Franco donne l’exemple de Lutumba qui lui communique et lui demande la permission de créer son propre label dénommé Masiya. J’ai autorisé cela, dit-il. Ce que je n’aime pas, c’est des gens qui font des choses à mon insu et restent dans l’OK Jazz pour créer quelque chose d’autre tout en profitant de la notoriété de l’OK Jazz. Même Ntesa m’a demandé la permission de faire des enregistrements à part, et j’ai autorisé
Les journalistes veulent savoir pourquoi ce ne serait pas Franco lui-même qui aurait eu l’idée d’octroyer à un musicien comme Lutumba la possibilité d’avoir sur le côté son propre label. Franco croit qu’il sied que l’idée vienne du collaborateur ; pas de lui.
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Dans un documentaire (est-ce sur Papa Wemba ? je ne sais plus), Verckys dit : Au Zaïre, personne ne respecte les contrats, ni les musiciens, ni les patrons. Donc, si un musicien ne me plait pas, je le limoge tout simplement. Voilà pourquoi il peut suspendre Maxime Soki Vangu de son propre orchestre, pour que celui-ci s’enflamme jusqu’à non seulement se séparer des Editions Vévé, mais aussi penser à changer le nom de l’orchestre.
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Verckys savait que cet incident allait provoquer la dislocation de Bella-Bella et la création de Lipua-lipua. Et pendant que Lipua-lipua était en marche, il pouvait se donner la liberté de suspendre l’accompagnateur, de sorte que les musiciens entrent en panique et se débrouillent pour trouver in extremis Mombasa Vata pour le remplacer. Entretemps, le malin sait où faire inscrire le nom d’un orchestre comme sa marque déposée, et les musiciens n’en savent rien. Comme ça, quand il veut que le trio Nymuki devienne les Kamalé et qu’en même temps l’orchestre Lipua-lipua continue (puisque le pays est plein de talents), Mulembu ne peut pas réclamer le droit au nom Lipua-lipua, qui est le titre d’une de ses chansons dans Bella Bella. De la même manière, si le trio Madjesi veut chanter Chérie Ana eh chérie Luta, c’est du plagiat, parce qu’en dépit de l’authenticité, ça c’est Chérie Ana eh Chérie Ana. Je ne sais pas comment le titre de cette dernière chanson (Sosoliso) a été retenu comme nom d’orchestre par le trio Madjesi, étant une propriété de l’orchestre Vévé.
Néanmoins, Verckys, lui, insiste sur les contrats. Il les signe avec ses employés. Comme ça, si Papa Noël vient se plaindre que les musiciens de l’orchestre devenu plus tard Kiam étaient ses musiciens, il peut lui demander de montrer le contrat qu’il a signé avec eux. Et vous savez pourquoi Verckys dit qu’au Zaïre personne ne respecte les contrats ? Parce qu’il ne cessait de répéter que le contrat qu’il avait signé avec des européens continuait à être respecté et qu’il continuait à percevoir ses droits d’auteur des décennies plus tard. C’est-à-dire, les gens qui pouvaient faire respecter les contrats et inculquer à la société une culture de respect de contrats préfèrent se targuer de l’impossibilité d’une société africaine faire comme les européens.
Finalement, il y a cet entretien où l’un des derniers solistes de l’orchestre Bella Bella (un neveu direct de Johnny Bokelo) raconte l’épisode qui, selon lui, a été le chant du cygne de l’orchestre. Soki Vangu signe un contrat avec Papa Wemba. Donc, il a de l’argent et il peut sponsoriser un artiste. Chaba, son fidèle bassiste de je ne sais combien d’années, a besoin de meubles et veut un emprunt. Soki Vangu refuse, à l’instigation de, devinez…, Tabu Ley. Ce sont des meubles, bon sang ! Ce n’est pas un camion que Kwamy avait demandé à Franco, à en croire la chanson Course au Pouvoir.
P.S. Chaque fois que je présente des interprétations des faits ou spéculations sur la musique congolaise, je souhaite sincèrement que les gens me disent ce qu’ils en pensent, surtout s’ils identifient une interprétation déplacée et exagérée ou un fait manqué. La semaine passée, j’ai tapé sur Google «Quel est le nom complet de Bipoli ?». L’IA me répond : Mfumutaku Bipoli. Or, je savais qu’il avait un nom très portugais qui terminait en –ães. J’ai donc balancé sur le groupe WhatsApp des ressortissants de ma contrée (au lieu de poser la question) qu’il s’appelait Magalhães. Automatiquement un des cousins (pour ne pas dire camarades) dit que ce nom était plutôt Guimarães. Un autre cousin (pour ne pas dire camarade) précise que son nom complet était Pedro Amado Guimarães, et, comme nous tous, il a profité de l’authenticité pour se coller le nom un peu plus kilométrique de Pépé Bipoli na Fulu Mfumu Ntaku. C’est à ce type de correction que j’aspire chaque foi que j’écris.
PEDRO





