La promotion des langues nationales comme levier d’appropriation des textes fondamentaux de la République démocratique du Congo a été au cœur d’un plaidoyer lancé vendredi à Kisangani par le professeur Nicolas Mombaya, enseignant de linguistique à l’Université de Kisangani.
Intervenant dans le cadre des réflexions sur l’avenir institutionnel et culturel du pays, l’universitaire a souligné le rôle central que jouent les langues nationales dans la préservation de l’identité collective et la transmission des valeurs sociétales. Selon lui, la langue demeure l’un des principaux éléments qui fondent le sentiment d’appartenance à une communauté.
<< Les valeurs telles que le respect des aînés, la solidarité, l’honnêteté, le patriotisme ou encore l’esprit communautaire sont transmises à travers la langue. C’est pourquoi toute loi fondamentale doit intégrer la promotion des langues nationales comme outil d’appropriation des textes qui organisent la vie de la nation >>, a-t-il déclaré.
Le professeur Mombaya a rappelé que les quatre langues nationales reconnues en RDC – le lingala, le swahili, le kikongo et le tshiluba – constituent également des vecteurs essentiels de transmission des savoirs traditionnels et de la mémoire collective. Elles permettent notamment de préserver les connaissances liées à la médecine traditionnelle, à l’agriculture, à la pêche, à l’artisanat ainsi qu’aux récits historiques transmis de génération en génération.
Pour cet enseignant, le recul progressif de ces langues représente une menace pour la conservation du patrimoine culturel congolais. Il estime que plusieurs difficultés sociales observées aujourd’hui trouvent en partie leur origine dans l’abandon progressif des langues qui servaient autrefois de fondement à l’éducation et à la transmission des valeurs africaines.
Abordant la question constitutionnelle, le linguiste a mis en évidence le fossé qui existe entre les textes juridiques et leur compréhension par la population. À ses yeux, cette situation est aggravée par l’absence de traduction de la Constitution dans les langues nationales.
<< La Constitution demeure rédigée en français et n’a jamais été traduite officiellement dans les quatre langues nationales. Une grande partie des citoyens ne peut donc pas s’approprier pleinement son contenu. Pourtant, un véritable débat national sur la loi fondamentale ne peut être envisagé que si chaque Congolais est en mesure de la comprendre dans sa propre langue>>, a-t-il soutenu.
Dans cette perspective, le professeur Mombaya a proposé une révision des dispositions constitutionnelles relatives au statut du français comme unique langue officielle. Selon lui, une reconnaissance plus affirmée des langues nationales dans l’architecture institutionnelle du pays contribuerait à renforcer l’identité culturelle, à rapprocher les citoyens des institutions républicaines et à favoriser une participation plus inclusive à la vie démocratique.
À travers cet appel, l’universitaire invite les décideurs à considérer la question linguistique non seulement comme un enjeu culturel, mais également comme un facteur de cohésion nationale et de consolidation de la citoyenneté en République démocratique du Congo.
Trésor Makaya




