Les Léopards viennent d’écrire une page d’histoire à Houston.Face à l’une des grandes nations du football mondial, le Portugal, les Congolais ont tenu tête à l’adversité et ont arraché un précieux match nul. Ce résultat constitue déjà une source de fierté pour tout un peuple qui rêvait depuis longtemps de revoir son drapeau flotter parmi les grandes nations du football mondial.Pendant quatre-vingt-dix minutes, il n’y avait plus d’UDPS, de PPRD, d’Union Sacrée ou d’opposition.Il n’y avait que des Congolais.Des Congolais de Kinshasa, de Goma, de Bunia, de Mbuji-Mayi, de Kisangani, de Matadi et de Lubumbashi qui retenaient leur souffle devant les mêmes actions.Le football avait réussi ce miracle que la politique congolaise peine souvent à accomplir : rassembler.Mais c’est précisément à cet instant que survient ce qui laisse beaucoup de compatriotes perplexes.Au lieu de prolonger cet élan d’unité nationale, le rassemblement organisé après le match a rapidement pris une tournure politique. Le Président Félix Tshisekedi a délaissé le terrain sportif pour revenir sur ses différends avec son prédécesseur, Joseph Kabila.Et c’est là que commence mon interrogation.Pourquoi ?Pourquoi transformer un moment de communion nationale en tribune politique ?Pourquoi convoquer les fantômes des batailles partisanes au moment même où les Congolais célébraient une performance sportive exceptionnelle ?Le peuple était venu applaudir Chancellor Bemba.Le peuple voulait parler de Wissa.Le peuple voulait célébrer Bakambu, Tuanzebe et tous ces joueurs qui ont fait honneur au drapeau.Le peuple voulait savourer un exploit.Pas assister à un nouvel épisode de la confrontation permanente entre le régime actuel et l’ancien.Je ne défends ici ni Joseph Kabila ni Félix Tshisekedi.Je défends simplement l’idée qu’il existe des moments qui appartiennent à toute la Nation.Le football est l’un de ces rares espaces où les appartenances politiques deviennent secondaires.Lorsqu’un Léopard marque, il ne marque pas pour un parti politique.Il marque pour la République démocratique du Congo.Lorsque les supporters dansent dans les tribunes, ils ne célèbrent pas une victoire électorale.Ils célèbrent une fierté nationale retrouvée.Dans un pays profondément éprouvé par les guerres, les crises sécuritaires, les difficultés économiques et les tensions politiques, chaque occasion d’unité devrait être préservée avec soin.Or, nous avons malheureusement développé une étrange habitude : politiser tout ce que nous touchons.Le sport devient politique.La culture devient politique.La religion devient politique.Les succès des artistes deviennent politiques.Même les exploits des Léopards finissent parfois par devenir des arguments de propagande.Pourtant, les grands hommes d’État savent reconnaître les moments où ils doivent laisser la Nation respirer.Toutes les tribunes ne doivent pas devenir des meetings.Toutes les célébrations ne doivent pas être récupérées.Tous les rassemblements populaires ne doivent pas servir à régler des comptes.Les Léopards nous ont offert une leçon magnifique.Sur le terrain, personne ne demandait de quelle province venait son coéquipier.Personne ne vérifiait son appartenance politique.Personne ne cherchait à régler de vieux contentieux.Tous poursuivaient le même objectif : faire flotter le drapeau congolais le plus haut possible.Peut-être est-ce finalement la plus grande leçon de Houston.Les footballeurs ont compris ce que les politiciens peinent encore à apprendre : lorsque l’intérêt supérieur du Congo est en jeu, les querelles personnelles devraient s’effacer derrière l’unité nationale.Et si, pour une fois, nous laissions simplement les Léopards être les héros de leur propre histoire ?Le Congo a besoin de dirigeants capables d’unir lorsqu’il faut unir, de rassembler lorsqu’il faut rassembler et de parler au nom de tous lorsqu’une Nation entière célèbre un exploit collectif.Le football a réussi à unir le Congo pendant quatre-vingt-dix minutes. Il serait regrettable que la politique parvienne à le diviser dès le coup de sifflet final.
CLBBChroniqueur de la République





