« Il existe des territoires pauvres parce que la nature leur a peu donné. Et il existe des territoires paradoxalement pauvres parce qu’ils n’ont pas su transformer ce que la nature leur a donné. Le Haut-Katanga appartient à cette deuxième interrogation congolaise. »
1. Une province au cœur de l’Afrique australe
Cap au sud-est de la République démocratique du Congo. Le Haut-Katanga, issu du découpage de l’ancienne province du Katanga, a pour chef-lieu Lubumbashi, l’un des principaux centres économiques, industriels et universitaires du pays.La province couvre environ 132 425 km². Elle comprend six territoires — Kambove, Kasenga, Kipushi, Mitwaba, Pweto et Sakania — ainsi que trois villes : Lubumbashi, Likasi et Kasumbalesa. (Caid)

Sa situation géographique est exceptionnelle : frontalière de la Zambie, elle constitue l’une des grandes portes de la RDC vers l’Afrique australe et les marchés internationaux.Cette carte permet immédiatement de comprendre quelque chose d’essentiel : le Haut-Katanga n’est pas seulement une province minière. C’est également une province-corridor.Et cette distinction est capitale.
2. Lubumbashi : capitale économique du Sud congolais
Impossible de parler du Haut-Katanga sans parler de Lubumbashi, l’ancienne Élisabethville. Lubumbashi est à la fois une ville minière, commerciale, industrielle, universitaire et culturelle. Son développement moderne est historiquement lié à l’exploitation du cuivre katangais. Mais Lubumbashi représente davantage qu’une ville minière. Elle constitue un véritable carrefour économique régional, relié aux zones minières de Likasi, Kambove et Kipushi, à la frontière zambienne et, au-delà, aux grands corridors commerciaux de l’Afrique australe. Le Haut-Katanga dispose d’ailleurs d’un réseau routier et ferroviaire stratégique pour l’acheminement des marchandises et des produits miniers. (Caid)

À cela s’ajoute Kasumbalesa, l’un des postes frontaliers les plus importants du pays.Autrement dit, lorsqu’un camion chargé de cuivre ou de cobalt quitte le bassin minier congolais vers l’Afrique australe, une partie importante de la bataille économique congolaise se joue sur ces routes et à cette frontière.
3. Le coffre-fort géologique
Le Haut-Katanga repose sur l’une des zones minières les plus remarquables de la planète. Son sous-sol renferme notamment :cuivre, cobalt, zinc, fer, manganèse, or, plomb, cassitérite et diverses pierres semi-précieuses. (Caid)Les noms de Kipushi, Kambove, Likasi, Ruashi ou Kinsevere appartiennent depuis longtemps à la géographie minière congolaise. Le cuivre a façonné l’économie, les villes, les infrastructures et même l’identité industrielle de cette partie du pays. Mais voilà précisément le paradoxe. Posséder le cuivre n’est pas encore posséder l’industrie du cuivre. Extraire un minerai et l’expédier constitue le premier étage de l’économie.

Le transformer en câbles électriques, composants industriels, alliages, équipements et produits manufacturés constitue l’étage supérieur. Et c’est à cet étage que se trouve une grande partie de la valeur ajoutée.
4. Une terre également agricole
Voici peut-être l’une des richesses les moins connues du Haut-Katanga. Sous l’image de la province minière se cache également une province agricole considérable.

La CAID estime son potentiel à environ 15 millions d’hectares de terres arables et 5 millions d’hectares de pâturages. Les principales cultures comprennent notamment le manioc, le maïs, l’arachide, le haricot et la patate douce. (Caid)Les territoires de Kambove et Pweto figurent parmi les principaux bassins agricoles provinciaux.Et voilà un paradoxe qui devrait nous interpeller : comment une province disposant d’un potentiel agricole aussi important peut-elle encore dépendre fortement des importations alimentaires venant notamment de Zambie et d’Afrique australe ? (Caid)
Le problème n’est donc pas seulement la disponibilité de la terre. Il concerne la mécanisation, les semences, l’irrigation, le stockage, les routes de desserte agricole, le financement, l’agro-industrie et l’organisation des marchés. Le véritable défi serait de faire du Haut-Katanga simultanément une puissance minière et un grenier agricole.
5. L’eau : une autre richesse
Le Haut-Katanga possède également d’importantes ressources hydriques. On y trouve notamment le lac Moero, le lac Tshangalele, ainsi que les rivières Lufira, Luapula et Luvua. (Caid)

Ces ressources offrent plusieurs possibilités économiques : pêche, agriculture irriguée, production énergétique et développement touristique.Encore une fois, le potentiel existe. La question congolaise demeure celle de sa transformation.
6. Le Haut-Katanga spectaculaire
Lorsque l’on prononce « Katanga », beaucoup imaginent immédiatement une mine de cuivre. Pourtant, il existe aussi un Katanga spectaculaire, écologique et touristique. Le parc national de Kundelungu et ses paysages constituent l’un des grands patrimoines naturels de cette région. Et surtout, il y a les extraordinaires chutes de la Lofoï. Cette beauté rappelle une évidence trop souvent oubliée : la RDC ne possède pas seulement des minerais sous ses pieds ; elle possède également des paysages capables de produire de la richesse à la surface.

Avec des routes praticables, des infrastructures hôtelières adaptées, de la sécurité, une promotion internationale et une véritable politique touristique, ces espaces pourraient devenir des destinations majeures d’Afrique centrale.
7. Kasumbalesa : là où la géographie devient économie
Kasumbalesa mérite une attention particulière.Cette frontière avec la Zambie est l’une des principales portes commerciales de la RDC vers l’Afrique australe. Une part importante des produits miniers destinés aux marchés internationaux emprunte cet axe. (Caid)Cela signifie que le Haut-Katanga possède un avantage que toutes les provinces congolaises n’ont pas :une connexion terrestre directe avec les grands réseaux logistiques de l’Afrique australe.

La Zambie ouvre vers plusieurs corridors conduisant aux ports de l’océan Indien et de l’Atlantique. Dans la nouvelle bataille mondiale autour du cuivre, du cobalt et des minerais nécessaires à la transition énergétique, cette position devient géostratégique. Le Haut-Katanga n’est donc pas seulement un lieu d’extraction. C’est une charnière entre les ressources congolaises et l’économie mondiale.
8. Mais où va la richesse ?
C’est ici que notre voyage touristique devient une interrogation économique. Le Haut-Katanga possède les mines.Il possède les terres. Il possède l’eau. Il possède une grande ville. Il possède une tradition industrielle. Il possède une frontière internationale. Il possède des infrastructures ferroviaires. Il possède une main-d’œuvre nombreuse. Et pourtant, une partie importante de sa population demeure confrontée au chômage, à la pauvreté, au déficit d’infrastructures et à la précarité. Voilà le paradoxe katangais, qui est aussi le paradoxe congolais.

La CAID relève d’ailleurs une économie très largement informelle : sur plus de 55 000 unités économiques recensées dans les données qu’elle présente, moins de 1 % seraient formelles. (Caid)La question fondamentale devient donc :comment transformer la puissance minière en puissance économique ?
9. Passer de la mine à l’industrie
Le développement futur du Haut-Katanga devrait reposer sur une idée simple : Ne plus seulement extraire. Transformer. Transformer le cuivre. Transformer le cobalt. Développer la métallurgie.Produire des câbles électriques. Fabriquer des composants industriels.Développer des chaînes de valeur liées aux équipements électriques.Créer des industries de recyclage.Développer parallèlement l’agro-industrie.

L’Agence nationale pour la promotion des investissements identifie d’ailleurs des possibilités dans la transformation minière, l’agro-industrie, les matériaux de construction et différentes industries légères. (Invest in DRC)Le véritable indicateur du développement ne devrait donc plus être seulement :« Combien de tonnes avons-nous extraites ? »Mais :« Combien d’emplois industriels avons-nous créés avec ces tonnes ? »
10. Le Haut-Katanga de demain
Imaginons maintenant une autre trajectoire.Un Haut-Katanga où le cuivre extrait à Kambove est davantage transformé localement. Un Haut-Katanga où les zones industrielles de Lubumbashi et Likasi produisent davantage de biens manufacturés. Un Haut-Katanga où les immenses terres agricoles nourrissent Lubumbashi avant que les camions alimentaires ne traversent Kasumbalesa. Un Haut-Katanga où les chutes de Lofoï attirent des touristes.

Un Haut-Katanga où les recettes minières financent les routes, les universités, l’eau potable, l’énergie et la formation professionnelle. Un Haut-Katanga où Kasumbalesa n’est plus seulement la porte par laquelle sort la richesse, mais aussi celle par laquelle entrent investissements, technologies et opportunités industrielles.Voilà le changement de paradigme.
LE MOT DE CLBB
Le Haut-Katanga nous enseigne peut-être l’une des leçons les plus importantes de notre voyage à travers les 26 provinces : la richesse naturelle n’est pas le développement. Elle n’en est que la matière première. Le cuivre peut quitter le Congo.Le cobalt peut quitter le Congo. Les camions peuvent traverser Kasumbalesa jour et nuit.Les statistiques d’exportation peuvent battre des records. Mais si derrière le camion restent un village sans électricité, une école délabrée, un jeune sans emploi et un agriculteur sans route pour écouler son maïs, alors quelque chose ne fonctionne pas. Le Haut-Katanga possède suffisamment de ressources pour devenir l’un des grands pôles industriels d’Afrique centrale. Son véritable défi n’est donc plus de découvrir ce qu’il possède. Nous savons ce qu’il possède. Son défi est désormais de décider ce qu’il veut en faire. Car le développement commence exactement au moment où un peuple cesse de célébrer ce qu’il a sous ses pieds pour commencer à construire ce qu’il veut avoir devant lui.
CLBB
À suivre — Épisode 11 : notre voyage à travers les richesses cachées des 26 provinces de la République démocratique du Congo continue…





