Thierry Nlandu Mayamba, Professeur à la Faculté des Lettres Université de Kinshasa, Consultant en développement Organisationnel. E-mail : [email protected]él. 0818823337
Le peuple congolais est à un tournant important de son destin avec l’étape de l’agitation actuelle autour de la « révision-changement » de la constitution. Pour y arriver, les Congolais au pouvoir, prétendent vouloir consulter le peuple congolais afin qu’il dise lui-même et semble-t-il, en « âme et conscience et en toute liberté », qu’il est pour la « révision-changement » de la constitution ! Tous ceux qui lisent les premières lignes de ce texte découvrent sans doute mon scepticisme quant à la sincérité déclarée de cette énième opération opaque qui se caractérise par une manipulation grossière et méchante de notre peuple. Dans cette initiative maffieuse, la méprise réside dans le fait que nos jeunes dirigeants post-coloniaux considèrent leurs parents, frères et sœurs, comme des moutons à amener à l’abattoir d’une démocratie de façade faite de consultation sur fond de menaces et de chantages. Mais qu’importe, puis que tout d’un coup une mouche les piquent tous ou pour emprunter le discours religieux de ce peuple « puisque l’Esprit Saint les a touchés » et qu’ils pensent qu’il est important de nous consulter pour que nous puissions donner notre avis sur une révision opportuniste de la constitution; je voudrais que mon peuple comprenne qu’il n’a pas de cadeaux à faire à ses fossoyeurs d’aujourd’hui et qui demain risquent de nous enterrer vivant au nom du « OUI » que nous aurons donné à leur révision de la constitution sans connaître le contenu, les intentions ni les conséquences de notre acte. C’est donc dans le souci d’ouvrir les yeux à notre peuple que nous nous efforçons, d’écrire péniblement ces quelques lignes dans les conditions que vous connaissez. C’est comme si même la SNEL se faisait complice de nos dirigeants ainsi que des nombreux influenceurs et autres communicateurs qui inondent nos télévisions et autre réseaux sociaux pour nous empêcher de vous livrer des réflexions non-émotionnelles. En effet, devant mon ordinateur, je lutte avec un « courant-jeu de lumière » qui m’empêche de me concentrer et m’interrompt souvent à des moments importants de mon écriture. Mais Dieu merci, la SNEL ne m’a pas enlevé ma mémoire ni ma capacité d’utiliser mon crayon afin de continuer à écrire ce texte que je vous livre avec ses moments d’obscurité causés par la compagnie nationale d’électricité qui depuis des années, a décidé de laisser tout un peuple dans l’obscurité, au propre comme au figuré. • La collecte des signatures ou l’art de surprendre ou de tromper son propre peupleCe qui nous arrive aujourd’hui n’est pas nouveau. Comme hier, Il est clair qu’il s’agit de surprendre ce peuple. Il ne faut pas lui donner le temps de réaliser ni de comprendre ce qui lui arrive. Mais tous ceux qui réfléchissent dans cette direction ne réalisent pas que dans ce peuple aujourd’hui, il existe beaucoup de fils et de filles qui, malgré les menaces et autres manipulations, gardent un brin de raison, d’orgueil et de dignité. Ce sont ces personnes qui, hier récent et aujourd’hui encore se lèvent pour nous épargner un futur d ‘esclaves.Il est temps que les Congolaises et Congolais réalisent que ce qu’on tente de nous impose, aujourd’hui, au nom d’un pouvoir qui se dit messianique et se veut « sese seko » ou éternel est inacceptable ! Nous y avons, ensemble dit non avec Mobutu et hier récent, en 2017-2018, avec Joseph Kabila, et nous le redirons aujourd’hui, avec Tshisekedi Thsilombo, au prix de nos vies si nécessaire ! • Une collecte de signatures sur fond de menaces et de chantages de tous ordres et d’une originalité à vous faire mourir de rires :« Si vous refusez la révision de l’actuelle constitution, vous êtes un traitre ! »« Sooki oboyi « révision-changement » ya constitution, ozali traitre »« Si vous refusez la « révision-changement » de l’actuelle constitution ; vous êtes pour la partition du pays »« Sooki oboyi « révision-changement » ya constitution oyo, ozali mpo na bokabuani ya Congo »« Si vous refusez la « révision-changement » de l’actuelle constitution ; vous êtes Rwandais, votre papa s’appelait BIRERE et non MBIYE »« Sooki oboyi « révision-changement » ya constitution, ozali Rwandais”« Refuser la « révision-changement » de l’actuelle constitution est suicidaire »« Koboya « révision-changement » ya constitution eza liwa »« Qualification au Mondial de l’équipe nationale de foot équivaut à un troisième mandat et donc à la « révision-changement » de la constitution ! »« Bref si par Toutatis vous refusez la « révision-changement » de l’actuelle constitution ; l’épée en béton d’X-OR nous tombera sur la tête ».Toutes ces déclarations puériles et insipides ne viennent pas de moi, mais bien de tous ceux, communicateurs, hommes d’églises comme scientifiques, tous des thuriféraires qui, à travers nos télévisions, radios, cultes et autres réseaux sociaux, braillent pour la « révision-changement » de l’actuelle constitution et multiplient les stratégies pour l’imposer à notre peuple. A chacune de leurs apparitions, le peuple constate que toutes ces agitations ne sont pas accompagnées d’arguments solides pour lui faire voir les avantages qu’il tirerait à accepter une « révision-changement » de l’actuelle constitution. Toutes ces menaces sont l’œuvre de Congolais, scientifiques comme profanes, hommes d’églises ou charlatans, soucieux tous, du dessus de leur nombril et qui se fichent pas mal du futur de leurs progénitures ni des enfants des autres ni encore moins de leurs fidèles. Quels avantages notre peuple peut-il tirer d’une « révision-changement » de la constitution que l’on veut malhonnêtement lui imposer grâce à une campagne escroc de collecte de signatures organisée dans toutes nos provinces avec le concours des gouverneurs et autres députés provinciaux, sans oublier les pasteurs qui, sans hésitations, conditionnent l’opération par l’obtention, au préalable, de quelques « épakolami spirituels » juteux comme frais de motivation ? Quel profit notre peuple peut-il tirer d’une « révision-changement » de la constitution que l’on veut lui faire accepter comme dans une opération d’achat d’une bête dans un sac sans en connaître le contenu réel ? Les nombreux dictons de chez nous respirent de sagesse lorsqu’ils nous invitent à nous méfier de pareilles opérations, car nous risquons d’acheter de la merde dans un sac, au prix le plus fort !Que peut attendre notre peuple d’une opération dont les règles de jeu ne sont pas claires ? Ce n’est plus un secret pour personne. Et, à ce sujet, j’entends saluer le courage de ces quelques professeurs, et autres intellectuels, tous des scientifiques rigoureux de ce pays, qui ne cessent , au péril de leur vie, d’informer notre peuple sur le caractère suicidaire de ce projet de « révision-changement » de la constitution.• Chaque jour qui passeChaque jour qui passe, nous apprend à dire NON à la « révision-changement » de la constitution et surtout à réaliser ce que notre peuple gagnerait en disant NON à cette « révision-changement » de la constitution. Le NON nous offre l’occasion de dire à ceux d’entre nous qui ont accepté de jouer aux marionnettes que seul notre peuple est maître de son destin même si financièrement on l’a réduit à la mendicité. Le NON est une nouvelle occasion de réaffirmer notre souveraineté comme nous l’avions fait hier, dans la douleur, lorsque de partout fusaient les menaces de la partition de notre pays. Ensemble, à l’époque, nous avions fièrement et dans notre pauvreté, affirmé que nous étions tous fils et filles du Congo et que notre pays resterait uni dans ses frontières actuelles. Aujourd’hui, l’occasion nous est donnée de le réaffirmer par un NON massif à la « révision-changement » de la constitution.Le NON nous offrira, une fois de plus l’occasion de nous faire entendre comme peuple. Contrairement à ce qu’affirment les applaudisseurs du régime, notre NON ne conduira pas le pays au chaos.Notre NON sera un acte de courage, l’expression de notre volonté de dire NON à la peur !• Comment faire pour la campagne du NON ?Il est évident qu’aujourd’hui, par peur, la campagne pour le NON ne trouvera pas d’espace dans la presse officielle ni dans bon nombre de chaînes privées au nom pudiquement d’une étrange déontologie et d’un douteux professionnalisme.Comme hier, en 2017-2018, lorsque ce peuple se battait contre la « révision-changement » de la constitution à la fin du mandat du Président Kabila, aujourd’hui, l’acharnement des dirigeants actuels à « réviser-changer » la constitution nous fait découvrir les contradictions de ceux qui, une fois au pouvoir, ont étrangement oublié qu’ils nous avaient accompagné dans les rues de Kinshasa et de par le monde pour empêcher cette ignominie !Dans ce contexte où les vulgarisateurs officiels du OUI à la « révision-changement » de la constitution reçoivent des avantages financiers et sans doute matériels, les activistes du NON ne doivent rien craindre car ils ont, pour eux et avec eux, le nombre et la force multiplicatrice de leurs actions sans compter le caractère sincère et bénévole de celles-ci. Il nous faut juste prendre courage et doubler de créativité pour réaliser cette campagne du NON dont le but est d’ouvrir les yeux des Congolaises et Congolais pour qu’ensemble nous comprenions les enjeux égoïstes de cette « révision-changement » de la constitution.Dans cette perspective, je rappelle à tous les chrétiens, le message du 15 juillet 2000 dans lequel les évêques catholiques du Congo mettaient résolument les laïcs devant nos responsabilités en politique. Ils insistent sur la nécessité de notre participation active à la prise des décisions qui ont un impact sur la marche de la vie collective. Ils nous exhortent à être présents dans cette espace de vie en tant que chrétiens et à y apporter la lumière du Christ : « N’attendez pas la permission des Evêques pour vous engager dans la politique et ne leur demandez pas de le faire à votre place. C’est bien là le domaine de votre sanctification. »C’est en ces termes que s’exprimaient les évêques de la République Démocratique du Congo à la fin de leur assemblée plénière ordinaire de ce mois de juillet 2000. Aussi, hier comme aujourd’hui, nous sommes à nouveau interpellés et à nous engager au nom de notre foi pour répondre à cet appel de nos évêques ! Le moment est donc venu de nous engager davantage et sans surtout attendre leur autorisation ni sans doute celle des curés ni d’autres autorités ecclésiales. Manifestement, il n’y a plus d’ambiguïté. La position des officiels de notre église est nette et claire. Celle toute récente du Cardinal Archevêque de l’Archidiocèse de Kinshasa est sans ambiguïté ! L’action politique du laïc est assurée de l’appui de tous les Princes de l’église. Les laïcs peuvent effectivement s’organiser pour faire entendre leurs « NON » à la « révision-changement » de notre constitution. Nos actions non-violentes s’articuleront autour des espaces et structures ci-dessous : • Le CALCC comme structure centrale qui élabore la vision et le plan stratégique de nos actions pour le « Non » à la « révision-changement » de notre constitution. C’est le CALCC qui porte la responsabilité de lancer toutes les manifestations de notre église afin de répondre positivement à la demande de notre Eglise qui nous exhorte à être prêt pour que le moment venu nous nous mettions en marche. • Les CEVB, rue, quartier, association, cellule, village, comme premiers sites de notre campagne pour le NON. Ces sites seront les lieux de partage des articles critiques qui expliquent les enjeux de cette « révision-changement » de la constitution. Ce seront des articles à lire et faire lire.• Les bus publics où des animateurs du NON s’investiront pour remplacer les nombreuses scènes de prières par des discussions sur notre NON à la « révision-changement » de la constitution tout au long du trajet. En nous cotisant, nous pouvons trouver le ticket pour deux voyageurs par bus ciblés. Eh oui, il faut y mettre un peu de notre argent, dans notre misère.• Les marchés : le matin comme aux heures de midi, inviter les vendeurs et vendeuses à partager quelques moments d’analyses de la constitution comme elles le font autour de la Bible.• Les champs : utiliser les temps des pauses dans les champs, non seulement pour tailler bavettes, mais surtout, pour éclairer la population sur les réels enjeux de la « révision-changement » de la constitution. Les animateurs du « NON » accompagneront les mamans aux champs et participeront à leurs activités pour faciliter le partager le message.• Les paroisses : l’appui de certains des animateurs de diverses cellules de notre église sera un must. Les sermons et autres enseignements seront annonciateurs du NON qui ouvrira à notre peuple la Nouvelle Jérusalem. Que nos prêtres, abbés, diacres, religieux, religieuses et laïcs engagés n’aient pas peur ! Ils auront Dieu avec eux ainsi que tout notre peuple. • Les écoles secondaires et milieux universitaires : organisation de conférences-débats autour de ce projet de « révision-changement » de la constitution afin de mieux expliciter les raisons du NON à un public qui pourrait très vite devenir porteur de ce message auprès de la jeunesse dans nos différents milieux. Il est grand temps que les intellectuels, professeurs de civisme ou autres « intellos », amoureux de cette nation comprennent que leur silence a sacrifié beaucoup d’enfants à qui nous avons prétendu donner notre instruction ni chaude ni froide qui leur permet de vomir chaque fois qu’ils parlent de nous ou pensent à nous.• Réunir, à notre tour, plus de 100.000 signatures contre la « révision-changement » de la constitution. Cette collecte de signature doit être lancée en trois temps et lieux. En Europe, aux USA, Canada, Amérique latine, Australie, Japon, Chine, etc.…, par les Congolais vivant dans ces pays ; en Afrique et au Congo. Une campagne en ligne de collecte de signatures est indiquée.Pour conclureA tous ceux et toutes celles qui, hier au sein de l’opposition, ont, avec obstination, milité contre toute « révision-changement » de notre constitutionA tous ceux et toutes celles qui, aujourd’hui au pouvoir, sont devenus des militants convaincus et convaincants du oui à la « révision-changement » de la constitutionAux membres du Comité Laïc de Coordination (CLC), des mouvements associatifs et autres confessions religieuses qui, aujourd’hui et sans transition, sont devenus des champions de cette triste méprise, qualifiée hier d’acte de haute trahison ; je ne peux que les inviter à tout simplement se souvenir de tous ces jeunes qui, en 2017 et 2018, ont sacrifié leurs vies pour un Congo différent de celui qu’on nous offre aujourd’hui !Poursuivre le combat amorcé pour la protection de notre constitution, la seule qu’un chef d’état d’Afrique centrale n’a pas réussi à changer ; tel est le combat du peuple congolais aujourd’hui ! Le combat pour cette constitution porte des noms qui méritent nos « kasaala », « miloolo » « biyekiyeki »et autres « isei Mongo ». Le peuple congolais est plus que jamais père et mère de sa constitution ; une loi fondamentale à l’origine de l’alternance pacifique du pouvoir ; une constitution et une alternance acquises au prix de nombreux sacrifices en vies humaines ; une constitution et une alternance qui portent la marque du peuple ; une constitution et une alternance qui portent des noms et non un seul nom: Floribert Chebeya, Bazana, Hervé Bena Kalala , Héritier Ibanda, José Fataki, Mambimbi Kianga, Jean Baptiste Landene, Godefroid Namwisi, Thérèse Kapangala, Husein Ngandu Kisene, Jackson Kabadiatshi Mazango, Benjamin Muingilau, Serge Kikunda, Matthieu Mfuamba, l’inconnu de Lemba au camp Kabila, Rossy Mukendi Tshimanga, Eric Bolokoloko, Luc Kalula et tant d’autres morts dans l’anonymat et enterrés dans les nombreuses fosses communes connues et inconnues à travers ce pays meurtris. Pour tous et toutes, les témoignages de tous ceux qui nous ont quitté célèbrent notre constitution comme l’expression de notre volonté commune de vivre ensemble dans la paix. Que tous ceux qui, hier encore, ont lutté pour le NON à la « révision-changement » de notre constitution, ne deviennent pas amnésiques au point d’oublier tous ceux qui nous ont quitté et avaient un nom, un âge et un visage. Comme si c’était hier récent, Moi, je me souviens de Thérèse Kapalanga et de tous ces jeunes que nos armes en folie ont arraché à la vie. Ils ne rêvaient que d’une seule chose : vivre heureux sur cette terre de nos ancêtres. Ils n’ont jamais cru, un seul instant, qu’ils devaient donner leurs vies pour que les dirigeants de ce pays d’hier et d’aujourd’hui, comprennent qu’on ne tripatouille pas une constitution.Ces morts que nous avons honorés hier suscitent, aujourd’hui encore, de multiples interrogations parmi lesquelles je retiendrai celles du corps innocent de Thérèse Kapangala qui nous interroge tous, ainsi que les membres des services de sécurité dont le rôle est de protéger la constitution et la vie des citoyens. Aujourd’hui comme hier, au nom de la « révision-changement » de la constitution, ces services s’apprêtent à tuer ses propres filles et fils, toujours considérés comme les enfants des autres jusqu’au jour où une de leurs balles sans cœur traverse le corps innocent du propre fils ou de la chérie d’un agent des services semant le désarroi des parents que les agents des services oublient qu’ils sont le temps d’une action punitive des sans voixOui ! Moi je me souviens d’Éric Bolokoloko, Ale petit briquetier, héros de Mbandaka. Éric fut enterré furtivement, comme un inconnu, à l’abri de tous ceux qui l’ont connu. Et pourtant, ils l’avaient abattu au vu et su de tous ! Mais pourquoi ont-ils pris peur de ce petit corps frêle ? Eric a été jeté sous terre en toute hâte ; un procès a été organisé en flagrance pour calmer les esprits en colère. Eric est allé au cimetière à bord d’un véhicule corbillard, lui, qui, hier encore, y aurait été amené à bout de bras ou à bord du vélo « toleka » national, transformé en corbillard par l’ingéniosité de ce peuple. Dans la précipitation, Eric a été enterré au cimetière Bolombo, quartier Bokala. Ses fossoyeurs ont même oublié la croix portant son nom et l’inscription RIP « Retour Interdit au Pays ». Ils ont pris peur que sa tombe ne devienne un lieu de pèlerinage de tous ceux qui voudront trouver des forces pour les prochaines marches contre le tripatouillage de notre constitution. « Isei mongo » !Moi, je me souviens des tribulations du corps de Rossy. Une première autopsie ; une deuxième juste la veille de la sortie du corps afin de refuser son exposition à la Cathédrale. Que cherchait-t-on alors qu’on avait déjà annoncé l’arrestation du présumé assassin de Rossy ? Pourquoi cette agitation alors qu’on avait présenté l’arme du crime et ses balles en caoutchouc ? Qu’est-ce qui expliquait l’acharnement de la Police à rechercher les faits liés à ce seul crime, alors que cette même Police ne nous avait jamais donné les noms des meurtriers ni retrouvé les armes des crimes des victimes des premières et deuxièmes marches ? La manœuvre était simple. Le régime avait peur des funérailles organisées par le peuple. Même mort Rossy faisait peur parce que son corps était une torche allumée en bouquet avec d’autres torches qui portent un seul et puissant message : « surmontez vos peurs ! Abolissez vos divisions ethniques ! Mettez-vous ensemble ! Organisez-vous efficacement pour continuer notre combat pour une démocratie qui repose sur les valeurs d’égalité, de participation, de liberté et de justice. Une égalité qui entraîne le respect de tout être humain, une participation qui suppose la responsabilité de chacun et de tous, une liberté qui est le fruit de la vérité et d’une constitution, loi fondamentale qui engendre la vraie paix ».Oui, Moi, je me souviens de Luc Kalula, mort à 33 ans dans un incendie bizarre, provoqué par une grenade qui l’a surpris en plein sommeil. A trente-trois ans, un cocktail Molotov a craché la mort le crucifiant dans son lit sur ce bucher de Jeanne d’Arc en mousse. A trente-trois ans, comme le fils de Joseph, il s’est retrouvé avec la mort comme voisine inopportune. A trente-trois ans, comme le Nazaréen, l’enfant de Goma a accompli sa mission au bas du volcan, Tshukudeur de par l’éternel, apportant la nouvelle du NON de la « révision-changement » de la constitution à travers les vallées et collines du Nord et Sud Kivu. A trente-trois ans, il laisse une mère, femme pour l’éternité inconsolable parce qu’abandonnée sans corps avec pour seules reliques des cendres de Luc, pétries par les larmes d’une mère sans mots.Oui, Moi je me souviens de tous ces jeunes que nous avons, hier, ensemble, accompagné à leurs dernières demeures ! Et toi ?



