La République démocratique du Congo est-elle réellement en croissance ou simplement en train de produire l’illusion de la croissance ? La question mérite d’être posée à la lecture du dernier rapport de la Cour des comptes. Car derrière les chiffres flatteurs d’une économie affichant plus de 5 % de croissance annuelle se cache une réalité beaucoup moins reluisante : celle d’un pays où près de sept citoyens sur dix vivent encore dans la pauvreté.
Pendant que les indicateurs macroéconomiques sont régulièrement brandis comme des preuves de performance, les ménages congolais continuent de subir la flambée des prix, l’érosion du franc congolais et l’effondrement progressif de leur pouvoir d’achat. Le fossé entre les statistiques officielles et le quotidien de la population n’a sans doute jamais été aussi profond.
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Le rapport de la Cour des comptes agit comme un électrochoc. Plus qu’un document technique, il constitue un miroir impitoyable des failles qui minent la gouvernance financière du pays. Des milliards de dollars de dépassements budgétaires, des dépenses engagées hors des prévisions initiales, plus de la moitié des décaissements effectués sous le régime exceptionnel de l’urgence : les chiffres donnent le vertige.
Comment un État peut-il prétendre maîtriser ses finances lorsque les procédures exceptionnelles deviennent la règle ? Comment expliquer que des sommes colossales échappent aux mécanismes ordinaires de contrôle alors que les besoins sociaux demeurent immenses ? Ces interrogations ne sont pas seulement comptables. Elles sont profondément politiques.
Au centre de ce débat se trouve inévitablement le ministère des Finances. Gardien de la discipline budgétaire, garant de la régularité des dépenses publiques et responsable de l’équilibre des comptes nationaux, il ne peut rester à l’écart des critiques formulées par la Cour des comptes. Lorsque les mêmes observations reviennent année après année sans correction significative, la question de la responsabilité cesse d’être théorique.
Plus inquiétant encore, le rapport révèle que la RDC continue de manquer ses engagements dans des secteurs vitaux comme la santé et l’agriculture. Alors que les hôpitaux manquent de moyens et que l’insécurité alimentaire demeure une réalité dans plusieurs provinces, les seuils budgétaires recommandés par les engagements africains restent largement hors d’atteinte.
Le paradoxe devient presque saisissant lorsqu’on observe la gestion de la dette publique. Le pays paie chaque mois des millions de dollars d’intérêts sur ses emprunts internationaux tandis que des interrogations persistent sur l’utilisation effective des fonds mobilisés. La dette est censée financer le développement. Elle ne peut devenir un mécanisme qui sert principalement à alimenter d’autres circuits financiers.
Mais la véritable mesure de la réussite économique ne se trouve ni dans les rapports de croissance ni dans les tableaux macroéconomiques. Elle se lit dans l’assiette des familles, dans l’accès aux soins, dans les emplois créés, dans les écoles construites et dans la capacité des citoyens à vivre dignement de leur travail.
Lorsque 67,9 % de la population demeure sous le seuil de pauvreté malgré des années de croissance soutenue, le problème n’est plus celui de la création de richesse. Il est celui de sa gestion, de sa redistribution et de sa destination.
La Cour des comptes a tiré une nouvelle fois la sonnette d’alarme. La question n’est désormais plus de savoir si les dysfonctionnements existent. Ils sont documentés, chiffrés et connus. La véritable question est de savoir combien de rapports supplémentaires seront nécessaires avant que les réformes attendues ne deviennent enfin une réalité.
Car une croissance qui ne change pas la vie des citoyens finit toujours par perdre sa signification. Et un pays aussi riche que la RDC ne devrait jamais avoir à choisir entre abondance des ressources et bien-être de sa population.
NGK





