritablement le Lualaba, il faut regarder bien au-delà de ses frontières administratives.
Car ce qui se passe à Kolwezi intéresse aujourd’hui Washington, Pékin, Bruxelles, Tokyo, Séoul et les grandes multinationales de l’automobile et des technologies.
Pourquoi ?
Parce qu’une partie de l’avenir énergétique du monde passe par ici.

- Kolwezi : quand une ville congolaise devient stratégique pour le monde
Le Lualaba est l’un des grands centres mondiaux de production de cuivre et de cobalt.
Son sous-sol contient notamment du cuivre, du cobalt, de l’or et du manganèse. L’ANAPI identifie encore d’autres ressources susceptibles d’être davantage valorisées. (Invest in DRC)
Or, le cuivre et le cobalt ne sont plus de simples minerais.
Ils sont devenus des matières premières stratégiques.
Le cuivre est indispensable aux réseaux électriques, aux infrastructures énergétiques, aux véhicules électriques et à une multitude d’équipements industriels.
Le cobalt joue notamment un rôle important dans certaines technologies de batteries rechargeables.
Voilà pourquoi le Lualaba ne doit plus être regardé uniquement comme une province congolaise éloignée de Kinshasa.
Le Lualaba se trouve désormais sur l’échiquier géoéconomique mondial.
Et c’est précisément là que commence notre interrogation.

- Le paradoxe de Kolwezi
Imaginez une ville sous laquelle se trouvent des minerais indispensables à l’économie mondiale du XXIᵉ siècle.
Des camions circulent.
Des excavatrices creusent.
Des usines fonctionnent.
Des investisseurs arrivent.
Des tonnes de minerais sont extraites.
Des milliards de dollars circulent dans les chaînes de valeur internationales.
Et pourtant, autour de cette richesse extraordinaire subsistent des populations confrontées au chômage, à la précarité, aux problèmes de logement, d’eau, d’électricité, d’assainissement et d’infrastructures.
Voilà ce que j’appellerais :
le paradoxe de Kolwezi.
La richesse est visible.
Mais son impact social ne l’est pas toujours dans les mêmes proportions.
C’est peut-être ici que l’on comprend le mieux cette phrase :
Un pays peut être extraordinairement riche dans son sous-sol et relativement pauvre à la surface.

- La mine : bénédiction ou malédiction ?
La question n’est pas d’être contre l’exploitation minière.
Ce serait absurde.
Le cuivre et le cobalt constituent des avantages comparatifs extraordinaires pour la RDC.
La vraie question est :
que faisons-nous de cet avantage ?
Si nous extrayons le cobalt pour l’exporter presque exclusivement comme matière première ou produit faiblement transformé, nous abandonnons une partie importante de la chaîne de valeur à d’autres économies.

Le minerai quitte Kolwezi.
Puis ailleurs interviennent davantage de raffinage, de transformation chimique, de fabrication de composants, d’ingénierie, de recherche, de logistique et de commercialisation.
À chaque étape supplémentaire, la valeur augmente.
Et avec elle :
les emplois,
les compétences,
les entreprises,
les technologies,
les impôts,
les salaires
et la richesse nationale.
Voilà pourquoi l’enjeu du Lualaba n’est plus seulement minier.
Il est industriel.

- De Kolwezi à la batterie : le rêve industriel congolais
Imaginons maintenant une stratégie différente.
Pourquoi le Lualaba ne deviendrait-il pas progressivement un grand cluster industriel du cuivre et des matériaux pour batteries en Afrique ?
Il faudrait développer davantage :
la métallurgie,
le raffinage,
les produits semi-finis en cuivre,
les câbles électriques,
les composants industriels,
les précurseurs et matériaux liés aux batteries lorsque leur production est économiquement viable,
les laboratoires,
les centres de recherche,
la formation technique
et les services industriels liés aux mines.
L’ANAPI identifie explicitement la valorisation métallurgique du cuivre, du cobalt et du manganèse ainsi que les applications industrielles du cuivre parmi les opportunités d’investissement du Lualaba. (Invest in DRC)
Voilà où devrait se situer notre ambition.
Passer de la province qui extrait à la province qui transforme.

- Mais le Lualaba n’est pas seulement une mine
Voilà une erreur fréquente.
Lorsqu’on parle du Lualaba, on pense immédiatement au cuivre et au cobalt.
Pourtant, la province possède également un potentiel agricole, halieutique, forestier et agro-industriel.
L’ANAPI cite notamment le maïs, le manioc, le riz, l’arachide, la pomme de terre, l’élevage, la volaille, le poisson et le bois, avec des possibilités de développement de rizeries, d’abattoirs modernes, d’unités de transformation alimentaire et de conservation du poisson. (Invest in DRC)
C’est extrêmement important.
Car une économie minière qui importe une grande partie de ce qu’elle mange reste vulnérable.
Pourquoi ne pas utiliser une partie de la rente minière pour financer une révolution agricole autour de Sandoa, Kapanga, Dilolo, Lubudi et Mutshatsha ?
La mine devrait financer la diversification.
Pas empêcher de la faire.

- L’eau et l’énergie : les autres trésors
Le développement industriel exige une ressource fondamentale :
l’électricité.
Et là encore, le Lualaba possède des atouts considérables.
La province dispose notamment des infrastructures hydroélectriques de Nseke et Nzilo, tandis que l’ANAPI répertorie également d’autres sites hydroélectriques potentiels. (Invest in DRC)
L’équation devient alors passionnante :
minerais + eau + énergie + position géographique + population jeune = potentiel industriel exceptionnel.
Mais seulement si ces éléments sont réunis dans une véritable stratégie économique.
Sinon, ils restent des potentialités inscrites dans des rapports.

- Le Lualaba, l’Angola et le corridor de Lobito
Voici probablement l’un des enjeux les plus stratégiques de la province.
À l’ouest se trouve l’Angola.
Et derrière l’Angola se trouve l’océan Atlantique.
Le développement du corridor de Lobito redonne donc au Lualaba une importance géoéconomique considérable.
Kolwezi peut être reliée beaucoup plus efficacement aux réseaux ferroviaires permettant l’évacuation des marchandises vers la côte atlantique.
Mais attention.
Comme nous l’avons déjà dit dans nos réflexions sur les corridors :
Un corridor peut être un corridor de développement ou simplement un corridor d’extraction.
Tout dépend de ce que nous construisons autour.
Si le train vient chercher le cuivre et le cobalt pour les conduire rapidement au port, pendant que les villages traversés restent sans industrie, nous aurons simplement perfectionné l’extraction.
Mais si le corridor entraîne autour de lui :
des zones industrielles,
des entrepôts,
des plateformes logistiques,
des exploitations agricoles,
des PME,
des centres de formation,
des villes mieux aménagées,
alors le corridor devient un corridor de développement.
Voilà toute la différence.

- Le défi environnemental
Nous devons également regarder une réalité moins séduisante.
L’exploitation minière transforme profondément les territoires.
Elle mobilise d’immenses superficies.
Elle produit des déchets.
Elle peut contaminer les sols et les eaux lorsqu’elle est mal encadrée.
Elle bouleverse des communautés.
Elle peut provoquer des déplacements de populations.
À Kolwezi, l’expansion minière est devenue tellement importante qu’elle entre parfois directement en concurrence avec l’espace urbain.
Le développement minier doit donc être accompagné d’une politique beaucoup plus rigoureuse de :
protection environnementale, réhabilitation des sites, indemnisation équitable, urbanisme, santé publique et responsabilité sociale des entreprises.
Car une mine peut être exploitée pendant quelques décennies.
Mais une population restera là bien après la fermeture de la mine.

- Où va l’argent ?
Et voici la question que tout Congolais devrait poser lorsqu’il regarde Kolwezi :
Où va la richesse produite ?
Quelle part revient réellement aux communautés locales ?
Quelle part finance les routes ?
Quelle part construit les écoles ?
Quelle part finance les hôpitaux ?
Quelle part prépare l’après-mine ?
Quelle part crée des entreprises congolaises capables de devenir demain des multinationales ?
Quelle part finance la recherche et les universités ?
Quelle part constitue une épargne pour les générations futures ?
Parce qu’un minerai possède une caractéristique économique particulière :
une fois extrait, il ne repousse pas.
Un champ peut produire à nouveau.
Une forêt peut, sous certaines conditions, se régénérer.
Mais une tonne de cuivre sortie du sous-sol est définitivement sortie.
Chaque tonne extraite devrait donc laisser derrière elle un actif durable.
Une route.
Une école.
Une centrale électrique.
Une industrie.
Un hôpital.
Un fonds d’investissement.
Une compétence.
Une entreprise congolaise.
Voilà ce que j’appellerais :
transformer le capital géologique en capital économique et humain.

- Préparer l’après-mine dès aujourd’hui
C’est probablement la question la plus importante.
Que deviendra Kolwezi dans cinquante ans ?
Voilà la question que les responsables devraient se poser aujourd’hui.
Le Lualaba doit utiliser la période exceptionnelle du cuivre et du cobalt pour construire une économie qui pourra vivre au-delà du cuivre et du cobalt.
Agriculture.
Agro-industrie.
Énergie.
Transport.
Logistique.
Industrie manufacturière.
Services financiers.
Tourisme.
Formation technique.
Recherche scientifique.
Numérique.
Voilà le véritable fonds souverain du Lualaba :
une économie diversifiée capable de survivre à ses mines.
LE MOT DE CLBB
Le Lualaba est peut-être l’une des provinces qui résument le mieux le paradoxe congolais.
Nous possédons ce que le monde recherche.
Le monde vient le chercher chez nous.
Le monde transforme ce qu’il prend chez nous.
Le monde crée de la technologie avec ce qu’il extrait chez nous.
Et parfois, nous rachetons très cher le produit fini fabriqué avec ce qui était hier encore sous notre propre terre.
Quel extraordinaire circuit économique !
Nous vendons la matière, puis nous achetons l’intelligence ajoutée à notre matière.
Le problème du Lualaba n’est donc pas son sous-sol.
Le sous-sol a déjà fait son travail.
Il nous a donné le cuivre.
Il nous a donné le cobalt.
Il nous a donné une position stratégique exceptionnelle.
C’est maintenant aux Congolais de faire le leur.
Car le jour où une tonne de cobalt extraite à Kolwezi créera non seulement une recette d’exportation, mais également des ingénieurs congolais, des PME congolaises, des industries congolaises, des infrastructures congolaises et une épargne pour les générations futures, alors quelque chose de fondamental aura changé.
Ce jour-là, nous ne dirons plus seulement :
« Le Lualaba est riche. »
Nous pourrons enfin dire :
« La richesse du Lualaba enrichit le Lualaba et contribue à transformer le Congo. »
Et entre ces deux phrases se trouve peut-être toute l’histoire économique que la RDC doit encore écrire.
CLBB
À suivre — Épisode 12 : notre voyage à travers les merveilles, les richesses et les potentialités des 26 provinces de la République démocratique du Congo continue…





