Un rapport de la Cour des comptes met en lumière de sérieuses irrégularités dans la gestion du Fonds forestier national (FFN) en République démocratique du Congo. L’audit, qui couvre la période de 2021 à 2025, relève un important décalage entre les ressources mobilisées par cet établissement public et les moyens effectivement consacrés à sa mission principale : le reboisement, la restauration et la conservation des ressources forestières.
Selon les conclusions rapportées par la Cour des comptes, le FFN a enregistré, sur cinq exercices, environ 91,57 milliards de francs congolais de charges, mais seulement 11,06 milliards de CDF ont été consacrés au reboisement. Cela représente à peine 12,09 % des dépenses cumulées. À l’inverse, près de 88 % des ressources, soit environ 81,51 milliards de CDF, auraient été absorbées par les dépenses de fonctionnement et les frais de personnel.
La situation serait devenue encore plus préoccupante en 2025. D’après le rapport cité, la part consacrée aux investissements sur le terrain est tombée à seulement 0,11 %, après avoir déjà atteint un niveau jugé insuffisant de 27,02 % en 2022. Cette évolution traduit, selon les auditeurs, une dégradation continue de la capacité du FFN à financer concrètement les activités de reboisement.
Des recettes forestières peu orientées vers le reboisement
Le constat est particulièrement frappant dans l’antenne provinciale du Lualaba. Entre 2022 et 2024, seulement 421.000 dollars américains auraient été affectés aux projets de reboisement, alors que la taxe de déboisement perçue durant la même période aurait atteint plus de 13,26 millions de dollars. Selon les chiffres cités dans le rapport, les financements destinés au reboisement ne représenteraient ainsi qu’environ 3,17 % des recettes environnementales collectées.
La Cour des comptes pointe également du doigt l’organisation financière du FFN. Les différentes recettes, dont celles provenant des taxes liées au déboisement, seraient centralisées dans des comptes bancaires uniques, sans séparation suffisamment claire entre les fonds destinés au reboisement et ceux consacrés au fonctionnement. Cette situation aurait facilité l’utilisation des ressources affectées à la restauration forestière pour couvrir les besoins courants de l’établissement.
Face à cette situation, les auditeurs recommandent notamment la création d’un compte bancaire exclusivement consacré à l’investissement et à la reconstitution forestière, ainsi que la mise en place d’un mécanisme permettant de transférer automatiquement vers ce compte la part des taxes réservée au reboisement. Ils préconisent également d’interdire les transferts de ce compte d’investissement vers celui destiné au fonctionnement.
Plus de 1,3 million USD liés à des projets non localisés
Le rapport fait également état d’anomalies concernant le financement de certains projets attribués à des organisations non gouvernementales. Les vérifications effectuées par les auditeurs auraient permis d’identifier des projets financés mais non localisés, pour un montant estimé à 1.354.682 dollars, correspondant à environ 752,60 hectares censés être reboisés.
Les descentes de terrain auraient notamment conduit les auditeurs à constater, sur certains sites, des terrains vagues, des savanes non arborées ou encore des forêts primaires intactes, alors que des superficies auraient été déclarées comme reboisées dans les rapports officiels. Deux ONG citées dans le rapport, LECOBAF et BEIF, auraient notamment reçu respectivement environ 191.934,50 dollars et 102.820 dollars pour des interventions dans plusieurs provinces.
Un risque pour les engagements environnementaux de la RDC
Au-delà des irrégularités financières, la Cour des comptes estime que cette situation pourrait avoir des conséquences environnementales et financières importantes pour la RDC. Le faible niveau des investissements dans le reboisement risque, selon le rapport, d’aggraver la dégradation des terres et la déforestation, tout en compromettant les engagements climatiques internationaux du pays.
Le document évoque également un risque juridique lié à l’utilisation de recettes issues des taxes de déboisement à des fins de fonctionnement, alors que ces ressources sont censées contribuer à la reconstitution du couvert forestier. La gouvernance du FFN pourrait par ailleurs affecter la confiance des partenaires extérieurs et l’accès de la RDC à certains mécanismes de financement climatique et forestier.
Créé dans le cadre du Code forestier et doté de statuts par le décret n°09/24 du 21 mai 2009, le Fonds forestier national est chargé de mobiliser et d’affecter des ressources au financement du reboisement, de la restauration, de la conservation et du développement durable des forêts congolaises.
Les révélations de cet audit placent ainsi le FFN devant un défi majeur : réorienter ses ressources vers sa mission environnementale, renforcer ses mécanismes de contrôle et garantir que les taxes prélevées au titre de la destruction du couvert forestier contribuent effectivement à la restauration des forêts de la RDC.
Trésor Makaya





