Je croyais que cette comédie était réservée aux Africains : proclamer son attachement indéfectible à la patrie, puis découvrir, lorsque les difficultés arrivent, les avantages d’une autre nationalité.L’actualité brésilienne vient rappeler que les contradictions politiques voyagent aussi bien que les hommes. Selon la presse brésilienne, Flávio Bolsonaro, battu à l’élection présidentielle, a quitté le Brésil et utilisé un passeport italien pour entrer en Argentine avant de rejoindre les États-Unis. Sa citoyenneté italienne aurait été reconnue en 2023, comme l’a confirmé une responsable du gouvernement italien citée par les médias.
La scène prête à sourire : on sollicite la confiance du peuple sous le drapeau national, puis on franchit la frontière avec les papiers d’un autre pays.Mais soyons rigoureux. Posséder la nationalité italienne ne signifie pas, à lui seul, avoir cessé d’être brésilien. La formule selon laquelle les Brésiliens auraient voulu élire « un Européen » relève donc davantage de la satire que d’une description complète de son identité.
La véritable question est celle de la cohérence entre le discours patriotique, les actes et le respect des obligations judiciaires. On peut avoir deux nationalités et servir honnêtement son pays. On peut n’en avoir qu’une et le piller méthodiquement. Le nombre de passeports ne mesure ni la probité ni l’amour de la patrie.En revanche, le citoyen peut légitimement interroger ceux qui exigent du peuple tous les sacrifices tout en disposant, pour eux-mêmes, d’une porte de sortie confortable.Le peuple reste avec les conséquences. Le dirigeant, lui, peut parfois choisir son prochain aéroport. Et chez nous, en République démocratique du Congo ?Une allégation attribue à Félix Tshisekedi la nationalité belge. Je n’ai trouvé aucun élément probant permettant de l’établir. Le fait que des membres de sa famille soient présentés dans la presse comme belges ne démontre pas qu’il le soit lui-même.
La nationalité d’un proche ne constitue pas une preuve de la nationalité du président.La critique politique perd sa force lorsqu’elle transforme un « il semblerait » en certitude. Cela n’interdit aucune interrogation. Cela impose simplement de réclamer des documents vérifiables et d’appliquer les mêmes exigences à tous. Le cadre congolais mérite d’ailleurs une attention particulière : l’article 10 de la Constitution dispose que la nationalité congolaise est une et exclusive et ne peut être détenue concurremment avec aucune autre. Une comparaison avec le Brésil doit donc tenir compte des règles propres à chaque pays. Si cette règle doit être réformée, débattons-en publiquement. Si elle demeure en vigueur, son application doit être impartiale. La loi ne peut devenir une arme contre les adversaires et une formalité embarrassante pour les proches du pouvoir. Nous devons sortir de cette politique où certains distribuent des certificats de patriotisme sans jamais accepter que leur propre cohérence soit examinée. Le patriotisme se juge dans l’exercice des responsabilités : protéger les citoyens, respecter les institutions, rendre compte de l’argent public et répondre de ses actes.
Le peuple a le droit de savoir si ceux qui lui demandent de tenir jusqu’au bout ont déjà préparé leur propre départ.
CLBB





