Ce jeudi 27 août, la presse congolaise navigue entre diplomatie économique et crise universitaire dans l’Est. D’un côté, Kinshasa et Luanda affichent leur ambition de donner une nouvelle dimension à leur partenariat. De l’autre, la suspension des activités académiques dans plusieurs établissements publics de Goma et Bukavu provoque une vive controverse, sur fond de guerre et de lutte pour le contrôle des institutions universitaires.
La coopération entre la République démocratique du Congo et l’Angola est appelée à changer d’échelle. Selon l’ACP, Félix Tshisekedi et João Lourenço se sont engagés à ouvrir une nouvelle ère de coopération économique, fondée notamment sur les infrastructures, l’énergie, les investissements et les échanges commerciaux.
À travers leur rapprochement, les deux présidents veulent désormais transformer la solidité de leurs relations politiques en retombées économiques concrètes pour leurs populations. Kinshasa entend notamment faire de la frontière commune un véritable espace de circulation, de production et de prospérité.
Cette ambition trouve un prolongement dans les colonnes d’Infos 27, qui s’intéresse aux grands projets susceptibles de renforcer cette dynamique. Le quotidien met notamment en lumière le projet de la ligne ferroviaire Dilolo-Sakania, associé à un investissement annoncé de près de 1,258 milliard de dollars sur 30 ans par Mota-Engil. L’État congolais devrait, selon le journal, détenir 10 % dans la société de projet et bénéficier de 7,5 % du chiffre d’affaires brut.
Pour Le Potentiel, l’enjeu dépasse largement l’évacuation des minerais. L’axe ferroviaire de 1 445 kilomètres pourrait devenir un puissant levier de diversification économique, en facilitant aussi le transport des produits agricoles, des intrants industriels et d’autres marchandises.
7sur7.cd, lui, insiste sur la dimension stratégique du projet. Félix Tshisekedi y voit un instrument majeur d’intégration régionale et de réduction des coûts logistiques, notamment pour faciliter l’accès des produits congolais vers l’océan Atlantique.
Pendant que Kinshasa regarde vers Luanda pour accélérer son intégration économique, la situation universitaire à Goma et Bukavu alimente une tout autre bataille.
La suspension des activités académiques et para-académiques dans plusieurs établissements publics continue de susciter de fortes réactions. Actualite.cd rapporte que l’AFC-M23 s’oppose à son tour à cette décision et accuse le gouvernement congolais de politiser le secteur universitaire.
Dans un communiqué publié mercredi soir, le mouvement qualifie la mesure d’arbitraire et d’irresponsable, estimant qu’elle porte atteinte au droit à l’éducation. Il conteste également l’argument sécuritaire avancé par Kinshasa, affirmant que les zones qu’il contrôle seraient, selon sa propre appréciation, sécurisées et stabilisées.
L’affaire prend cependant une dimension encore plus préoccupante avec la réaction de Denis Mukwege, relayée par l’ACP. Le Prix Nobel de la paix condamne fermement les nominations d’autorités académiques opérées dans des établissements publics situés dans les zones sous contrôle de l’AFC-M23.
Pour le gynécologue et militant des droits humains, le danger ne se limite plus au contrôle territorial. Il redoute désormais une atteinte profonde au monde du savoir et à la capacité des générations futures à penser, chercher et produire de la connaissance, évoquant le spectre d’un « épistémicide lent ».
Le Potentiel privilégie, pour sa part, la lecture administrative de cette crise. Le quotidien rappelle que la décision du ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire vise notamment à empêcher toute tentative de prise de contrôle des comités de gestion des établissements publics par le groupe armé.
NGK


