« Tina te eza na tina » : quand les anciens Kuluna deviennent les donneurs de leçons
Longtemps associés à la violence urbaine et à l’insécurité dans les quartiers populaires de Kinshasa, des jeunes autrefois catalogués comme « Kuluna » démontrent aujourd’hui qu’une seconde chance peut transformer des trajectoires. Formés par le Service national, ils sont désormais engagés dans des activités productives et participent à l’assainissement de la capitale. Une métamorphose qui interroge la société congolaise sur la puissance de la rééducation et de la réinsertion.

Ils étaient hier perçus comme une menace. Des silhouettes qui inspiraient la peur dans plusieurs quartiers de Kinshasa, associées aux agressions, aux violences de rue et aux troubles à l’ordre public. Aujourd’hui, certains d’entre eux arpentent les mêmes avenues, non plus pour semer la terreur, mais pour restaurer l’ordre, sensibiliser et contribuer à rendre la capitale plus propre.
La scène est presque symbolique : ceux qui étaient accusés de dégrader l’espace public participent désormais à sa reconstruction. Une transformation qui rappelle les paroles de l’artiste congolais Jean Goubald Kalala dans sa chanson « Tina te eza tina » : derrière chaque être humain se cache une possibilité de changement, pourvu que la société sache offrir un cadre favorable à son éclosion.

C’est précisément cette philosophie que semble porter le Service national, sous la direction du lieutenant-général Kassongo Kabwik. Des jeunes autrefois considérés comme irrécupérables ont été sortis de la rue, encadrés, formés et orientés vers des activités utiles à la collectivité. À Kanyama-Kasese, ils ont appris la discipline, le travail et la responsabilité collective avant de devenir des acteurs de développement.
Le résultat est visible. Ces jeunes ont participé à la fabrication de mobiliers scolaires et universitaires, notamment des bancs destinés à plusieurs établissements d’enseignement supérieur. Des universités comme l’UNIKIN, l’ISC ou encore l’UNISIC ont bénéficié de cette production locale qui transforme une ancienne force de nuisance en une force productive.

Mais leur nouvelle mission dans la capitale marque un autre tournant. Déployés d’abord dans la partie Est de Kinshasa, particulièrement dans le district de la Tshangu, ils ont participé à de vastes opérations d’assainissement avant de progresser le long du boulevard Lumumba jusqu’à plusieurs grands axes de la ville. Aujourd’hui, leur présence est remarquée dans des endroits comme Kitambo Magasin, où ils contribuent à maintenir la propreté des espaces publics et à rappeler les règles de civisme.
Le symbole est fort : ceux qui étaient hier accusés d’incivisme deviennent aujourd’hui ceux qui rappellent les règles de civisme. Ceux qui étaient montrés du doigt deviennent ceux qui montrent le chemin.
Cette expérience rappelle une vérité souvent oubliée : la délinquance n’est pas toujours une identité définitive, elle peut être la conséquence d’un abandon social, d’un manque d’encadrement ou d’absence de perspectives. La réponse ne peut donc pas se limiter à la répression. Une société qui veut durablement combattre l’insécurité doit aussi investir dans l’éducation, la formation et la réinsertion.

La trajectoire de ces jeunes ressemble finalement à celle d’une chenille devenue papillon. Hier destructeurs, ils sont aujourd’hui constructeurs. Hier exclus, ils deviennent des acteurs du changement. Leur histoire démontre qu’aucun jeune n’est définitivement perdu lorsque la discipline, la formation et la confiance remplacent le rejet.
La grande leçon de cette métamorphose est simple : il ne faut pas seulement condamner les erreurs du passé, il faut aussi créer les conditions d’un avenir différent. Car parfois, derrière celui que la société considère comme un problème se cache peut-être un futur artisan de solutions.
NGK





