Billet de la rentrée
Par Maître Charles Kabuya
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L’approbation générale par l’opinion publique congolaise de l’action de la Task Force d’assainissement et de salubrité de Kinshasa, une structure ad hoc mise en place par le Chef de l’Etat et coordonnée par le patron du Service National, le Lieutenant Général Kasongo Kabwik, est un fait riche d’enseignements, qui donne matière à réflexion sur l’urgence d’une action publique volontariste face au problème crucial de l’assainissement de nos grandes agglomérations. L’un des intérêts de cette initiative est qu’elle esquisse en même temps une piste de solution pour redonner de la vigueur à la gouvernance territoriale, en particulier dans les domaines qui impactent au quotidien la vie économique et sociale des citoyens (salubrité, circulation, cadre de vie etc.)
La démonstration d’efficacité, dans un court laps de temps, n’a laissé personne de marbre. Au point que la grande majorité des habitants de Kinshasa réclament une action pérenne du Service National.
Cela n’est pas étonnant, car la capitale congolaise est depuis plusieurs décennies saturée par une insalubrité dont le volume de croissance est proportionnel à la multiplication explosive de sa population. Le tout dans un contexte de défaillance prévisionnelle de l’Etat sur les infrastructures urbaines et d’absence d’une réelle politique d’assainissement à la hauteur des défis posés par l’une des plus importantes mégalopoles du continent.
Cependant, ces interventions du Service National dans le cadre des missions de la Task Force essuient certaines critiques, notamment sur la méthodologie.
Certes, la plupart de ces critiques relèvent de la mauvaise foi ou de l’aigreur, mais certaines soulignent également l’absence d’un véritable cadre juridique et fustigent la pratique des sanctions improvisées, susceptibles de heurter les libertés publiques. Notons au passage que les habitants de Kinshasa, lassés de l’incivisme généralisé, réclament eux-mêmes des actions punitives par la coercition… N’ont-ils pas été depuis quelques années habitués de la part de l’autorité publique à des destructions de leurs biens et autres actes relevant du fait du prince, effectués au pied levé, sans procédures judiciaires contradictoires ni obtention de décisions définitives, et cela sous le prétexte de la nécessité et de l’ordre public ?
Par conséquent, il est plus que nécessaire de sortir des opérations “coup de poing”, dont la portée est limitée dans le temps, sans parler des limites juridiques… L’enjeu est de pérenniser l’action publique d’assainissement et de salubrité, et de la rendre efficace à souhait, grâce à une approche moderne et soutenue.
Dans les faits, l’initiative prise à Kinshasa avec la Task Force est en quelque sorte un dédoublement de l’autorité urbaine, qui est nécessité par l’urgence face à l’accumulation insupportable des déchets dans la capitale congolaise et des désordres urbains qui rendent la vie pénible.
Mais elle ne suffira pas si l’objectif est d’asseoir définitivement une gouvernance territoriale efficace en matière de salubrité publique.
Pour y parvenir, il faudrait de mon point de vue réviser l’architecture juridique qui encadre la gouvernance territoriale en RDC. J’y reviendrai plus en détail dans une prochaine publication.
Dans une récente tribune, intitulée “La solution de la zone d’aménagement spéciale (ZAS)”, j’avais suggéré de transformer Kinshasa en zone urbaine spéciale, dans le cadre d’un plan quinquennal d’aménagement.
“Cette zone serait dirigée par un commissaire spécial à l’aménagement de Kinshasa.
Son attribution principale devrait être de coordonner un plan d’urgence pour l’aménagement de Kinshasa, regroupant sous son autorité des cellules des ministères nationaux et provinciaux concernés (plan, affaires foncières, urbanisme, habitat, infrastructures et aménagement du territoire) et les projets d’aménagement de la ville en cours.
De la même manière, certaines prérogatives du gouverneur de la ville lui seraient confiées, notamment en matière d’urbanisme, d’habitat, d’infrastructures et de salubrité publique.
Il arbitrera les budgets alloués au plan d’urgence et veillera à l’exécution de tous les projets intégrés”.
Ainsi l’action publique d’assainissement serait inscrite dans un cadre juridique approprié et bénéficierait de moyens conséquents pour assurer cette mission cruciale.
Il y a urgence d’agir…
Pour terminer, je me dois de rendre hommage au Lieutenant Général Kasongo Kabwik, qui s’est révélé être un homme exceptionnel. L’œuvre qu’il accomplit à la tête du Service National trouve sans grandeur non pas seulement dans la transformation de cette institution citoyenne en une machine de production très performante, mais aussi et surtout dans la transformation des hommes. Voir ces jeunes gens, autrefois délinquants et même criminels, être devenus des compagnons des métiers prêts à être réinsérés dans la société est extrêmement émouvant.
Peu de congolais ont la capacité d’accomplir un tel exploit patriotique…
Me Charles Kabuya





