La question revient avec une insistance de plus en plus forte dans le débat national : faut-il changer la classe politique congolaise ?Pour ma part, la réponse est sans détour : oui.Non par vengeance. Non par haine. Non par simple désir de remplacer des visages par d’autres visages.Il faut la changer parce qu’une nation ne peut durablement prospérer lorsque ceux qui la dirigent vivent dans une contradiction permanente entre leurs discours d’hier et leurs actes d’aujourd’hui.Les événements récents qui secouent la République démocratique du Congo en apportent une nouvelle illustration.Alors que le Parlement vient d’adopter la loi sur le référendum, relançant de facto le débat sur une éventuelle révision ou modification de la Constitution, les Congolais assistent à un spectacle politique troublant : ceux qui hier présentaient la Constitution comme un texte sacré et intangible sont devenus aujourd’hui les premiers à expliquer qu’elle doit être adaptée, révisée ou transformée.Le changement d’opinion n’est pas un crime en démocratie.Mais lorsqu’il n’est accompagné d’aucune explication, d’aucune autocritique et d’aucune responsabilité politique, il devient un problème de crédibilité.Pendant des années, la Constitution a été utilisée comme une arme politique. Elle servait à bloquer certains adversaires, à justifier certaines exclusions et à sanctifier certaines positions de pouvoir. Ceux qui osaient proposer une réforme étaient immédiatement accusés de vouloir déstabiliser la République.Aujourd’hui, les mêmes acteurs tiennent un discours radicalement opposé.La question n’est donc plus constitutionnelle.Elle est morale.Car une démocratie ne repose pas uniquement sur des textes. Elle repose aussi sur la confiance que les citoyens accordent à la parole publique.Or cette confiance s’effrite dangereusement.Les incidents survenus lors du sit-in organisé par les forces de l’opposition réunies au sein du C64, marqué notamment par les violences exercées contre des manifestants et les blessures subies par certains leaders politiques, dont Martin Fayulu, illustrent également une autre dérive inquiétante : la difficulté croissante à accepter l’expression pacifique de la contestation.Lorsqu’un pouvoir devient incapable de tolérer la critique, il commence à s’éloigner de l’esprit démocratique qu’il prétend défendre.Lorsqu’une opposition est empêchée de manifester, c’est le droit de chaque citoyen qui est fragilisé.Et lorsqu’une Constitution est invoquée ou rejetée selon les intérêts du moment, c’est l’État de droit lui-même qui perd de sa substance.Face à cette accumulation de contradictions, beaucoup de Congolais en viennent à se poser une question provocatrice :Et si le peuple décidait un jour de bannir de la vie politique tous les membres de l’Union sacrée ?La question choque.Et heureusement.Car dans une démocratie, on ne bannit pas des citoyens pour leurs opinions ou leur appartenance politique.Mais cette interrogation révèle malgré tout une réalité profonde : la colère grandissante d’une population qui a le sentiment d’être continuellement trahie par ceux qui prétendent parler en son nom.Ce que les Congolais réclament n’est pas l’exclusion d’un camp politique.Ils réclament la responsabilité.Ils réclament la cohérence.Ils réclament des dirigeants capables d’assumer leurs choix et leurs revirements devant le peuple.Le Congo n’a pas seulement besoin de nouvelles institutions.Il a besoin d’une nouvelle culture politique.Une culture où les principes ne changent pas selon les circonstances.Une culture où la parole donnée conserve une valeur.Une culture où la Constitution cesse d’être un simple instrument tactique pour redevenir le socle du pacte national.Changer la classe politique ne signifie pas chasser tous les anciens ni sanctifier tous les nouveaux.Cela signifie instaurer une exigence nouvelle : celle de la cohérence entre les paroles et les actes.Car un pays ne se construit pas avec des dirigeants qui changent de convictions comme on change de veste.Le véritable renouvellement commencera le jour où les Congolais décideront que l’inconstance politique n’est plus une qualité stratégique, mais une faute politique.Et ce jour-là, oui, la classe politique congolaise commencera réellement à se renouveler.
CLBB





