Le climat des affaires dans l’Est de la République démocratique du Congo continue de se dégrader sous l’effet de l’insécurité persistante. Dernier épisode en date : le retrait du groupe brassicole Heineken, après plus de quatre décennies de présence comme actionnaire majoritaire dans le pays.
À l’origine de cette décision, l’occupation en juin 2025 des installations de la Bralima à Bukavu, dans le Sud-Kivu, par des éléments de la coalition rebelle M23/AFC, soutenus selon plusieurs sources par des militaires rwandais.
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Cette incursion a conduit à une prise de contrôle de facto de cette filiale stratégique, dans laquelle l’État congolais ne détenait qu’un tiers des parts.
Face à cette situation qualifiée d’expropriation , le groupe néerlandais a d’abord tenté une solution intermédiaire en cédant la brasserie de Bukavu pour un montant symbolique d’un euro à la société mauricienne Elna Holdings. Mais la dégradation continue du contexte sécuritaire et économique a conduit à une décision plus radicale.
Le vendredi 10 avril 2026, Heineken a officiellement cédé l’ensemble de ses parts d’actionnaire majoritaire en RDC à Elna Holdings. Cette cession concerne notamment ses unités industrielles situées à Kinshasa, Kisangani et Lubumbashi, marquant ainsi un retrait quasi total du groupe du territoire congolais.
Malgré ce désengagement, Heineken conserve toutefois les droits de commercialisation de ses principales marques, notamment Heineken, Primus, Turbo King et Mutzig, dans le cadre d’accords de licence. La production et la distribution seront désormais assurées par le nouvel acquéreur.
Cette transition soulève néanmoins des inquiétudes sociales. Environ 731 employés se retrouvent désormais sous la responsabilité d’Elna Holdings. L’incertitude plane quant au maintien de l’ensemble des effectifs dans un contexte économique fragile.
Au-delà de ses implications industrielles, ce retrait illustre les conséquences directes de l’insécurité sur les investissements étrangers en RDC. L’occupation des installations de Bukavu par le M23/AFC apparaît comme un signal particulièrement négatif pour les opérateurs économiques.
Sur le plan politique, cette situation ravive les critiques à l’encontre de Corneille Nangaa, accusé par certains acteurs de contribuer à la déstabilisation économique du pays. Ses détracteurs estiment que les dynamiques actuelles favorisent indirectement des intérêts extérieurs, au détriment de l’économie nationale.
Après plus de 40 ans de présence, le départ de Heineken marque ainsi un tournant symbolique et préoccupant pour la RDC. Il met en lumière les défis majeurs auxquels le pays doit faire face pour restaurer la confiance des investisseurs et garantir la sécurité des activités économiques, en particulier dans sa partie orientale.
Trésor MAKAYA





