La République démocratique du Congo vient de franchir un pas qui pourrait marquer un tournant historique dans sa politique minière : l’interdiction de l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt. L’objectif affiché est simple : obliger les opérateurs à transformer davantage les minerais sur le territoire national afin de créer plus de valeur ajoutée, d’emplois et de recettes fiscales. (Reuters)À première vue, cette décision mérite d’être saluée. Depuis des décennies, la RDC exporte essentiellement des matières premières tandis que d’autres pays réalisent les bénéfices de la transformation industrielle. Nous avons été un immense réservoir de richesses, mais rarement un véritable créateur de richesse.L’histoire économique enseigne pourtant une vérité simple : ce ne sont pas les ressources naturelles qui enrichissent les nations, mais leur transformation. Le Japon possède peu de minerais. La Corée du Sud encore moins. Pourtant, ces pays exportent des produits à forte valeur ajoutée. Le Congo, lui, continue trop souvent d’exporter ce que la nature lui a donné au lieu d’exporter ce que son intelligence pourrait produire.Cependant, une décision politique, aussi ambitieuse soit-elle, ne suffit pas. Interdire les exportations sans disposer d’un nombre suffisant d’usines de traitement, d’une énergie fiable, d’infrastructures performantes et d’un environnement d’affaires crédible risque de créer des blocages plutôt que de la prospérité. Plusieurs compagnies minières devront adapter leurs chaînes logistiques et leurs investissements à cette nouvelle réglementation. (Reuters)La véritable question est donc ailleurs : avons-nous préparé le terrain ?Transformer localement signifie investir massivement dans :* l’électricité ;* les fonderies et raffineries ;* les routes et le chemin de fer ;* la formation des ingénieurs et des techniciens ;* la sécurité juridique des investisseurs.Sans ces préalables, une interdiction peut devenir un simple slogan.Mais si cette mesure s’inscrit dans une véritable stratégie industrielle, alors elle pourrait être l’une des décisions économiques les plus importantes depuis plusieurs décennies. Elle ouvrirait la voie à une nouvelle vision : exporter moins de minerai brut et davantage de métal raffiné, demain des composants, et pourquoi pas un jour des batteries produites en RDC.Le véritable patriotisme économique ne consiste pas seulement à posséder les minerais. Il consiste à maîtriser toute la chaîne de valeur.Le défi du Congo n’est plus seulement d’extraire. Il est désormais de transformer.L’avenir appartient moins aux pays qui possèdent les ressources qu’à ceux qui savent les valoriser.
CLBB





