À l’occasion de la conférence de presse présidentielle organisée dans le sillage de la Journée mondiale de la liberté de la presse célébrée le 3 mai, le Président de la République, Félix Tshisekedi, a livré une réflexion sans détour sur l’épineuse question de la subvention publique des médias en République démocratique du Congo.
Face aux professionnels des médias, le Chef de l’État a reconnu la nécessité d’un accompagnement du secteur de la presse, tout en alertant sur les risques que pourrait engendrer une dépendance financière vis-à-vis du pouvoir public. « Si vous demandez à l’État des subventions, l’État va vous demander des comptes », a-t-il déclaré, dans un ton mêlant franchise et prudence.
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Dans une illustration concrète, Félix Tshisekedi a évoqué les critiques formulées par le journal Le Phare contre le ministre des Finances, Doudou Fwamba, notamment sur le retard de paiement et la question du retrait de 5 % des salaires. Une manière, pour le Président, de poser la question de l’indépendance éditoriale des médias bénéficiant d’un appui financier de l’État. « Pensez-vous qu’avec la subvention, elle sera versée au journal Le Phare ? », a-t-il lancé, laissant planer le débat sur les limites entre soutien institutionnel et liberté de ton.
Refusant cependant de fermer la porte à toute forme d’accompagnement, le Président congolais a plaidé pour la poursuite des échanges entre les autorités et les acteurs des médias afin de trouver une formule équilibrée. « Gardons le contact et continuons les discussions pour voir comment nous pouvons le faire », a-t-il insisté.

Dans son intervention, Félix Tshisekedi a également confié avoir, par moments, apporté discrètement son soutien à certains médias dont il appréciait le travail, avant de reconnaître les dangers que cela pourrait représenter pour l’objectivité journalistique. « Le média ne pourra plus dire la vérité et dira seulement ce qui me plaît d’entendre », a averti le Chef de l’État, défendant ainsi le principe d’une critique libre, à condition qu’elle demeure constructive et professionnelle.
Se voulant pragmatique, le Président de la République a finalement orienté les médias vers une autre piste de financement : le recours au système bancaire. Il a évoqué la possibilité d’un mécanisme de garantie publique pouvant faciliter l’accès des entreprises de presse au crédit, sans compromettre leur indépendance.
À travers cette sortie, Félix Tshisekedi semble vouloir ouvrir un débat de fond sur le modèle économique des médias congolais, partagé entre besoin de soutien financier et impératif de liberté éditoriale, dans un contexte où la viabilité de nombreuses rédactions demeure un défi majeur.
NGK





