Dans l’ombre des grands discours sur l’émergence énergétique, c’est souvent sur les lignes modestes et les infrastructures invisibles que se joue, en réalité, la crédibilité d’un système électrique. À Kinshasa, la Société Nationale d’Electricité et la Task force ont lancé, une vaste opération d’assainissement du feeder Masimanimba 1, qui illustre cette vérité structurelle : la modernisation d’un réseau ne commence pas par les mégaprojets, mais par la remise en ordre des artères qui irriguent le quotidien urbain.
Issu du poste stratégique de Funa, ce feeder de 20 kV constitue l’un des maillons essentiels de la distribution électrique dans deux communes à forte densité, Kasa-Vubu et Ngiri-Ngiri. Derrière cette appellation technique se cache une réalité bien tangible : des milliers de ménages, d’activités économiques informelles et de services publics dont la stabilité dépend directement de la qualité du courant acheminé. Lorsque cette ligne vacille, c’est toute une micro-économie qui se dérègle.
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L’intervention engagée par la Task Force, en synergie avec la Société Nationale d’Électricité, ne relève pas d’une simple opération de maintenance. Elle s’apparente à une reprise en main systémique d’un segment critique du réseau, longtemps fragilisé par les surcharges chroniques, les connexions anarchiques et des pertes techniques révélatrices d’un sous-investissement prolongé. En s’attaquant à ces défaillances, les équipes techniques ne corrigent pas seulement des anomalies : elles rétablissent les conditions minimales de fiabilité d’un service public essentiel.

Sur le terrain, l’approche est méthodique et sans fioritures : inspection des lignes, remplacement des équipements vétustes, sécurisation des installations et rationalisation des flux électriques. Cette rigueur technique traduit une évolution notable dans la gouvernance opérationnelle du secteur, longtemps critiqué pour son imprévisibilité. La promesse n’est pas spectaculaire, mais elle est décisive : moins de coupures intempestives, une tension plus stable et, in fine, une amélioration perceptible de la qualité de vie.
Dans cette séquence, le rôle du DG Teddy Lwamba apparaît central. Le numéro Un de la SNEL imprime une ligne claire, axée sur l’assainissement progressif plutôt que sur des annonces à forte portée symbolique mais à faible impact immédiat. Cette stratégie, plus technocratique que politique, pourrait marquer un tournant si elle s’inscrit dans la durée. Car le défi n’est pas seulement de réparer, mais de prévenir la rechute d’un réseau historiquement vulnérable.

L’enjeu dépasse d’ailleurs le périmètre de Masimanimba 1. Cette opération s’inscrit dans un programme plus large de réhabilitation du réseau de distribution de la capitale, où chaque feeder assaini devient une pièce supplémentaire d’un puzzle énergétique encore instable. À mesure que ces interventions se multiplient, c’est la question de la soutenabilité du modèle qui se pose : capacité de maintenance continue, discipline des usagers, et financement d’une modernisation à grande échelle.
À Kinshasa, capitale tentaculaire aux besoins énergétiques exponentiels, la stabilisation du courant n’est pas un luxe technique mais une condition de développement. L’assainissement du feeder Masimanimba 1, en ce sens, ne relève pas d’un simple chantier local. Il incarne une tentative de reconquête de la normalité électrique, cette denrée rare dont dépend, silencieusement, l’économie réelle.
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