Il y a des révélations qui ne peuvent pas se terminer par une simple explication technique. Le ministre de la Pêche et de l’Élevage, Jean-Pierre Tshimanga, reconnaît que des bateaux de pêche commandés par le gouvernement et déjà livrés à la RDC ne sont pas adaptés aux réalités du pays. Selon lui, les forts courants des eaux congolaises ainsi que les particularités de notre façade maritime, longue de seulement 42 kilomètres, n’avaient pas été suffisamment pris en compte lors de la préparation de l’appel d’offres. La conséquence ? Une nouvelle commande de bateaux mieux adaptés est lancée, cette fois avec l’appui financier et technique du FPI. Mais avant de commander de nouveaux bateaux, une question s’impose : Qui répond de la première commande ? Car un bateau de pêche n’est pas un équipement que l’on achète sur catalogue pour ensuite chercher où l’utiliser. Avant de lancer un marché, il faut déterminer les zones d’exploitation, étudier les courants, les profondeurs, le tirant d’eau nécessaire, les infrastructures disponibles, les conditions de maintenance et les techniques de pêche envisagées. C’est précisément à cela que servent les études préalables et le cahier des charges.Si l’on découvre après la livraison que les bateaux ne correspondent pas aux réalités congolaises, il ne s’agit donc pas simplement d’un problème de bateaux. Il s’agit d’un problème de gouvernance de la dépense publique.Qui a défini les besoins ?Qui a rédigé les spécifications techniques ?Qui a validé l’appel d’offres ? Quels experts ont certifié que ces bateaux convenaient aux eaux congolaises ? Qui les a réceptionnés ? Et surtout : combien cette erreur a-t-elle coûté à l’État ? Voilà les questions auxquelles il faut répondre avant d’engager de nouvelles dépenses. Car la solution ne peut pas être : nous nous sommes trompés, achetons-en d’autres. L’argent qui finance ces commandes n’appartient ni au ministère ni au gouvernement. C’est l’argent public.Et lorsqu’une erreur coûte des millions au Trésor, il faut établir les responsabilités. Cela ne signifie pas condamner quelqu’un sans enquête. Cela signifie ouvrir le dossier, examiner les études préalables, le cahier des charges, les contrats, les procès-verbaux de réception et identifier précisément où la chaîne de décision a déraillé.Le Parlement devrait s’en saisir. L’Inspection générale des finances également, si les circonstances le justifient. Et avant toute nouvelle commande, le gouvernement devrait expliquer ce que deviendront les bateaux déjà acquis : seront-ils adaptés, réaffectés, exploités ailleurs ou simplement immobilisés ?Parce qu’un État ne peut pas payer deux fois pour corriger une erreur dont personne ne répond.Cette affaire révèle finalement un mal plus profond de notre gouvernance publique : nous voulons parfois aller trop vite vers l’achat et pas assez vite vers l’étude.Or, le développement commence précisément par la préparation. La RDC possède le fleuve Congo, d’immenses lacs et une façade sur l’Atlantique. Elle possède un potentiel halieutique considérable et importe pourtant encore une grande partie du poisson consommé par sa population. Nous avons donc besoin de bateaux.Mais nous avons surtout besoin de bons bateaux, au bon endroit, pour le bon usage et au bon prix. Avant la deuxième commande, faisons donc les comptes de la première.Avant de chercher de nouveaux bateaux, cherchons ce qui n’a pas fonctionné. Parce qu’en matière de gestion publique, une règle devrait être élémentaire : on étudie d’abord les eaux avant de commander les bateaux.
CLBB





