KINSHASA — Identifiant bancaire unique, contrôle renforcé de la conformité, comparaison publique des frais, fonds de pension et accès élargi aux titres du Trésor : André Wameso dévoile plusieurs chantiers avec lesquels la Banque centrale du Congo veut moderniser en profondeur le système financier congolais.
La politique monétaire ne constitue qu’une partie du chantier engagé par la Banque centrale du Congo.
Lors de son intervention consacrée aux orientations de la BCC, le gouverneur André Wameso a également présenté plusieurs réformes susceptibles de modifier directement les relations entre les banques, leurs clients et les autorités de régulation.
Parmi les projets les plus structurants figure la création d’un identifiant client unique pour les utilisateurs du système financier congolais.
Un même client, une seule identité financière
Dans un environnement où l’identification fiable des personnes demeure un défi, la Banque centrale veut réduire la possibilité pour un même individu d’utiliser plusieurs identités différentes auprès des institutions financières.
Le futur dispositif doit renforcer les procédures de connaissance du client, généralement désignées par l’expression « Know Your Customer » ou KYC.
André Wameso indique qu’un financement de la Banque africaine de développement a déjà été obtenu pour accompagner ce chantier, auquel la BCC et d’autres institutions publiques doivent également contribuer.
L’identifiant unique devrait devenir particulièrement important avec la transformation prévue des systèmes de paiement et la volonté d’accroître la traçabilité des transactions à partir de 2027.
La BCC pointe des faiblesses dans la conformité bancaire
Le gouverneur reconnaît parallèlement que le système financier congolais présente encore des insuffisances en matière de conformité.
Les contrôles effectués par la Banque centrale ont concerné les banques commerciales, mais également des institutions de microfinance et des coopératives.
Selon André Wameso, les banques contrôlées ont reçu des observations concernant des faiblesses dans leurs dispositifs de conformité.
La BCC affirme appliquer une grille de sanctions aux établissements qui ne respectent pas les règles prudentielles et réglementaires et assure que cette surveillance doit désormais être permanente.
Un comparateur pour faire jouer la concurrence entre banques
Autre mesure susceptible d’intéresser directement les clients : la création d’un outil de comparaison des frais bancaires.
Le gouverneur reconnaît que les banques disposent d’une certaine liberté pour déterminer leurs tarifs. Plutôt que d’imposer systématiquement les mêmes prix à tous les établissements, la BCC veut miser davantage sur la transparence et la concurrence.
Le système envisagé permettrait au consommateur de comparer le coût d’un même service entre plusieurs banques : tenue de compte, transfert, retrait, carte ou autres prestations.
L’idée est simple : rendre les tarifs visibles afin que le client puisse choisir l’établissement offrant les meilleures conditions et pousser les banques les plus coûteuses à ajuster leurs prix.
Cette réforme pourrait devenir particulièrement importante avec le développement des paiements électroniques et la réduction programmée de certaines transactions en devises étrangères effectuées en espèces.
Des fonds de pension pour financer le logement
André Wameso veut également ouvrir un chantier de plus long terme : celui des fonds de pension par capitalisation.
Le constat est structurel. Pour financer des crédits immobiliers de quinze, vingt ou trente ans, les banques ont besoin de ressources financières disponibles sur des périodes également longues.
Or, une grande partie des dépôts bancaires congolais demeure constituée de ressources relativement courtes.
Le gouverneur plaide donc pour des mécanismes permettant aux travailleurs, entrepreneurs et professions libérales d’épargner régulièrement sur plusieurs décennies.
Ces capitaux pourraient ensuite fournir au système financier des ressources longues susceptibles de soutenir le crédit hypothécaire et, à terme, faciliter davantage l’accès au logement.
La réforme nécessiterait toutefois une collaboration entre plusieurs institutions, notamment la Banque centrale, le gouvernement, les organismes de retraite et l’Autorité de régulation et de contrôle des assurances.
Permettre aussi aux particuliers d’investir dans la dette publique
Le gouverneur souhaite également faciliter l’accès direct des citoyens et des entreprises aux Bons et Obligations du Trésor.
Aujourd’hui principalement présents dans les circuits institutionnels et bancaires, ces titres pourraient à terme devenir plus accessibles aux particuliers.
Une telle évolution permettrait à l’État de diversifier ses sources de financement tout en donnant aux épargnants congolais accès à une nouvelle catégorie de placements.
Une BCC qui veut élargir son rôle
À travers ces annonces, André Wameso dessine une Banque centrale qui ne veut plus limiter son action au taux de change et à l’inflation.
Identification des clients, conformité bancaire, transparence tarifaire, modernisation des paiements, mobilisation de l’épargne longue et développement des marchés financiers constituent désormais les différentes composantes d’un même objectif : formaliser davantage l’économie congolaise et restaurer la confiance dans son système financier.
La réussite dépendra cependant de l’exécution concrète de ces réformes.
Pour les banques, cela impliquera davantage de transparence et de conformité. Pour la BCC, il faudra mettre en place les outils annoncés. Et pour les clients, le résultat devra se mesurer à des services financiers plus accessibles, moins coûteux et plus sûrs.
Après la bataille pour la stabilité monétaire, André Wameso ouvre ainsi un autre front : celui de la transformation du système financier congolais.
Sphynxrdc




