Quittons le Haut-Uele pour entrer dans une province dont on parle beaucoup trop peu : le Bas-Uele. Son chef-lieu, Buta, est rarement au centre de l’actualité nationale. Et c’est précisément pourquoi notre voyage est important. Connaître la RDC, ce n’est pas seulement connaître les provinces qui produisent du cuivre, du cobalt, de l’or ou du pétrole. C’est également découvrir ces immenses territoires où se trouvent les terres, l’eau, les forêts et les ressources biologiques dont dépendra une partie du développement futur du pays.
1. Une province immense mais faiblement connectée
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Le premier potentiel du Bas-Uele est son territoire. Mais l’espace ne devient une richesse que lorsqu’il est accessible. Une grande partie du défi économique de cette province réside donc dans son désenclavement. Routes. Ponts. Télécommunications.

Électricité. Transport fluvial. Sans ces infrastructures, les producteurs peuvent posséder des terres extraordinaires tout en restant prisonniers d’une économie locale extrêmement limitée.
Le premier investissement productif du Bas-Uele est donc probablement sa connexion au reste du pays.
2. L’agriculture : la richesse qui attend les infrastructures
Les conditions naturelles permettent diverses productions vivrières et commerciales.Manioc, maïs, riz, arachide, banane, huile de palme et autres cultures peuvent alimenter une économie agricole plus importante. Mais l’agriculture congolaise rencontre toujours le même problème. Nous parlons énormément de production. Pas suffisamment de stockage, transformation et commercialisation.Une récolte perdue faute de route est une richesse détruite. Un produit vendu immédiatement faute d’entrepôt place le paysan en position de faiblesse.

Une matière première exportée sans transformation abandonne la valeur ajoutée à quelqu’un d’autre. La révolution agricole congolaise devra donc être également logistique et industrielle.
3. Les forêts : richesse économique et responsabilité mondiale
Le Bas-Uele appartient également au grand ensemble forestier congolais.Nos forêts représentent du bois, des produits forestiers non ligneux, des ressources biologiques et un immense capital écologique.

Mais le XXIᵉ siècle ajoute une nouvelle dimension : le carbone et les services environnementaux.
La forêt congolaise participe à la régulation climatique mondiale. Elle doit donc cesser d’être uniquement perçue comme un espace où l’on coupe des arbres. La RDC doit apprendre à monétiser intelligemment la conservation, sans abandonner sa souveraineté sur ses ressources. Protéger une forêt peut également devenir une activité économique lorsque les mécanismes internationaux rémunèrent correctement les services environnementaux.
4. L’eau : la richesse silencieuse
Le Bas-Uele est traversé par de nombreux cours d’eau. Dans un monde où l’eau douce deviendra une ressource toujours plus stratégique, cette abondance mérite une attention particulière. L’eau signifie agriculture. Pêche. Transport. Énergie.

Consommation humaine. Industrie. La RDC possède donc une richesse dont nous ne mesurons probablement pas encore toute la valeur géopolitique future.
5. Une économie à construire presque entièrement
Le Bas-Uele illustre parfaitement une réalité congolaise. Certaines provinces ne manquent pas de potentiel. Elles manquent surtout de capitalisation économique de leur potentiel.Imaginez des routes agricoles reliant les bassins de production à Buta. Des mini-réseaux hydroélectriques et solaires.Des entrepôts. Des unités de décorticage du riz.Des huileries. Des installations frigorifiques.Des petites industries du bois. Des réseaux numériques. Des institutions de microfinance agricole.

Alors une économie aujourd’hui largement informelle pourrait progressivement devenir une véritable économie régionale.
La leçon du Bas-Uele
Le Bas-Uele nous enseigne que la richesse ne se mesure pas uniquement à la quantité de minerais contenus dans le sous-sol.Une terre fertile est une richesse. Une rivière est une richesse. Une forêt est une richesse. Une population jeune est une richesse. Mais toutes ces richesses restent virtuelles tant qu’elles ne sont pas reliées aux infrastructures, aux marchés, aux capitaux et aux compétences.Le développement consiste précisément à transformer un potentiel géographique en capacité productive.

Voilà le défi du Bas-Uele.Faire entrer un immense territoire longtemps périphérique dans les circuits modernes de l’économie congolaise.
CLBB





