L’histoire retiendra parfois moins les discours que les visions.Pendant que certains dirigeants africains consacrent l’essentiel de leur énergie à conquérir ou à conserver le pouvoir, d’autres Africains consacrent la leur à imaginer les infrastructures qui transformeront durablement le destin économique du continent.C’est dans cet esprit qu’Aliko Dangote vient d’annoncer un nouveau mégaprojet estimé à près de 20 milliards de dollars pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe.Qu’il voie le jour demain ou dans quelques années, une chose est déjà certaine : cette annonce traduit une vision. Une vision qui dépasse les frontières nationales pour penser l’Afrique comme un véritable espace économique intégré.Après avoir démontré au Nigeria qu’il était possible de bâtir une raffinerie de classe mondiale avec des capitaux africains, Dangote veut désormais porter cette ambition à l’échelle d’une autre région du continent.C’est cela qui mérite notre attention.La véritable richesse d’une nation ne réside pas uniquement dans les ressources qu’elle extrait de son sous-sol.Elle réside surtout dans sa capacité à les transformer.Depuis les indépendances, l’Afrique exporte ses matières premières et importe les produits finis.Nous vendons le pétrole brut.Nous rachetons l’essence.Nous exportons le cobalt.Nous importons les batteries.Nous exportons le cacao.Nous importons le chocolat.Nous exportons le coton.Nous importons les vêtements.Pendant ce temps, les emplois, les technologies, les brevets, les recettes fiscales et les grandes fortunes se créent ailleurs.Et nous continuons à nous demander pourquoi nos pays demeurent pauvres malgré leur immense richesse naturelle.La République démocratique du Congo illustre parfaitement ce paradoxe.Notre pays possède parmi les plus importantes réserves mondiales de cobalt, de cuivre, de coltan, de lithium, d’or et d’autres minerais stratégiques.Le monde entier convoite ces ressources.Mais combien sont réellement transformées sur notre territoire ?Très peu.Nous exportons les minerais.D’autres fabriquent les batteries, les véhicules électriques, les téléphones, les ordinateurs et les technologies qui façonneront le XXIᵉ siècle.Nous exportons la richesse.Ils exportent la valeur ajoutée.Voilà la véritable tragédie économique de l’Afrique.L’annonce du projet de Dangote est un rappel puissant : le développement ne se décrète pas.Il se construit.Avec des raffineries.Des usines.Des centres de recherche.Des universités performantes.Des infrastructures modernes.Des entrepreneurs capables de penser en décennies plutôt qu’en échéances électorales.L’Afrique ne manque ni de ressources ni d’intelligence.Elle manque encore trop souvent d’investissements industriels à la hauteur de son potentiel et de politiques publiques qui encouragent la transformation locale.Le véritable patriotisme économique ne consiste pas seulement à aimer son pays.Il consiste à produire chez soi.À transformer chez soi.À créer des emplois chez soi.À exporter davantage de produits finis que de matières premières.Si ce nouveau projet voit le jour, il constituera une étape supplémentaire dans la démonstration qu’un Africain peut porter des ambitions industrielles parmi les plus grandes du monde.Et si une telle vision peut émerger ailleurs sur le continent, pourquoi pas en République démocratique du Congo ?La vraie question n’est donc plus de savoir si l’Afrique possède les ressources.Elle les possède déjà.La vraie question est de savoir si nous aurons enfin la volonté politique, la vision stratégique et l’audace entrepreneuriale nécessaires pour les transformer nous-mêmes.C’est là que se jouera la véritable indépendance économique de notre continent.
CLBB





