L’Union sacrée de la nation traverse une zone de fortes turbulences, au point où chaque départ au sommet résonne désormais comme un signal d’alarme supplémentaire. Après l’éviction de Vital Kamerhe de la tête de l’Assemblée nationale en 2025, dans un contexte marqué par des tensions internes et des critiques sur sa gestion, c’est au tour de Modeste Bahati Lukwebo de se retirer d’une position stratégique, confirmant une dynamique de fragilisation inquiétante au sein de la majorité présidentielle.
La démission du sénateur du Sud-Kivu de son poste de deuxième vice-président du Sénat n’est pas intervenue dans un climat apaisé. Bien au contraire, elle survient sous la pression directe d’une pétition largement soutenue par ses pairs, avec 83 signatures sur 109 sénateurs, rendant politiquement intenable son maintien au sein du Bureau. Dans sa lettre adressée au président de la chambre haute, il évoque la nécessité de préserver la sérénité des travaux parlementaires, une formule classique qui masque difficilement la réalité d’un rapport de force devenu défavorable.
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Mais au-delà de l’épisode institutionnel, c’est le climat général qui interroge. L’Union sacrée, censée incarner une large coalition de stabilité, apparaît de plus en plus comme un espace de rivalités internes où les désaccords ne trouvent d’issue que dans des mises à l’écart successives. Après Kamerhe, figure majeure et ancien pilier du dispositif, le départ de Bahati Lukwebo, autre ténor du présidium, renforce l’impression d’un édifice politique miné de l’intérieur.
Les propos récents de Bahati Lukwebo sur la question constitutionnelle ont sans doute accéléré sa chute. En affirmant que le véritable problème de la République démocratique du Congo réside dans « l’homme congolais » plutôt que dans la Constitution, il a pris à rebours une partie de la majorité engagée dans le débat sur une éventuelle révision. Cette sortie, perçue comme dissonante, a révélé une ligne de fracture profonde et une tolérance de plus en plus limitée à l’expression de positions divergentes.
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse les trajectoires individuelles. Il s’agit d’un malaise structurel. Entre les « classiques » attachés à une certaine orthodoxie politique, les « ténors » soucieux de préserver leur influence et les nouveaux leaders en quête d’espace, l’Union sacrée semble prise dans une spirale de tensions internes qui affaiblit sa capacité à agir de manière cohérente.
Dans ce contexte, chaque crise devient un précédent. Chaque départ ouvre la voie à un autre. Et chaque silence au sommet alimente les spéculations. La question n’est plus seulement de savoir pourquoi Bahati Lukwebo est parti, mais bien de comprendre qui pourrait être le prochain sur la liste.
Car à force de régler les différends par des exclusions ou des démissions forcées, la coalition prend le risque de se vider progressivement de ses figures les plus influentes, au détriment de sa stabilité et de sa crédibilité. Pour une majorité qui se voulait large, inclusive et structurante, le paradoxe est frappant.
Face à cette succession de secousses, une interrogation persiste, lancinante : l’Union sacrée peut-elle encore se réinventer ou assiste-t-on, impuissants, à l’érosion progressive d’un projet politique déjà fragilisé ?
À Kinshasa comme ailleurs, les regards sont désormais tournés vers l’avenir immédiat. Et dans les coulisses du pouvoir, une question circule avec insistance, presque comme une mise en garde : à qui le prochain tour ?
NGK





