Promesse présidentielle devenue symbole d’espoir pour les pêcheurs congolais, l’Office national de pêche et d’aquaculture (ONPA) devait incarner l’une des réponses structurelles à la question alimentaire en République démocratique du Congo. Mais derrière les textes juridiques et les discours officiels, la réalité est aujourd’hui tout autre : plusieurs années après sa création, l’institution existe sur le papier… mais presque nulle part ailleurs.
En 2021, lors d’un court meeting tenu à Kinkole devant des pêcheurs venus écouter ses orientations pour le secteur, le président Félix Tshisekedi avait lancé une phrase qui avait suscité l’espoir : « J’ai trouvé la clé pour résoudre les problèmes alimentaires des Congolais. » L’année suivante, la création de l’Office national de pêche et d’aquaculture venait matérialiser cette ambition. L’objectif était clair : accroître la production locale de poisson, professionnaliser les acteurs du secteur et contribuer à la sécurité alimentaire dans un pays doté d’immenses ressources halieutiques mais dépendant encore fortement des importations.
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Sur le plan institutionnel, le dispositif semblait solide. L’office a été formellement institué par ordonnance, un texte porté notamment par le ministre Guylain Nyembo Mbwizya et contresigné par plusieurs responsables gouvernementaux. Une présidente du conseil d’administration, Henriette Wamu, a été nommée, tout comme un directeur général, Épicure Bohi. Sur le papier, l’architecture administrative apparaît donc complète.
Dans les faits, pourtant, l’office fonctionne comme une structure fantôme.
Car l’ONPA ne dispose toujours pas de bureau officiel. Ni siège administratif, ni locaux opérationnels pour ses agents. Selon sa présidente du conseil d’administration, la situation est aussi simple que préoccupante : l’établissement est aujourd’hui pratiquement au point mort. Les cadres et agents de l’office, pourtant désignés pour piloter une institution stratégique, se retrouvent contraints d’exercer leurs fonctions sans infrastructure adaptée.

Le problème dépasse largement la question immobilière. Depuis sa création, l’office ne dispose ni de crédit de fonctionnement ni de grille barémique pour son personnel. Les mandataires publics qui y ont été nommés n’ont pas perçu de rémunération depuis plus de trente mois. Plusieurs démarches ont été entreprises auprès du ministère du Budget afin d’obtenir les moyens nécessaires au démarrage effectif de l’institution, mais ces sollicitations sont restées sans réponse concrète.
Cette situation contraste avec l’importance stratégique du secteur halieutique pour l’économie et la sécurité alimentaire du pays. La République démocratique du Congo possède l’un des patrimoines halieutiques les plus riches d’Afrique centrale, grâce à ses grands lacs, ses rivières et son vaste réseau fluvial. L’ONPA devait justement structurer cette richesse, moderniser les techniques de pêche, soutenir l’aquaculture et organiser toute la filière.
Cinq ans après la promesse faite à Kinkole, le constat demeure pourtant préoccupant. Entre le 7 mars 2021 et le 7 mars 2026, le temps a passé sans que l’office chargé de porter cette ambition ne dispose des moyens de fonctionner. L’établissement public créé pour répondre à cette vision reste jusqu’à présent sans bureau, sans crédit de fonctionnement et sans grille barémique pour son personnel. Ses mandataires publics demeurent impayés depuis plus de trente mois.
À Kinkole même, cité historique des pêcheurs où la promesse présidentielle avait été formulée, le port moderne des pêcheurs, le débarcadère construit sous l’impulsion du chef de l’État serait aujourd’hui spolié et laissé à l’abandon, transformé en éléphant blanc. Les bateaux de pêche acquis pour soutenir la production nationale ne seraient pas davantage exploités, certains étant signalés comme abandonnés ou portés disparus.
À mesure que les années passent, l’ONPA semble ainsi illustrer une contradiction bien connue dans l’administration congolaise : une institution juridiquement créée, politiquement annoncée et administrativement structurée, mais privée des moyens matériels nécessaires à son existence réelle.
Cinq ans après l’annonce faite aux pêcheurs de Kinkole, l’office censé porter cette ambition attend toujours les moyens de transformer la promesse du chef de l’État pour ce secteur halieutique en politique publique effective.
NGK





