La conférence de presse du Président de la République, Félix Tshisekedi, continue de provoquer une onde de choc dans la classe politique congolaise. À peine les déclarations du chef de l’État terminées que plusieurs figures majeures de l’opposition sont montées au créneau, dénonçant ce qu’elles considèrent comme les prémices d’un glissement institutionnel et d’une stratégie visant à ouvrir la voie à un troisième mandat.
Dans les états-majors politiques de l’opposition, les propos du président sur les élections, la guerre dans l’Est et la possibilité d’un référendum constitutionnel ont été perçus comme un tournant. Beaucoup y voient désormais une volonté assumée de remettre en cause la limitation des mandats et de conditionner l’avenir électoral du pays à l’évolution de la situation sécuritaire.
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Premier à annoncer la contre-offensive politique, Martin Fayulu a convoqué une conférence de presse ce vendredi 8 mai 2026 au siège de son parti. Une prise de parole très attendue dans un contexte où l’ancien candidat à la présidentielle, malgré ses récents échanges avec le chef de l’État autour de la cohésion nationale, reste farouchement opposé à toute modification de la Constitution susceptible de prolonger le mandat présidentiel.
De son côté, Delly Sessanga a livré l’une des réactions les plus virulentes. L’opposant estime que « les masques sont tombés » et accuse ouvertement Félix Tshisekedi de « manœuvrer à découvert pour un troisième mandat par plébiscite ». Pour le président d’Envol, le pouvoir chercherait désormais à installer un « pouvoir personnel » en contradiction avec l’héritage politique d’Étienne Tshisekedi. Il appelle ainsi « les démocrates » à faire bloc afin de défendre « l’ordre républicain ».
Au sein du FCC, les critiques se sont également multipliées. François Nzekuye a rappelé les engagements du chef de l’État sur la restauration de la sécurité dans l’Est du pays, estimant qu’un dirigeant qui échoue devrait « démissionner » plutôt que chercher à modifier la Constitution ou obtenir « un mandat illégitime et anticonstitutionnel ».
Même tonalité chez Bijou Ngoya, proche de l’ancien régime. Dans une déclaration au ton particulièrement incisif, elle a rejeté l’idée selon laquelle la guerre pourrait suspendre les exigences démocratiques. Selon elle, les élections de 2023 ont déjà démontré qu’un scrutin pouvait être organisé malgré l’insécurité dans certaines zones du pays. Elle accuse le pouvoir de vouloir priver les Congolais du rendez-vous électoral de 2028 sous couvert de guerre, tout en envisageant paradoxalement un référendum constitutionnel dans les mêmes territoires touchés par l’insécurité.
« La République n’est pas un butin. C’est un contrat. Le contrat dit : cinq ans, pas un jour de plus », a-t-elle martelé, dans une sortie largement relayée sur les réseaux sociaux.
Dans les rangs de Lamuka, Prince Epenge a lui aussi dénoncé ce qu’il considère comme une stratégie de confiscation du pouvoir. « Pas de dialogue, pas d’élections, pas de fin de guerre. Le Roi veut d’abord son troisième mandat », a-t-il lancé, accusant le pouvoir de privilégier les calculs politiques au détriment des priorités nationales.
L’opposition ne cache plus ses inquiétudes face aux déclarations présidentielles. Pour plusieurs leaders politiques, la perspective d’une révision constitutionnelle constituerait une ligne rouge susceptible de raviver les tensions politiques dans un pays déjà fragilisé par la guerre dans l’Est et les crispations institutionnelles.
Dans l’entourage de Moïse Katumbi, le ton est également ferme. Ses proches dénoncent toute tentative de révision constitutionnelle qu’ils assimilent à une « trahison » envers le peuple congolais et mettent en garde contre toute dérive vers une « présidence à vie ».
En exil, Claudel Lubaya a affirmé qu’il n’y aurait « ni mission, ni troisième mandat », tandis que Seth Kikuni accuse le chef de l’État de préparer un « glissement électoral » sous couvert de la crise sécuritaire.
À mesure que les réactions se multiplient, la conférence de presse présidentielle apparaît désormais comme un moment charnière du quinquennat. Loin d’apaiser le climat politique, elle semble avoir cristallisé les fractures autour de la question du pouvoir, de la Constitution et de l’échéance cruciale de 2028.
NGK




