« Bien avant la construction du pont Maréchal, il y avait un esprit qui demeurait présent. C’est un personnage à la croisée de l’histoire, de la spiritualité et de la tradition orale, profondément ancré dans la mémoire collective de Matadi. Il est descendu vivant — avec son corps — lui et sa famille sous l’eau ; et ils continuent de vivre jusqu’à aujourd’hui. Ses détails sont glaçants : les chaînes utilisées pour son arrestation seraient toujours visibles à gauche du pont. En 2026, la ville de Matadi célèbre d’ailleurs le 188ᵉ anniversaire de sa disparition physique dans le fleuve. Entrons en profondeur. »
Avant que le pont Maréchal ne vienne enjamber le fleuve Congo, avant que les ingénieurs japonais ne tracent leurs plans, avant que Mobutu ne l’inaugure en grande pompe en 1983, il y avait Lui.
Mbengu-Mbengu. Un nom qui résonne comme un battement de tam-tam dans la mémoire collective de Matadi, capitale de la province du Kongo Central.
Les habitants vous le diront : ce personnage n’est pas une simple légende. Il est un ancêtre fondateur, un chef coutumier dont l’autorité spirituelle continue de s’exercer sur ceux qui osent défier les traditions du lieu.
C’est lui qui, avec d’autres, aurait donné aux colonisateurs l’autorisation de construire le grand port de Matadi. Sa disparition n’est pas une mort, mais une translation. Une descente volontaire dans les profondeurs du fleuve, avec toute sa famille, pour y régner à jamais.
La construction du pont Maréchal, à la fin des années 1970, a été marquée par des phénomènes que la science moderne peine à expliquer. Les riverains racontent que les travaux étaient régulièrement perturbés par des manifestations spirituelles attribuées à Mbengu-Mbengu.
Chaque fois que les ouvriers japonais tentaient de faire avancer le chantier, des difficultés mystérieuses surgissaient. Des accidents inhabituels, des effondrements inexpliqués, des ouvriers tués dans des circonstances troublantes.
La tradition orale rapporte que certains dignitaires du régime de Mobutu auraient voulu mettre la main sur Mbengu-Mbengu. Des chaînes auraient été préparées pour son arrestation.
Mais l’esprit du fleuve, insaisissable, a échappé à ses poursuivants. Il a préféré plonger dans les eaux tumultueuses du Congo, entraînant sa famille dans une éternité aquatique.
Aujourd’hui encore, les habitants vous montreront du doigt, sur la rive gauche du pont, les chaînes qui auraient servi à tenter de capturer Mbengu-Mbengu. Rouillées par le temps et l’humidité, elles sont comme une cicatrice sur le corps du fleuve.
Un rappel que le monde visible n’est qu’une mince pellicule sur un océan de mystères. Les plus sceptiques y verront des vestiges d’anciens travaux. Les initiés y verront la preuve que l’esprit du fleuve n’a jamais été dompté.
En 2026, la ville de Matadi se prépare à célébrer le 188e anniversaire de la disparition physique de Mbengu-Mbengu dans le fleuve. Un événement qui dépasse la simple commémoration.
C’est une reconnaissance officielle, par les autorités locales, de l’importance de cet ancêtre dans l’histoire et la spiritualité de la région.
Le maire de Matadi a d’ailleurs reçu le chef coutumier descendant de Mbengu-Mbengu pour discuter de la construction d’un mausolée en son honneur. « L’ancêtre est parmi les fondateurs de cette ville », a-t-il déclaré.
Un site de pèlerinage est en projet, pour que les générations futures puissent se recueillir devant la mémoire de celui qui règne sous les eaux.
La cosmogonie Kongo enseigne que l’univers est divisé en deux mondes : celui des vivants (nza yayi) et celui des morts (nsi a bafwa), séparés par une étendue d’eau.
Mbengu-Mbengu est l’un de ces êtres qui ont traversé la frontière, non pas pour mourir, mais pour régner. Il fait partie des simbi, ces esprits des eaux qui habitent les rivières, les chutes et les grottes.
Dans la tradition Kongo, les simbi sont vénérés comme des intermédiaires entre le monde visible et l’invisible. Leur colère peut provoquer des naufrages. Leur bénédiction peut assurer la prospérité.
Les pilotes de navires étrangers, en remontant le fleuve vers Matadi, sont tenus de respecter certaines pratiques coutumières sous peine de graves mésaventures.
Les incidents récurrents dans cette zone du fleuve sont considérés comme des preuves de la vigilance de l’esprit.
Dans un monde qui privilégie le béton et l’acier, la mémoire de Mbengu-Mbengu résiste. Elle est portée par une tradition orale vivace, transmise de génération en génération.
Les notables de Matadi-Tshimpi réclament un mausolée pour que cet ancêtre ne soit pas oublié. Les historiens estiment qu’ignorer Mbengo-Mbengo constituerait un véritable sacrilège.
Car derrière la légende se cache une vérité : celle d’un peuple qui n’a jamais cessé de dialoguer avec ses ancêtres, d’un fleuve qui n’a jamais cessé de parler.
Mbengu-Mbengu n’est pas un fantôme. Il est une présence. Une force qui rappelle que la modernité ne peut pas tout effacer. Les ponts, les routes, les gratte-ciel ne remplaceront jamais le lien sacré qui unit l’homme à la terre et à l’eau.
Les chaînes rouillées sur la rive gauche du pont Maréchal sont un avertissement : on ne capture pas un esprit. On ne dompte pas un fleuve. On ne construit pas sur une tombe sans en payer le prix. Matadi le sait. Le fleuve le sait. Et Mbengu-Mbengu, sous les eaux, veille.
« Les esprits du fleuve existent. Le Congo est un pays où l’invisible est plus réel que le béton. »
Beaucoup se souviendront de ce nom de Mbengu-Mbengu, ce génie qui a été chanté par l’artiste musicien Kabasele Yampanya alias PÉPÉ KALLÉ. Selon les rumeurs, l’esprit de cet homme devenu un génie aurait donné du succès à plusieurs musiciens congolais dont Pépé KALLÉ.
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