La Société nationale d’électricité envisage de faire venir à Matadi un bateau-centrale de l’entreprise turque Karpowership, capable de produire environ 135 mégawatts pour renforcer l’alimentation de Kinshasa. Face aux délestages, toute source d’électricité supplémentaire peut apporter un soulagement réel aux familles, aux hôpitaux et aux entreprises. Mais une question s’impose : combien coûtera ce courant aux Congolais, et pendant combien de temps devrons-nous en dépendre ?La centrale flottante a un avantage : elle peut être déployée rapidement. Elle utilise toutefois un combustible qu’il faudra approvisionner régulièrement. Au prix de l’électricité s’ajouteront donc les questions du carburant, du transport, du raccordement et des obligations contractuelles. Avant de célébrer les 135 MW annoncés, il faut connaître le coût réel du kilowattheure livré à Kinshasa.Nous avons le droit de demander à la SNEL et au gouvernement : quel combustible sera utilisé ? Qui le fournira et le paiera ? Quelle sera la durée du contrat ? La SNEL devra-t-elle payer une capacité réservée même si elle ne consomme pas toute l’électricité ? Quels travaux seront nécessaires entre Matadi et Kinshasa pour que la puissance annoncée arrive effectivement chez les abonnés ? Et à quelle date précise le courant sera-t-il disponible ?Ces questions sont d’autant plus nécessaires que les informations publiées ne concordent pas encore entièrement : certains comptes rendus parlent d’un accord conclu et d’une arrivée du bateau dans trois semaines ; d’autres évoquent des discussions et une signature de contrat à venir. La SNEL doit publier un calendrier et clarifier l’état réel de ses engagements.Je ne condamne pas une solution d’urgence parce qu’elle vient de Turquie. Si elle permet de réduire rapidement les coupures à un coût justifiable, examinons-la sérieusement. Mais l’urgence ne doit pas devenir une politique énergétique permanente. La RDC doit aussi réparer et entretenir ses installations existantes, réduire les pertes du réseau, améliorer la gestion de la SNEL et investir dans des capacités de production durables.Oui, Kinshasa a besoin d’électricité maintenant. Mais les Congolais ont aussi besoin de savoir ce qu’ils paieront demain. Qu’on publie les termes du projet, qu’on compare son coût aux autres solutions et qu’on fixe une limite claire à cette mesure d’urgence.Un bateau peut dépanner une ville. Il ne peut pas tenir lieu de vision énergétique pour tout un pays.
CLBB




