La musique congolaise perd l’une de ses plus belles plumes. Pascal Poba, auteur-compositeur de génie dont les textes ont porté certaines des plus grandes stars de la rumba congolaise, est décédé ce vendredi matin à Kinshasa à l’âge de 68 ans, après plusieurs mois de maladie. Son départ laisse un immense vide dans le patrimoine culturel congolais et ravive le débat sur le sort réservé aux créateurs qui ont façonné l’histoire musicale du pays.
C’est aux environs de 7 heures du matin que la triste nouvelle est tombée. Après un long combat contre la maladie, Pascal Poba a rendu son dernier souffle dans un centre médical de la capitale. Hospitalisé à plusieurs reprises ces derniers mois, il avait vu son état de santé se détériorer progressivement malgré les soins reçus.
Né le 19 janvier 1958 à Boma, dans le Kongo Central, Pascal Poba n’était pas de ceux qui recherchaient la lumière des projecteurs. Pourtant, derrière certains des plus grands succès de la musique congolaise moderne se cachait sa plume inspirée. Il appartenait à cette catégorie rare d’artisans de l’ombre capables de transformer une mélodie en chef-d’œuvre et un chanteur en légende.
Son répertoire impressionnant a marqué plusieurs générations. Il est notamment l’auteur de « Maman », immortalisée par Papa Wemba, de « Omba » et « Feu de l’amour » popularisées par JB Mpiana, de « Tshatsho Mbala » portée par Werrason, ou encore de « Voyage » interprétée par Adolphe Dominguez. Il revendiquait également la paternité du célèbre titre « Franc congolais », enregistré par Zola Tempo. Au fil de sa carrière, il a aussi produit plusieurs albums personnels, sans jamais connaître une reconnaissance à la hauteur de son immense contribution à la musique congolaise.
Les dernières semaines de sa vie avaient profondément ému l’opinion publique. Une vidéo devenue virale le montrait affaibli sur un lit d’hôpital, lançant un appel à l’aide qui a bouleversé de nombreux Congolais. Derrière les images d’un homme diminué se dessinait la réalité souvent douloureuse des auteurs et compositeurs, dont les œuvres enrichissent l’industrie musicale sans toujours garantir à leurs créateurs une existence digne.
Dans un témoignage poignant, Pascal Poba avait livré une confession qui résonne aujourd’hui comme un cri du cœur : « La musique ne m’a rien donnée. J’ai donné des chansons aux gens. » Une phrase lourde de sens qui résume le sentiment d’abandon ressenti par de nombreux artistes et auteurs confrontés à la faiblesse des mécanismes de protection des droits d’auteur en République démocratique du Congo.
La visite de la ministre de la Culture, Yolande Elebe Ma Ndembo, à son chevet avait suscité l’espoir d’un sursaut de solidarité. Mais pour beaucoup, cette mobilisation est arrivée tardivement face aux difficultés qu’endurait depuis longtemps celui qui a contribué à écrire quelques-unes des plus belles pages de la rumba congolaise.
Aujourd’hui, les hommages affluent de toutes parts. Musiciens, mélomanes et acteurs culturels saluent la mémoire d’un homme dont les mots ont traversé les décennies et continuent de faire vibrer les cœurs. Pascal Poba s’en est allé, mais son œuvre demeure. Dans chaque note de « Maman », dans chaque refrain de « Feu de l’amour », dans chaque souvenir porté par la rumba congolaise, sa plume continuera de vivre.
Avec la disparition de Pascal Poba, la République démocratique du Congo perd bien plus qu’un auteur-compositeur. Elle perd l’un de ses plus précieux gardiens de mémoire, un écrivain de la chanson dont le talent a enrichi des générations entières sans jamais réclamer les honneurs. Son héritage, lui, restera éternel.
Deb’s BUKAKA





