Pendant des décennies, le pétrole a gouverné le monde. Il a déclenché des guerres, renversé des gouvernements, enrichi des nations et condamné d’autres à la pauvreté. Aujourd’hui, le pétrole perd progressivement son trône. Le nouveau souverain s’appelle lithium.On le surnomme déjà l’or blanc.Il soigne les malades bipolaires. Il fait fonctionner les téléphones intelligents. Il propulse les voitures électriques. Il alimente les systèmes de stockage d’énergie qui doivent accompagner la transition écologique mondiale.Le XXIe siècle roulera au lithium.Et, une fois de plus, le destin semble avoir choisi le Congo.Car sous le sol de Manono dort l’un des plus grands gisements de lithium de la planète.Mais au Congo, chaque bénédiction semble arriver accompagnée d’une malédiction.Avant même que la première tonne soit exploitée, les procès internationaux se multiplient, les permis se contredisent, les sociétés minières s’affrontent, les intérêts étrangers s’entrecroisent et les Congolais assistent, impuissants, au spectacle.Le scénario est tristement familier.Hier le caoutchouc.Puis le cuivre.Ensuite l’uranium.Après le cobalt.Aujourd’hui le lithium.Le sous-sol congolais continue de s’enrichir pendant que le peuple attend toujours que cette richesse remonte jusqu’à lui.La véritable question n’est donc pas de savoir si le lithium fera la fortune du monde.Il la fera.La vraie question est beaucoup plus dérangeante :fera-t-il enfin la fortune des Congolais ?L’histoire ne plaide malheureusement pas en notre faveur.Nous exportons des minerais.Les autres exportent des technologies.Nous vendons des roches.Ils vendent des batteries.Nous exportons des matières premières.Ils exportent de l’intelligence industrielle.La différence de richesse se construit précisément dans cette transformation.Ce n’est pas le lithium qui vaut le plus.C’est ce que l’on en fait.Pendant que certains pays fabriquent des cellules de batteries, développent des logiciels de gestion énergétique, maîtrisent la chimie des matériaux et contrôlent les chaînes mondiales d’approvisionnement, nous continuons à célébrer chaque nouveau permis minier comme une victoire nationale.Ce n’en est pas une.Une mine n’est pas un projet de développement.Ce n’est qu’un point de départ.La richesse commence lorsque le minerai cesse d’être un minerai.Le Nigéria l’a compris en construisant des usines de traitement.La Chine l’a compris depuis longtemps en contrôlant le raffinage mondial du lithium.Même des pays qui possèdent peu de réserves dominent aujourd’hui le marché parce qu’ils maîtrisent la technologie.Pendant ce temps, le Congo possède les ressources… mais importe toujours la valeur ajoutée.Voilà notre véritable drame.Le lithium peut devenir le sauveur de la transition énergétique mondiale.Il ne deviendra le sauveur du Congo que lorsque Manono produira non seulement du concentré de lithium, mais aussi des emplois qualifiés, des ingénieurs, des laboratoires, des usines de batteries, des routes, des écoles, des hôpitaux et une industrie nationale.Sinon, nous assisterons une fois encore au même miracle géologique produisant la même catastrophe économique.Le sous-sol deviendra riche.Le sol restera pauvre.L’Histoire enseigne une leçon implacable : les ressources naturelles ne rendent pas un pays prospère.Les institutions, la vision stratégique et la transformation industrielle, oui.Le lithium est peut-être l’énergie de demain.Mais sans gouvernance, il ne sera que le minerai d’une occasion de plus… manquée.
CLBB





