À peine quelques jours après avoir tenu des propos qui avaient secoué la majorité au pouvoir, Modeste Bahati Lukwebo a choisi la voie du repentir. Le sénateur et autorité morale de l’AFDC-A a publiquement présenté ses excuses au chef de l’État, Félix Tshisekedi, provoquant un mélange de stupéfaction, d’ironie et de critiques dans les milieux politiques congolais.
Quelques jours plus tôt, lors d’une sortie médiatique qui avait suscité un large écho, le professeur Bahati Lukwebo s’était montré particulièrement critique à propos du débat sur une éventuelle révision constitutionnelle. Il avait alors estimé que la République démocratique du Congo ne souffrait pas d’un problème de textes mais plutôt d’un problème d’hommes. Cette déclaration, perçue comme une prise de distance courageuse face à certains ténors de la majorité favorables à la réforme, avait été saluée par plusieurs observateurs qui y voyaient un rare moment de franchise politique au sein de l’Union Sacrée de la Nation.
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Mais la tempête politique qui a suivi semble avoir précipité un spectaculaire revirement. Acculé par les critiques internes et par les pressions au sein de la majorité présidentielle, le sénateur a finalement fait marche arrière. Dans une déclaration rendue publique, il a présenté ses excuses et réaffirmé sa loyauté au président Félix Tshisekedi ainsi que son engagement au sein de l’Union Sacrée, assurant qu’il ne s’était jamais opposé à une modification de la Constitution. Selon lui, ses propos auraient été mal interprétés et sortis de leur contexte, expliquant qu’il répondait simplement à une question imprévue d’un journaliste en soulignant la nécessité de transformer d’abord les mentalités avant de modifier les textes.
Ce rétropédalage n’a cependant pas suffi à calmer les critiques. Pour de nombreux observateurs de la scène politique congolaise, l’épisode illustre les contradictions d’une classe politique souvent accusée de naviguer au gré des rapports de force plutôt que de défendre des positions fermes. Certains rappellent que ce n’est pas la première fois que Modeste Bahati Lukwebo se retrouve au cœur d’une fronde suivie d’un retour dans le rang.
En 2014 déjà, au moment où le débat sur une possible révision constitutionnelle agitait la majorité de l’époque dirigée par Joseph Kabila, Bahati Lukwebo figurait parmi les figures qui avaient contesté la ligne officielle aux côtés d’autres responsables politiques. La réaction du pouvoir avait alors été rapide, poussant certains frondeurs à s’éloigner durablement du régime tandis que lui choisissait de présenter ses excuses et de réintégrer la majorité présidentielle.
Depuis lors, l’homme politique a traversé plusieurs recompositions du paysage congolais, notamment la rupture entre le FCC et la coalition CACH, avant de rejoindre la dynamique politique portée par Félix Tshisekedi. Pour ses détracteurs, ce parcours témoigne d’un pragmatisme poussé à l’extrême. Pour ses partisans, il s’agit plutôt d’une capacité d’adaptation aux réalités mouvantes de la politique congolaise.
Quoi qu’il en soit, l’épisode actuel laisse des traces. Au sein même de son regroupement politique, des voix critiques se sont élevées et certains cadres ont pris leurs distances. Dans les coulisses de l’Union Sacrée, plusieurs figures influentes estiment que l’incident a porté atteinte à la cohésion de la majorité et à l’image du pouvoir.
Ainsi, malgré les excuses publiques du sénateur, le climat demeure tendu. Dans une coalition où la discipline politique est devenue un enjeu majeur, beaucoup s’interrogent sur la suite réservée à cette affaire et sur les conséquences qu’elle pourrait avoir pour l’un des acteurs les plus expérimentés de la scène politique congolaise. Pour certains stratèges de la majorité, une chose est sûre : dans la bataille politique autour de la Constitution, le rouleau compresseur du pouvoir continue d’avancer.
NGK





