
L’un des plus grands artistes musiciens et auteurs-compositeurs de la musique congolaise en la personne de Ndomanueno Lutumba Simaro Masiya a quitté la terre des hommes le 30 mars 2019 dans la capitale française. 7 ans après sa disparition, l’auteur-compositeur des tubes de référence comme « Ebale ya Zaïre », « Mabele », « Jérôme », « Kabongo », « Eau bénite », « Bowule », « Maya », « Verre cassé », « Diarrhée verbale », « Trahison », « Fifi », « Mbole » et plusieurs autres chansons qui ont marqué plusieurs générations semble déjà oublié de ses fans.

Aucune manifestation, aucune messe, aucune annonce. Le poète Lutumba avait, alors, raison de rappeler dans sa chanson » Mabele » que le jour où il mourra, même les mouches pourront le pleurer: » mokolo na ko kufa, na yebi na ko pola, ba liyaka na nga bako kanga zolo na solo , ba melaka na nga ba ko kima ko sukola nga. Ebembe ya Masiya, ata bo kimi eh, ata ba nzinzi bako lela nga » pour dire: » le jour où je mourai, je sais que ceux qui avaient mangé avec moi vont boucher leurs narrines à cause de la puanteur, ceux qui buvaient avec moi vont même me fuir pour ne pas me laver. Sauf que le cadavre de Simaro Masiya, mêmes les mouches vont pleurer.
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Cette chanson tirée d’une histoire vraie remonte d’une soirée où le musicien et chef d’orchestre du Tout Puissant Ok Jazz revenait d’un concert vers le siège de l’orchestre situé sur la direction Gambela , baptisé 1-2-3 par son propriétaire qui n’est autre que Luambo Makiadi.
Arrivé au centre hospitalier Kalembele, lui qui habitait non loin de là, aux croisements de la grande avenue Mushie et Isangi, va apercevoir un couple en détresse. Il aperçoit un enfant entre les mains de sa mère à sanglots. Après vérification, il faut amener l’enfant à l’hôpital Mama Yemo d’urgence. Le cas du malade est delataitaire. Simaro reconnait le couple. Il n’a pas le choix. Il est 4h du matin. Que faire ? Rentrer à la maison pour se reposer après une soirée très mouvementée ou sauver le petit ? Il faut foncer pour sauver la vie de l’enfant. Il fonce vers Mama Yemo. Arrivé à la porte de l’hôpital, le constat est amer: » l’enfant a déjà rendu l’âme ». D’où » soso eleli eh, soso eko lela ngoya oh, soso eko lela ba ndoki ba zongi ndaku, sima mwa ngonga tongo eko tana, tongo ekotana tongo ya makambo, ba susu na bisengo, basusu na mawa » pour dire le coq a chanté, les sorciers rentrent chez eux, après le soleil va se pointer avec des problèmes. Certains seront dans la joie et d’autres dans la tristesse.
Simaro forever
Simaro Lutumba est né en mars 1938. Guitariste, auteur-compositeur, interprète, il était un des artistes phares de la scène musicale congolaise. Il s’initie à la guitare dans les années 1956 auprès de Kalonji, un guitariste congolais adepte du « zebola » (un possédé), un rythme et une danse des cérémonies d’exorcisme de la province de l’Equateur.
Par la suite, il intégrera l’orchestre Micra Jazz où il jouera à la guitare rythmique. Sa popularité naissante arrive alors aux oreilles de Franco et l’OK Jazz qu’il rejoint en 1961. Simaro Lutumba y apporte sa touche personnelle : une technique de guitare inspirée du zebola, de la rumba, du jazz et de l’afro cubain et des chansons poétiques, éducatives et pleines de spiritualités. A la sortie de « Okokoma mokristo » (1969) et « Ma Hélé » (1970), deux chansons moralisatrices sur l’amour déçu, la stérilité et le divorce, les talents de Simaro sont enfin reconnus par ses pairs.
Mais il faudra attendre 1974 et la composition de « Mabele » (une rumba interprétée par Sam Mangwana), pour qu’il connaisse une réelle popularité. C’est là qu’il est surnommé « Simaro Le Poète » ou « Simaro Masiya » (le messie). Mais ce succès provoque l’ire de Franco qui décrète, de peur qu’on lui fasse l’ombre, de jouer uniquement ses propres compositions en concert, effaçant ainsi Simaro.
Après la disparition de Franco en 1989, Simaro décide de mettre fin à sa collaboration avec le TP OK Jazz puis crée l’orchestre Bana OK (les jeunes de l’orchestre Kinois) avec Josky Kiambukuta, Ndombe Opetum et Madilu system (qui n’y restera pas longtemps). Ses textes poétiques sur les réalités socio-économico-politiques des africains lui conféraient le statut de chroniqueur social, de journaliste et d’historien.
Deb’s Bukaka




