Les négociations tenues à Montreux, du 13 au 17 avril 2026, entre la délégation de Kinshasa et celle du RCD-AFC-M23-UPDF-RDF, ont révélé un climat de fortes tensions, de blocages répétés et de tractations intenses en coulisses, aboutissant finalement à la signature d’un mémorandum d’entente sur le cessez-le-feu le 15 avril, sous l’impulsion déterminante de la médiation américaine.
Contrairement à certaines informations ayant circulé, ces discussions n’ont pas eu lieu à Genève mais bien dans cette ville suisse nichée au bord du lac Léman, devenue pour quelques jours le théâtre discret d’un bras de fer diplomatique. Selon plusieurs sources proches des négociations, la signature de l’accord est intervenue après un premier refus catégorique de la délégation rebelle à Doha, position attribuée à des instructions venues de Paul Kagame.
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Dès l’ouverture des travaux, les représentants du RCD-AFC-M23-UPDF-RDF ont imposé leurs préalables, notamment la libération immédiate de 311 prisonniers placés sous la supervision du Comité international de la Croix-Rouge ainsi que l’amnistie d’une centaine de leurs membres condamnés par Kinshasa. Une exigence qui a rapidement crispé les discussions, rappelant les blocages déjà observés lors des précédentes négociations.
Face à ces revendications, la délégation gouvernementale a tenté d’imposer ses propres priorités, dont la réouverture de l’aéroport international de Goma, un point jugé stratégique pour des raisons humanitaires et logistiques. Une demande rejetée sans compromis par la partie adverse, prolongeant l’impasse sur plusieurs volets clés des discussions.
Un autre point de discorde majeur a concerné la présence de Justine Rukeba Mbabazi au sein de la délégation rebelle. Kinshasa a fermement contesté sa participation, la considérant comme une ressortissante rwandaise, et a exigé son retrait immédiat des négociations. Cette question, hautement sensible, a failli provoquer un retrait pur et simple de la délégation congolaise.
Sous la pression de la médiation américaine, des concessions ont néanmoins émergé. Kinshasa s’est engagé à libérer plus de 300 combattants affiliés aux groupes armés, une opération annoncée entre le 18 et le 20 avril. En retour, la partie rebelle a évoqué la possibilité de rouvrir l’aéroport de Goma après ces libérations, esquissant un fragile compromis.
Sur la question de l’amnistie, les autorités congolaises ont opposé une fin de non-recevoir immédiate, renvoyant toute décision à la justice nationale. Un point qui demeure en suspens et qui pourrait raviver les tensions lors des prochaines rencontres.

Par ailleurs, les deux camps ont accepté le principe d’un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, intégrant des officiers des FARDC, des représentants rebelles ainsi que des éléments de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo. Une avancée technique, mais encore fragile face à l’absence de consensus sur les questions sécuritaires plus larges, notamment la démobilisation et le cantonnement des combattants.
En marge des discussions officielles, certains échanges ont suscité malaise et incompréhension. L’intervention de Claude Ibalanky Ekolomba devant la médiation américaine, évoquant la confiscation présumée de ses biens personnels, a surpris jusque dans son propre camp, illustrant les fractures internes et les tensions latentes qui traversent les différentes parties.
Alors que les débats sur le volet humanitaire, notamment la réouverture de l’aéroport de Goma, devaient se poursuivre le 16 avril, l’issue des négociations restait incertaine. La possibilité d’une nouvelle rencontre est déjà évoquée, tant les divergences demeurent profondes.
Dans ce contexte, la médiation américaine joue un rôle crucial pour éviter un nouvel échec. Mais au-delà des accords ponctuels, c’est la question de la confiance entre les parties et celle de la gouvernance qui restent au cœur des enjeux, dans un processus de paix encore loin d’être consolidé.
La Rédaction





