KINSHASA — Le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso, défend les résultats de la politique monétaire menée depuis son arrivée à la tête de l’Institut d’émission. Face aux interrogations sur l’appréciation du franc congolais, il rejette l’idée d’une monnaie artificiellement soutenue et estime que les mesures prises commencent à restaurer la confiance dans la devise nationale.
Au cours d’un échange consacré à la politique monétaire de la Banque centrale du Congo, André Wameso a placé la défense du franc congolais au centre de son intervention.Le gouverneur conteste notamment l’analyse selon laquelle l’appréciation récente de la monnaie nationale serait essentiellement le résultat d’injections massives de devises de la BCC sur le marché.Selon lui, une partie importante de cette évolution résulte plutôt de la correction du mécanisme des réserves obligatoires imposées aux banques commerciales. Il soutient que les modifications apportées par le passé à ce dispositif avaient contribué à fragiliser la demande de francs congolais et à renforcer les pressions sur le marché de change.
La BCC revendique plusieurs instruments d’intervention

André Wameso rappelle que la Banque centrale peut intervenir dans les deux directions sur le marché des changes : vendre des devises lorsque celles-ci deviennent insuffisantes, mais également acheter les excédents de dollars lorsque l’offre devient importante.Le gouverneur cite parmi les instruments disponibles les réserves obligatoires, le taux directeur, les Bons BCC ainsi que les réserves internationales.Il situe ces dernières autour de 8 milliards de dollars américains. Les données officielles publiées par la BCC établissaient plus précisément les réserves internationales à 7,917 milliards USD au 30 juillet 2026, après plusieurs fluctuations au cours du mois de juillet. La Banque centrale entend également diversifier progressivement ses réserves par l’accumulation d’or monétaire.
Près de 1.000 milliards CDF supplémentaires dans les dépôts

Pour André Wameso, un autre indicateur témoignerait d’un changement de comportement des agents économiques : la progression des dépôts bancaires en monnaie nationale.Selon les chiffres présentés par le gouverneur, les dépôts en francs congolais seraient passés de 1.450 milliards CDF en août 2025 à environ 2.400 milliards CDF à fin juin 2026, soit une progression proche de 1.000 milliards de francs en moins d’une année. La BCC y voit un premier signe d’une restauration de la confiance dans la monnaie nationale. Le gouverneur affirme notamment constater que les détenteurs de francs congolais les convertissent moins systématiquement en dollars.Cette évolution est particulièrement importante dans une économie congolaise historiquement fortement dollarisée, où une partie importante de l’épargne, des prix et des transactions demeure liée à la devise américaine.
Wameso défend les effets sur le pouvoir d’achat

Le patron de la BCC estime également que l’appréciation du franc doit être analysée du point de vue des Congolais rémunérés dans cette monnaie.Lorsque le franc gagne de la valeur face au dollar, un revenu inchangé en CDF permet théoriquement d’acquérir davantage de biens ou de services dont le prix dépend des devises.André Wameso prend notamment l’exemple des produits importés et du carburant pour défendre cette lecture. Selon lui, une partie du pouvoir d’achat auparavant perdue sous l’effet de la dépréciation monétaire est progressivement récupérée par les ménages percevant leurs revenus en francs.À l’inverse, les personnes qui conservent l’essentiel de leurs revenus ou de leur épargne en dollars obtiennent moins de francs lorsqu’elles convertissent leurs devises.
Le budget n’aurait pas été pénalisé, selon le gouverneur

André Wameso rejette également l’idée selon laquelle l’appréciation du franc aurait nécessairement provoqué une perte globale pour les finances publiques.Il reconnaît que certaines recettes publiques encaissées en dollars valent moins de francs après conversion lorsque la monnaie nationale s’apprécie. Mais il souligne qu’en parallèle, les dépenses de l’État exprimées en devises coûtent elles aussi moins cher en francs congolais.Selon son analyse, les économies réalisées du côté des dépenses auraient été supérieures à la diminution enregistrée sur certaines recettes. Le gouverneur attribue par ailleurs une part importante du déficit public actuel aux dépenses sécuritaires liées au conflit dans l’Est de la RDC. Il insiste cependant sur un point essentiel pour la stabilité monétaire : ce déficit ne serait pas financé par la création monétaire de la Banque centrale, le gouvernement recourant notamment aux Bons et Obligations du Trésor.
Le véritable défi : rendre la stabilité durable

Au-delà des chiffres, André Wameso veut replacer la confiance au centre de la politique monétaire congolaise.La bataille de la BCC ne consiste donc plus seulement à empêcher la dépréciation du franc. Elle vise désormais à convaincre les ménages, les entreprises et les épargnants que la monnaie nationale peut servir durablement d’unité de compte, de moyen de paiement et de réserve de valeur.Le véritable test se jouera cependant dans la durée : stabilité du taux de change, maîtrise de l’inflation, croissance des dépôts en monnaie nationale et capacité du système bancaire à financer davantage l’économie en francs congolais.
Pour André Wameso, le cap est fixé : la souveraineté monétaire de la RDC passe d’abord par le retour de la confiance des Congolais dans leur propre monnaie.
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