« Une province qui possède des diamants peut être riche. Mais une province qui transforme ses ressources, nourrit sa population, produit son énergie et forme sa jeunesse devient prospère. »
Après la province du Kasaï, avec Tshikapa comme chef-lieu, notre voyage à travers les 26 provinces de la République démocratique du Congo nous conduit aujourd’hui vers une autre terre historique du Grand Kasaï : le Kasaï-Oriental.
Son chef-lieu est Mbuji-Mayi.
La province actuelle couvre environ 9 545 km². Elle comprend la ville de Mbuji-Mayi et les territoires de Kabeya-Kamwanga, Katanda, Lupatapata, Miabi et Tshilenge.
Mais lorsqu’on prononce « Kasaï-Oriental », un mot vient presque immédiatement à l’esprit :
diamant.
Et c’est précisément là que commence le problème.
Car le diamant a tellement marqué l’histoire économique du Kasaï-Oriental qu’il a parfois fini par masquer toutes ses autres potentialités.
Le défi de demain est donc clair :
comment passer d’une économie du diamant à une économie diversifiée dont le diamant ne serait plus que l’un des moteurs ?
Mbuji-Mayi : une capitale née autour du diamant
L’histoire économique moderne de Mbuji-Mayi est indissociable de l’exploitation diamantifère.
Pendant plusieurs décennies, la ville a grandi autour de cette richesse.
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Le diamant a attiré travailleurs, négociants, commerçants, entrepreneurs et populations venues d’autres régions.
Il a créé des revenus.
Il a créé des fortunes.
Il a façonné l’imaginaire économique d’une région entière.
Et au centre de cette histoire se trouve un nom incontournable :
la MIBA — Minière de Bakwanga.
Pendant longtemps, la MIBA n’était pas seulement une entreprise minière.
Elle représentait une véritable institution économique et sociale.
Son activité faisait vivre directement ou indirectement une partie importante de l’économie locale.
C’est précisément pourquoi son déclin a eu des conséquences bien au-delà de ses installations industrielles.
Lorsque l’entreprise dominante d’une ville s’affaiblit, tout son écosystème économique peut s’affaiblir avec elle.
Voilà la première leçon du Kasaï-Oriental :
une province ne devrait jamais faire dépendre son destin d’une seule entreprise ni d’une seule ressource.
Le diamant : richesse ou piège ?
Le diamant reste évidemment un atout majeur.
L’ANAPI identifie notamment le diamant industriel parmi les ressources valorisables de la province et considère la valorisation locale du diamant comme une activité industrielle à développer.
Mais le véritable problème n’est pas de posséder du diamant.
Il est de savoir ce que nous en faisons.
Pendant trop longtemps, notre modèle a été essentiellement :
extraire → trier → vendre → exporter.
Or une économie moderne devrait aller beaucoup plus loin :
exploration → extraction → certification → taille → polissage → joaillerie → commercialisation → création de marques.
Chaque étape supplémentaire conserve une partie de la valeur dans l’économie locale.
Pourquoi Mbuji-Mayi ne deviendrait-elle pas un grand centre africain de formation aux métiers du diamant ?
Pourquoi ne pas y développer des écoles de gemmologie ?
Des ateliers de taille et de polissage ?
Des laboratoires de certification ?
Une industrie de joaillerie ?
Des maisons commerciales congolaises capables de vendre directement sur les marchés internationaux ?
Le Kasaï-Oriental doit apprendre à vendre davantage que la pierre : il doit vendre le savoir-faire autour de la pierre.

Mais le véritable diamant du futur pourrait être l’agriculture
Voilà peut-être le changement de regard le plus important.
Le Kasaï-Oriental ne possède pas seulement un sous-sol.
Il possède également un sol.
Et l’ANAPI insiste aujourd’hui précisément sur cette diversification. En mai 2026, à Mbuji-Mayi, elle mettait en avant les terres arables, le climat favorable et les possibilités offertes par le maïs, le riz, le manioc, le soja, l’élevage et la transformation agroalimentaire.
D’autres documents d’investissement recensent également l’arachide, l’igname, le palmier à huile et l’aviculture.
Voilà une formidable base économique.
Imaginez :
des champs mécanisés de maïs ;
des minoteries ;
des unités de transformation du manioc ;
des rizeries ;
des élevages avicoles modernes ;
des unités de production d’œufs ;
des huileries ;
des unités de séchage ;
des industries alimentaires.
Nous aurions alors quelque chose de beaucoup plus solide qu’une économie dépendante des fluctuations du diamant :
une économie qui nourrit d’abord sa propre population.
Pourquoi Mbuji-Mayi devrait-elle importer ce qu’elle peut produire ?
Voici une question que toutes les provinces congolaises devraient se poser.
Chaque camion transportant sur de longues distances un produit alimentaire que la province pourrait produire localement représente potentiellement :
des emplois non créés ;
des revenus agricoles perdus ;
des devises dépensées ;
et une dépendance supplémentaire.
La sécurité alimentaire n’est donc pas seulement une question sociale.
C’est une stratégie économique.
Le maïs produit dans les territoires peut alimenter des minoteries à Mbuji-Mayi.
Le manioc peut être transformé.
Le soja peut alimenter l’élevage et l’industrie alimentaire.
L’aviculture peut fournir viande et œufs.
Voilà comment apparaît une économie intégrée.
Le champ nourrit l’usine.
L’usine crée l’emploi.
L’emploi crée le revenu.
Le revenu crée le marché.
Et le marché stimule à nouveau la production.
C’est ce cercle vertueux que le Kasaï-Oriental doit construire.
L’énergie : sans elle, aucune reconversion n’est possible
Mais voici le verrou majeur.
L’électricité.
On ne peut pas parler sérieusement d’industrialisation lorsque les entreprises ne disposent pas d’une énergie fiable et suffisamment abondante.
Le plan provincial de développement 2023-2027 dressait d’ailleurs un constat extrêmement préoccupant sur la faiblesse de l’alimentation électrique de Mbuji-Mayi et recensait plusieurs infrastructures hydroélectriques existantes ou potentielles.

L’ANAPI relève notamment les infrastructures de Tshiala, ainsi que d’autres sites hydroélectriques identifiés dans la province.
Un projet de réhabilitation de Lubilanji 1 prévoyait par ailleurs de porter sa capacité à 12 MW afin notamment d’alimenter Mbuji-Mayi.
Voilà pourquoi l’électricité devrait être considérée comme une urgence économique.
Car :
sans énergie, pas de rizerie moderne ;
sans énergie, pas de chaîne du froid ;
sans énergie, pas d’industrie du diamant ;
sans énergie, pas de grande agro-industrie ;
sans énergie, pas de transformation économique.
L’électricité n’est pas simplement un service public.
C’est l’infrastructure des infrastructures.
Les matériaux de construction : une richesse beaucoup moins spectaculaire, mais essentielle
Le Kasaï-Oriental dispose également de calcaire, d’argile, de moellons et de bois, ressources qui pourraient alimenter des cimenteries, la production de granulats et la menuiserie moderne.
Voilà une richesse dont on parle beaucoup moins que du diamant.
Pourtant, une province qui se développe doit construire.
Des maisons.
Des écoles.
Des hôpitaux.
Des routes.
Des entrepôts.
Des usines.
Produire localement davantage de matériaux de construction permettrait donc de réduire certains coûts tout en créant des emplois.
Parfois, la pierre qui construit une maison est économiquement plus utile à la population que la pierre précieuse qui quitte le pays.
L’eau : une autre question stratégique
Mbuji-Mayi et le Kasaï-Oriental disposent de plusieurs cours d’eau, notamment dans le bassin de la Lubilanji.
Ces ressources peuvent contribuer à l’alimentation en eau, à l’agriculture, à la pêche et à la production énergétique.

Des documents de planification provinciale recensent également un potentiel halieutique dans plusieurs rivières.
Mais l’eau doit être transformée en service économique.
Une rivière qui traverse une province ne suffit pas.
Il faut :
captage ;
traitement ;
distribution ;
irrigation ;
énergie ;
gestion environnementale.
Encore une fois, la nature fournit la ressource ; l’homme doit construire l’infrastructure.
Le désenclavement : Mbuji-Mayi doit retrouver sa place dans l’économie nationale
Une grande ville ne peut prospérer durablement si le coût pour y faire entrer ou sortir les marchandises demeure prohibitif.
Le Kasaï-Oriental doit donc être mieux connecté aux provinces voisines et aux grands corridors nationaux.
Les routes ne servent pas simplement à voyager.
Elles déterminent le prix du sac de ciment.
Le prix de la nourriture.
Le coût d’une machine.
La compétitivité d’une entreprise.
Le revenu du cultivateur.
La décision d’un investisseur.
L’enclavement est une taxe invisible imposée à toute l’économie.
Le désenclavement du Kasaï-Oriental doit donc être considéré comme une politique de réduction des coûts de production.
Le commerce et l’entrepreneuriat : une force déjà présente
Mbuji-Mayi possède pourtant quelque chose que l’État n’a pas besoin d’importer :
l’esprit d’entreprise.
Le commerce y occupe depuis longtemps une place importante.
Le véritable enjeu consiste maintenant à faire évoluer une partie de cette énergie commerciale vers la production.
Passer de :
« acheter et revendre »
à :
« produire, transformer et vendre ».
C’est une mutation fondamentale.
Le commerçant fait circuler la richesse.
L’industriel crée de la valeur supplémentaire.
L’économie congolaise a besoin des deux.
Mais elle doit produire davantage de ce qu’elle commercialise.

Former une nouvelle génération qui ne dépendra plus du diamant
La reconversion économique devra également passer par l’éducation.
Le jeune du Kasaï-Oriental doit pouvoir devenir :
agronome ;
ingénieur ;
technicien électromécanicien ;
gemmologue ;
informaticien ;
entrepreneur ;
spécialiste de l’agro-industrie ;
comptable ;
artisan qualifié ;
technicien du bâtiment.
Le capital humain constitue la seule richesse qui augmente lorsqu’on l’utilise.
Une mine finit par s’épuiser.
Une compétence peut en créer d’autres.
Voilà pourquoi les écoles techniques, les universités et la formation professionnelle devraient se trouver au centre du projet économique provincial.
Imaginons Mbuji-Mayi en 2040

Faisons maintenant ce que nous faisons dans cette série : regardons non seulement ce qui existe, mais ce qui pourrait exister.
Imaginons Mbuji-Mayi correctement alimentée en eau et en électricité.
Les principales routes provinciales sont praticables.
Les territoires agricoles alimentent la ville.
Des minoteries transforment le maïs.
Des rizeries conditionnent le riz.
Des unités modernes transforment le manioc et le soja.
L’aviculture approvisionne le marché.
Une filière professionnelle du diamant s’est développée autour de la taille, du polissage, de la certification et de la joaillerie.
Les matériaux de construction sont davantage produits localement.
Les PME accèdent au financement.
Les universités travaillent avec les entreprises.
La MIBA, restructurée et performante, participe à l’économie sans que toute la province dépende d’elle.
Alors, quelque chose de fondamental se sera produit :
Mbuji-Mayi ne sera plus seulement la capitale congolaise du diamant.
Elle sera devenue une capitale régionale de production et de transformation.
Le véritable défi : préparer l’après-diamant pendant qu’il y a encore du diamant
Voilà peut-être la question la plus importante de cette chronique.
Toute ressource minière est épuisable.
Même lorsqu’un gisement demeure important, une province responsable doit préparer l’avenir.
Les revenus issus du sous-sol devraient donc servir à construire ce qui restera lorsque la mine ne produira plus :
les routes ;
les centrales électriques ;
les écoles ;
les entreprises ;
les exploitations agricoles ;
les infrastructures hydrauliques ;
et surtout les compétences humaines.
C’est cela, transformer une richesse minière en développement.
Utiliser une richesse épuisable pour construire des richesses renouvelables.
LE MOT DE CLBB

Le Kasaï-Oriental nous enseigne une leçon différente de celle du Kasaï de Tshikapa.
À Mbuji-Mayi, le diamant n’est pas simplement une ressource.
Il est devenu une partie de l’identité économique de la ville.
Mais aucune identité économique ne doit devenir une prison.
Pendant trop longtemps, nous avons demandé :
combien de carats avons-nous produits ?
Il faudrait désormais demander :
combien d’entreprises avons-nous créées ?
Combien d’hectares avons-nous cultivés ?
Combien de mégawatts avons-nous produits ?
Combien de jeunes avons-nous formés ?
Combien de matières premières avons-nous transformées sur place ?
Combien d’emplois durables avons-nous créés ?
Voilà les nouveaux carats avec lesquels il faudra mesurer la richesse du Kasaï-Oriental.
Le diamant peut financer une génération.
Une économie diversifiée peut en faire vivre plusieurs.
Le véritable défi de Mbuji-Mayi n’est donc pas d’abandonner le diamant.
Il est de faire du diamant le capital de départ de l’après-diamant.
Transformer la richesse du sous-sol en agriculture.
Le diamant en électricité.
Les recettes minières en routes.
Les pierres précieuses en compétences.
Et la rente en entreprises.
Alors seulement, le Kasaï-Oriental pourra accomplir sa véritable révolution économique :
passer d’une terre qui extrait la richesse à une province qui produit la prospérité.
Et peut-être qu’un jour, lorsqu’on prononcera le nom de Mbuji-Mayi, on ne pensera plus seulement au diamant.
On pensera également à ses industries.
À son agriculture.
À ses entrepreneurs.
À ses universités.
À son énergie.
Et à sa capacité d’avoir transformé une richesse géologique en véritable richesse humaine.
Car le plus beau diamant du Kasaï-Oriental ne se trouve peut-être pas sous terre.
Il reste à construire au-dessus.
CLBB
À suivre — Épisode 15
Notre voyage à travers les merveilles, les richesses et les potentialités des 26 provinces de la République démocratique du Congo continue…





