Monsieur le Président Félix Tshisekedi, que je salue respectueusement,À propos de cette déclaration qui vous est attribuée — « cette Constitution, je ne l’aime pas » —, une précision fondamentale s’impose : la Constitution n’est pas là pour être aimée, mais pour être respectée.Présenter son application comme une question de goût rappelle les réactions de l’enfance : j’aime, je garde ; je n’aime pas, je rejette. Or, la responsabilité présidentielle exige de dépasser les préférences personnelles pour se soumettre aux obligations de la fonction.Une République ne se gouverne pas au gré des sentiments de celui qui la dirige.Vous avez prêté serment le 24 janvier 2019, puis le 20 janvier 2024, à la suite des élections de 2018 et de 2023. Ces dates méritent d’être précisées, car elles marquent votre engagement solennel envers la nation.L’article 74 formule cet engagement sans ambiguïté : vous avez juré « d’observer et de défendre la Constitution et les lois de la République ». Il ne vous demande aucune déclaration d’amour. Il vous impose une conduite.Voilà toute la différence entre le sentiment personnel et le devoir institutionnel.Vous pouvez désapprouver certaines dispositions. Vous pouvez souhaiter des réformes et en exposer les raisons aux citoyens. Mais votre désaccord ne vous dispense jamais d’appliquer le texte qui encadre votre pouvoir. Toute réforme doit elle-même respecter les procédures et les limites constitutionnelles.Le serment prend précisément son sens lorsque la règle contrarie celui qui l’a prêté.Respecter uniquement les dispositions qui vous arrangent ne serait plus une soumission au droit : ce serait une sélection selon vos intérêts.Monsieur le Président, la Constitution organise une fonction qui vous a été confiée temporairement. Elle fixe les compétences des institutions, protège les libertés des citoyens et délimite l’exercice du pouvoir. Elle engage aussi l’avenir de ceux qui gouverneront après vous.Vous ne pouvez donc pas invoquer son autorité pour exercer vos prérogatives, puis réduire ses contraintes à une affaire de désamour.C’est ici qu’intervient la légitimité rationnelle-légale : dans une République, l’autorité s’exerce en vertu de règles impersonnelles. Elle ne repose ni sur les émotions du dirigeant ni sur la conviction qu’il aurait une destinée supérieure à celle des institutions.Même une mission présentée comme divine ne dispense pas du respect du serment prêté devant Dieu et la nation.Quant à l’amour du peuple, il se mesure dans les actes : la protection des personnes, la qualité des soins, l’accès à l’éducation, la gestion des ressources publiques et la capacité à rendre des comptes. Les déclarations affectives ne remplacent aucune de ces responsabilités.Nous attendons donc du Président une fidélité vérifiable à ses engagements.Il peut être politiquement commode de faire de la Constitution le problème central du pays. Mais avant de lui attribuer les échecs de la gouvernance, il faut examiner honnêtement les pratiques des gouvernants. Une règle peut être imparfaite ; son imperfection ne suffit pas à expliquer tous les manquements de ceux qui l’appliquent.Monsieur le Président, votre sentiment envers la Constitution vous appartient. Son respect vous oblige.Vous n’avez pas juré de l’aimer selon votre humeur. Vous avez juré de l’observer et de la défendre.La nation est en droit de vous demander de tenir parole.
CLBB



