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Septembre noir : des morts, des accidents en cascade, le diable semble en action

10 septembre 2026
dans Actualités
La rédactionPar La rédaction
Septembre noir : des morts, des accidents en cascade, le diable semble en action

Kinshasa, Bukavu, Ituri, Lubumbashi, Matadi… Depuis le début du mois de septembre, la République démocratique du Congo est confrontée à une succession inquiétante de drames. Accidents mortels, incendies, braquages, violences armées, effondrements et incidents en série : en quelques jours seulement, les mauvaises nouvelles se sont accumulées, donnant à ce mois de septembre les allures d’un mois particulièrement sombre.

Septembre devait pourtant être synonyme de rentrée, de nouveaux projets et de reprise des activités après les vacances. Mais, à peine le mois entamé, les alertes se sont multipliées. Comme si, en quelques jours, le pays avait été rattrapé par une succession de tragédies dont certaines auraient peut-être pu être évitées.

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Le 1er septembre, à Kinshasa, un agent de cabine a été braqué durant la nuit sur l’avenue M’Siri, dans le quartier Lumumba, à Bandalungwa. Les malfaiteurs ont emporté les biens de leur victime ainsi que ceux d’un passant. Aucune perte en vie humaine n’avait alors été signalée, mais la scène avait déjà installé la peur dans le quartier.

Le lendemain, le drame changeait d’échelle. En Ituri, la société civile locale faisait état d’au moins 43 personnes tuées et 53 maisons incendiées en moins d’une semaine dans plusieurs attaques attribuées aux ADF dans le territoire de Mambasa. La violence ne s’est pas limitée aux pertes humaines : la rentrée scolaire elle-même a été paralysée, avec seulement 19 écoles sur 151 qui auraient ouvert leurs portes dans la sous-division de Mambasa II.

Puis sont venues les routes de Kinshasa, transformées en quelques heures en théâtre de plusieurs drames. Le 3 septembre, une violente collision entre un camion et une jeep près de l’église La Borne, à l’UPN, aurait fait un mort et trois blessés selon un bilan provisoire. Une autre collision mortelle s’est produite le même jour à Lemba-Salongo, où un motard a été mortellement percuté par un véhicule roulant à vive allure.

Deux accidents mortels en quelques heures. Deux vies brisées. Deux familles endeuillées. Et déjà une question s’imposait : combien faudra-t-il encore de morts avant que la sécurité routière cesse d’être une simple alerte pour devenir une priorité absolue ?

Le drame de Panacée, le choc de trop

La nuit du 4 au 5 septembre a marqué un nouveau tournant dans cette série noire. À Kinshasa, un incendie meurtrier s’est déclaré dans la salle de fêtes Panacée, transformant une célébration en scène de désolation.

Le drame a emporté 12 personnes dont quatre membres du cabinet du premier vice-président de l’Assemblée nationale : Tshimpanga Mutala Zacharie, photographe ; Badia Tshiabu Anne-Marie, chargée des courriers ; Sanga Wezi Marthe, hôtesse ; et Mutanga Bundende Prince, garde rapproché.

Face à l’émotion et aux interrogations suscitées par le sinistre, le gouvernement a ordonné le contrôle systématique des salles de fêtes à travers le pays. Les établissements ne respectant pas les normes de sécurité doivent être fermés, tandis qu’un rapport est attendu.

Mais alors que le pays n’avait pas encore séché ses larmes, d’autres alertes venaient s’ajouter au tableau.

À Bukavu, près de 700 habitations ont été détruites en une semaine dans plusieurs incendies. Dans le quartier Nyamugo, à Kadutu, un immeuble à étages s’est partiellement effondré lors d’un incendie survenu dimanche. Plusieurs habitations environnantes auraient également été touchées.

À Kinshasa, la série des incendies s’est poursuivie. Le Petit Collège, dans la commune de Kinshasa, a été touché par un feu dont l’origine et l’ampleur des dégâts restaient encore à déterminer. À N’Djili, un nouvel incendie a frappé le site des « casse-mitrailles », dans une concession de la REGIDESO. Aucun décès n’a été enregistré, mais les dégâts matériels étaient importants.

Comme si cela ne suffisait pas, un autre incendie s’est déclaré à la salle de fêtes Bonne Auberge, à Limete, quelques jours seulement après le drame de Panacée. Cette fois encore, aucune perte humaine n’a été signalée, mais plusieurs biens ont été consumés. Le feu a finalement été maîtrisé grâce notamment à la mobilisation des jeunes du quartier.

Quand la route réclame encore des vies

Dans la nuit du dimanche 6 au lundi 7 septembre, un autre drame frappait Kinshasa. À Socimat, un véhicule a terminé sa course contre les séparateurs du saut-de-mouton. Dans cet accident, le jeune journaliste Ouriel Mangitukwa a perdu la vie.

Les circonstances exactes du drame restent à établir. L’excès de vitesse et le manque d’éclairage sur ce tronçon sont toutefois régulièrement évoqués.

La mort d’Ouriel rappelle brutalement que derrière chaque accident, il n’y a pas seulement un véhicule endommagé ou quelques images qui circulent sur les réseaux sociaux. Il y a un visage, une famille, des collègues, des amis et une vie qui ne reviendra plus.

Et pendant que Kinshasa pleurait encore, d’autres drames étaient enregistrés ailleurs.

À Lubumbashi, deux policiers ont été tués par des hommes armés lors d’un braquage dans une station-service de l’avenue Manono. Une importante somme d’argent a été emportée.

Dans le Haut-Uélé, sept civils ont également été tués dans le groupement Nawoko, en territoire de Niangara. L’armée a confirmé l’attaque, sans identifier officiellement ses auteurs. Les circonstances et l’identité des assaillants restent donc à établir avec précision.

À Matadi, une nuit de violences a éclaté autour de la maison communale après la mort par balle du fils d’un colonel. Selon les premières informations, la victime aurait été tuée par un policier à la suite d’une dispute liée à une femme. Le policier recherché ayant pris la fuite, des proches et amis du défunt ont manifesté leur colère, avant que plusieurs véhicules de particuliers ne soient incendiés.

Même le ciel n’échappe pas à la série noire

Le mardi 8 septembre, c’est l’aviation qui venait ajouter un nouvel épisode à cette succession d’incidents.

Un avion-cargo de Trans Air Cargo Service est sorti de piste vers 5 heures alors qu’il tentait de décoller de l’aéroport international de N’Djili. L’appareil a terminé sa course dans le sable, à l’extrémité de la piste.

Aucune perte en vie humaine n’a été signalée. Mais l’incident a fortement perturbé le trafic aérien, entraînant notamment l’annulation de plusieurs vols. La cause de cette sortie de piste demeurait encore inconnue et aucune explication technique officielle n’avait été communiquée au moment des faits.

Le même mardi, sur l’avenue Kongolo, à Barumbu, les sapeurs-pompiers sont intervenus sur un incendie. Des habitants ont dénoncé une intervention jugée tardive, affirmant que le feu avait déjà consumé l’essentiel du bâtiment avant leur arrivée. Le bilan humain restait inconnu.

Et la série ne semblait toujours pas vouloir s’arrêter.

Un nouvel accident a encore été signalé à Kinshasa, sur l’avenue Monjimba, où un véhicule a terminé sa course contre le mur de clôture de la concession privée Utex Africa, provoquant d’importants dégâts matériels.

Septembre noir ou miroir de nos négligences ?

Faut-il parler de malédiction ? De fatalité ? D’un mois maudit ? Certains, face à cette accumulation inhabituelle de drames, pourraient aller jusqu’à dire que « le diable est en action ».

Mais derrière cette formule, une réalité plus terre-à-terre mérite surtout d’être regardée en face.

Car si certains événements relèvent de circonstances imprévisibles, d’autres posent des questions auxquelles la société ne peut éternellement se dérober : l’état des routes, la vitesse excessive, l’éclairage insuffisant, la prévention des incendies, le respect des normes de sécurité, la capacité d’intervention des secours, la sécurisation des quartiers, le contrôle des établissements recevant du public et la responsabilité individuelle.

Septembre ne doit donc pas seulement être un mois que l’on redoute. Il doit être un mois qui nous interpelle.

Chaque incendie doit rappeler qu’un extincteur, une sortie de secours ou une intervention rapide peuvent faire la différence entre la vie et la mort. Chaque accident doit pousser à davantage de prudence au volant. Chaque braquage doit interroger l’efficacité de la sécurité publique. Chaque attaque contre des civils doit rappeler l’urgence de protéger les populations. Chaque mort doit nous empêcher de banaliser la mort.

Car à force de regarder les drames comme de simples faits divers, nous risquons de devenir insensibles à ce qui devrait pourtant nous révolter.

Septembre noir ? Peut-être.

Mais il ne faudrait surtout pas que cette expression serve à tout expliquer par la fatalité. Derrière chaque tragédie, il faut chercher les causes, établir les responsabilités, corriger les failles et surtout prévenir le prochain drame.

Le mois n’est pas terminé. Et c’est précisément pourquoi l’alerte doit être entendue maintenant.

Aux autorités, aux responsables des établissements, aux automobilistes, aux forces de sécurité, aux organisateurs d’événements et à chaque citoyen : la succession de ces drames doit servir de signal d’alarme.

Que septembre ne devienne pas seulement le souvenir d’un mois de morts et d’accidents en cascade. Qu’il devienne plutôt le mois où les consciences se réveillent, où les négligences sont combattues et où la prévention cesse d’arriver après les tragédies.

Parce qu’après une vie perdue, il n’y a plus rien à réparer.

Glad NGANGA

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