À Kinshasa, capitale de la RDC, la Banque centrale du Congo (BCC) a choisi de changer de braquet. Réunie en Comité de politique monétaire, l’institution a acté un nouvel assouplissement de sa politique monétaire, misant sur une accalmie relative du franc congolais et sur des perspectives économiques qu’elle juge « globalement favorables » à l’horizon 2026. Une inflexion prudente, mais politiquement et économiquement lourde de sens, dans un pays longtemps habitué à une gestion défensive de sa monnaie.
Le signal est clair : la BCC estime disposer de marges de manœuvre suffisantes pour soutenir l’activité sans compromettre la stabilité macroéconomique. Dans un environnement régional et international encore traversé de turbulences, ce choix traduit une confiance renouvelée dans les fondamentaux de l’économie congolaise.
Lire aussi
Un franc congolais sous contrôle relatif
Au cœur de la décision, la trajectoire du taux de change. Selon la BCC, le franc congolais a affiché un comportement « globalement satisfaisant » sur les marchés des changes. Depuis la fin décembre 2025, la monnaie nationale a certes légèrement reculé sur le marché indicatif, mais elle s’est paradoxalement appréciée sur le marché parallèle, un indicateur scruté de près dans une économie largement dollarisée.
Cette double dynamique, loin d’être anodine, est interprétée comme le signe d’un apaisement des anticipations et d’un meilleur alignement entre les marchés officiel et informel. Pour 2026, la Banque centrale anticipe une évolution maîtrisée de l’inflation, portée par la stabilisation du taux de change et par une croissance économique qui demeure robuste.
Les métaux comme amortisseur externe
La BCC fonde également son optimisme sur l’environnement externe. La bonne tenue attendue des cours du cuivre et du cobalt – piliers de l’économie congolaise – constitue un puissant facteur de soutien. Certes, les tensions géopolitiques mondiales et la résurgence de barrières tarifaires continuent de peser sur les échanges, mais Kinshasa espère tirer profit de sa position stratégique sur les marchés des minerais critiques.
Sur le plan interne, la Banque centrale évoque aussi une possible atténuation des conflits dans l’Est du pays, à la faveur des engagements pris par les différentes parties. Une hypothèse encore fragile, mais dont l’impact économique serait considérable en cas de concrétisation.
Un assouplissement ciblé et assumé
Forte de ces perspectives, la BCC a abaissé son taux directeur de 17,5 % à 15 %, soit une réduction significative de 250 points de base. Le taux des facilités de prêt marginal suit la même trajectoire, passant de 21,5 % à 19 %. L’objectif est limpide : alléger le coût du crédit, stimuler l’investissement et soutenir la reprise de l’activité.
En revanche, l’architecture globale de la politique monétaire reste inchangée. Les coefficients de réserve obligatoire sont maintenus, tant pour les dépôts en monnaie nationale que pour ceux libellés en devises. Un choix qui illustre la ligne de crête sur laquelle évolue la Banque centrale : desserrer l’étau sans ouvrir les vannes.
Une vigilance de tous les instants
Consciente de la fragilité des équilibres, la BCC se veut néanmoins vigilante. Le Comité de politique monétaire a réaffirmé sa détermination à suivre de près l’évolution de la conjoncture, interne comme externe, ainsi que la liquidité dans l’économie. Et prévient : les instruments de politique monétaire seront ajustés si nécessaire, au gré des chocs à venir.
En filigrane, c’est toute la crédibilité de la politique monétaire congolaise qui se joue. En optant pour un assouplissement mesuré, la Banque centrale envoie un message aux marchés et aux acteurs économiques : le temps n’est plus seulement à la défense du franc, mais à la recherche d’un équilibre durable entre stabilité et croissance. Un pari calculé, dans un pays où chaque point de taux raconte aussi une histoire de confiance.
Sphynxrdc.com





