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CHRONIQUE DE CLBB/ÉLECTION À LA TÊTE DE L’OIF : LA FRANCOPHONIE À L’HEURE DU CHOIX

11 juillet 2026
dans Monde
La rédactionPar La rédaction
CHRONIQUE DE CLBB:Entre les images et la vérité

Pour la première fois en cinquante-six ans d’existence, l’Organisation internationale de la Francophonie s’apprête à élire son secrétaire général selon un rtes l’avantage d’éviter les affrontements ouverts, mais elle entretenait aussi l’image d’une organisation où les décisions majeures se négociaient dans les coulisses diplomatiques, loin des débats publics et sans véritable confrontation des projets.Les accords de Djerba de 2022 ont ouvert une nouvelle voie. Désormais, les candidats doivent présenter leur vision, défendre leur programme, répondre aux questions des États membres et, au terme du processus, se soumettre au vote à bulletin secret des chefs d’État et de gouvernement.Le 30 juin, à Paris, quatre personnalités ont donc été auditionnées : la Mauritanienne Coumba Ba, l’ancien Premier ministre roumain Dacian Cioloş, la Congolaise Juliana Lumumba et l’actuelle secrétaire générale, la Rwandaise Louise Mushikiwabo.Au-delà des personnalités, cette élection pose une question fondamentale :Quelle Francophonie voulons-nous pour les prochaines années ?Une organisation qui ne peut plus vivre uniquement de symbolesLa Francophonie demeure l’un des plus grands espaces linguistiques, culturels et diplomatiques du monde. Elle rassemble des peuples répartis sur plusieurs continents et représente un potentiel considérable en matière d’éducation, d’économie, de numérique, de culture, de coopération scientifique et d’influence internationale.Mais il faut aussi avoir le courage de poser les questions qui dérangent.Que représente concrètement l’OIF pour les millions de jeunes francophones confrontés au chômage, à la pauvreté, aux difficultés d’accès à une éducation de qualité et à la fracture numérique ?Quelle est sa capacité réelle à contribuer à la prévention des conflits, à la consolidation de la paix et au renforcement des institutions démocratiques ?Comment expliquer que certains pays parmi les plus riches en ressources naturelles de l’espace francophone demeurent parmi les plus pauvres du monde ?Et surtout, la Francophonie peut-elle continuer à se limiter à la défense de la langue française sans devenir un véritable espace économique, scientifique, technologique et stratégique ?La langue est un patrimoine. Mais une langue ne rayonne durablement que lorsqu’elle devient aussi un instrument de savoir, d’innovation, de création de richesses et de coopération entre les peuples.La Francophonie ne doit donc plus être seulement une communauté de discours et de sommets. Elle doit devenir une communauté d’opportunités et de résultats.Quatre candidatures, mais une même interrogationLes auditions ont montré que les candidats partageaient plusieurs priorités : la jeunesse, l’égalité entre les femmes et les hommes, le financement de l’organisation, l’économie, l’environnement, le numérique ainsi que le maintien du dialogue avec les pays de l’Alliance des États du Sahel.Ces thèmes sont importants.Mais lorsqu’ils sont repris presque à l’identique par tous les candidats, une interrogation apparaît : où se situe la véritable différence entre les projets ?Une élection ne devrait pas être uniquement une compétition entre des parcours personnels. Elle devrait être une confrontation de visions.La Francophonie a-t-elle besoin d’une continuité renforcée ou d’une nouvelle orientation ?Doit-elle demeurer principalement un instrument diplomatique et culturel ou devenir également un espace économique intégré ?Doit-elle continuer à intervenir essentiellement par des déclarations et des missions institutionnelles ou se doter de mécanismes plus concrets en faveur de l’éducation, de l’entrepreneuriat, de la recherche, de la mobilité universitaire et de l’emploi des jeunes ?Ce sont ces questions qui devraient être au centre du débat.Louise Mushikiwabo : l’avantage du bilanDans cette compétition, Louise Mushikiwabo dispose naturellement d’un avantage : celui de l’expérience et du bilan.Alors que ses concurrents présentent des promesses, elle peut défendre les réformes entreprises sous sa direction et rappeler les résultats obtenus depuis son arrivée à la tête de l’organisation.Mais l’exercice du pouvoir constitue à la fois une force et une responsabilité.Un bilan ne doit pas seulement être présenté. Il doit aussi être évalué.Quelles réformes ont réellement renforcé l’efficacité de l’OIF ?Quel impact concret ces réformes ont-elles eu sur les populations francophones ?L’organisation est-elle aujourd’hui plus visible, plus influente et plus utile qu’elle ne l’était auparavant ?La continuité ne peut être un argument suffisant que si elle s’accompagne d’une vision renouvelée.Juliana Lumumba : une candidature congolaise qui interpellePour la République démocratique du Congo, la candidature de Juliana Lumumba revêt une importance particulière.La RDC est le plus grand pays francophone du monde par sa population. Elle constitue l’un des principaux centres démographiques de l’avenir de la langue française. Dans les prochaines décennies, une part croissante des francophones vivra en Afrique, et la RDC occupera une place centrale dans cette évolution.Il est donc légitime qu’une personnalité congolaise ambitionne de diriger l’OIF.Mais le poids démographique d’un pays ne suffit pas à garantir la victoire de son candidat.Une candidature internationale doit reposer sur une vision forte, une diplomatie cohérente, des alliances solides et une capacité à convaincre au-delà de son propre espace national.L’annonce de la création d’une Académie francophone de la paix, qui serait financée à hauteur de 10 millions de dollars par le gouvernement congolais, mérite à ce titre une attention particulière.L’idée peut paraître pertinente dans un espace francophone confronté à de nombreuses crises. La prévention des conflits, la médiation, la formation des diplomates et la construction d’une culture de paix sont des enjeux majeurs.Mais une question demeure :Pourquoi et comment cet engagement financier aurait-il été décidé ?Une promesse impliquant des fonds publics congolais devrait être clairement expliquée, documentée et inscrite dans les mécanismes budgétaires appropriés.Dans un pays confronté à d’immenses besoins en matière de sécurité, d’éducation, de santé et d’infrastructures, l’utilisation de 10 millions de dollars ne peut être présentée comme un simple argument de campagne internationale.La diplomatie a besoin d’ambition. Mais elle a également besoin de transparence, de cohérence et de responsabilité.L’Afrique au centre de l’avenir francophoneCette élection révèle aussi une réalité incontournable : l’avenir démographique de la Francophonie se trouve largement en Afrique.Le continent africain ne devrait donc plus être considéré uniquement comme le principal réservoir de locuteurs francophones. Il doit devenir l’un des centres de décision, d’innovation et de production intellectuelle de la Francophonie.Il ne suffit pas de constater que la majorité des futurs francophones seront africains.Il faut investir dans leurs écoles, leurs universités, leurs centres de recherche, leurs entreprises culturelles, leurs technologies et leurs industries.Une Francophonie qui ne contribuerait pas à l’émancipation économique et intellectuelle de sa jeunesse risquerait de perdre progressivement sa pertinence.Les jeunes Africains continueront-ils à voir dans le français une langue d’avenir, d’innovation et de mobilité sociale ?Ou le considéreront-ils comme une langue institutionnelle, éloignée de leurs réalités économiques ?La réponse dépendra moins des déclarations que des politiques concrètes mises en œuvre.Le véritable enjeu : passer de la Francophonie des sommets à la Francophonie des peuplesLe sommet du 16 novembre au Cambodge ne devra donc pas seulement désigner une personnalité.Il devra choisir une orientation.L’élection à bulletin secret constitue une avancée institutionnelle. Mais la démocratie ne se résume pas au vote. Elle suppose également la transparence des programmes, l’évaluation des résultats et la responsabilité devant les États membres et les peuples.La future direction de l’OIF devra démontrer que la Francophonie peut être davantage qu’un héritage linguistique.Elle devra en faire un espace de coopération économique, de circulation du savoir, d’innovation numérique, de mobilité universitaire, de création culturelle et de solidarité entre les peuples.Car le français ne survivra pas uniquement grâce aux discours prononcés dans les sommets internationaux.Il vivra par la qualité des écoles qui l’enseignent, par les connaissances qu’il transmet, par les emplois qu’il contribue à créer, par les innovations qu’il permet de partager et par les perspectives qu’il offre aux nouvelles générations.Pour la première fois, les États membres devront choisir entre plusieurs candidats.Mais, au-delà des noms, ils devront surtout répondre à une question essentielle :Quelle Francophonie voulons-nous construire pour les cinquante prochaines années ?Une Francophonie institutionnelle, essentiellement diplomatique et symbolique ?Ou une Francophonie moderne, économique, numérique, solidaire et véritablement au service de ses peuples ?Le choix du Cambodge ne concernera donc pas seulement la succession de Louise Mushikiwabo.Il pourrait déterminer l’avenir même de la Francophonie.

CLBB

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