Ce mercredi 18 février 2026, Geopolis souffle vingt bougies. Vingt années d’un parcours rare dans le paysage médiatique congolais : celui d’un média né d’une intuition, forgé par la spécialisation et consacré par la constance. De simple magazine consacré aux mines à Kinshasa, l’initiative est devenue un tri-hebdomadaire influent, puis une chaîne de télévision, sans jamais renier l’ADN qui l’a fondée : rigueur, expertise et indépendance d’esprit.
À l’origine de cette aventure, une rencontre et une vision. Celle de Willy Kalengay, ancien journaliste d’Antenne A, qui pressent très tôt qu’un pays à la richesse géologique exceptionnelle mérite un média capable d’en décrypter les enjeux techniques, économiques et politiques. Autour de lui, une équipe animée par la même conviction : donner au secteur minier un traitement journalistique à la hauteur de son importance stratégique pour la République démocratique du Congo.
La genèse de Geopolis tient presque du hasard fertile. L’émission « Droit à la parole » scelle une complicité intellectuelle entre son présentateur et l’un de ses invités réguliers, l’ingénieur Raphaël Ngoy. De cette synergie naît l’idée d’un média spécialisé. Très vite, John Ngombua rejoint l’initiative. Les reportages s’enchaînent, du Kasaï à Tshikapa, du Katanga à la Zambie. Chaque mission enrichit un corpus d’analyses, de photographies et de récits qui esquissent déjà la ligne éditoriale future : expliquer, contextualiser, transmettre.
Le pari de la spécialisation était audacieux. Dans un environnement dominé par les journaux généralistes, Geopolis choisit la technicité. L’ambition affichée – rivaliser dans l’écriture et la présentation avec des titres panafricains de référence – impose une discipline nouvelle. Les journalistes apprennent le langage du « quatre-neuf », décryptent les processus de production de la cathode de cuivre, s’initient aux réalités industrielles et aux subtilités contractuelles. L’expertise devient la signature du média.
Cette exigence interne marque durablement les esprits. Francky Bahane, ancien directeur des ressources humaines, évoque une rédaction structurée, exigeante et bienveillante à la fois. Un lieu où l’on formait autant qu’on informait, où l’éditorial pouvait traiter du dessèchement du lac Tchad comme des fluctuations du cuivre, avec le même sens de la responsabilité publique.
Vingt ans plus tard, la relève est assurée. Blessed Kuzola et Damany Mujinga incarnent cette nouvelle génération façonnée par « l’esprit Geopolis ». Ils revendiquent un héritage : celui d’un média qui n’est pas seulement une marque, mais une école. Leur ambition n’est pas de rompre avec le passé, mais de prolonger une méthode rigueur des faits, précision du vocabulaire, mise en perspective permanente – dans un secteur où la tentation de l’opacité demeure forte.
Dans un écosystème médiatique souvent fragilisé par les pressions économiques et politiques, la longévité de Geopolis relève de l’exception. Rares sont les médias spécialisés en Afrique centrale à avoir traversé deux décennies en conservant leur identité. Plus rare encore est la capacité à faire coexister mémoire et modernité, expertise technique et narration accessible.
À l’heure de cet anniversaire, l’hommage s’impose d’abord à son initiateur. Willy Kalengay aura su transformer une intuition en institution. Mais le plus bel hommage réside peut-être ailleurs : dans la capacité du média à lui survivre, à atteindre sa pleine maturité en s’émancipant de ses figures fondatrices, sans jamais trahir leur vision.
Vingt ans après sa naissance, Geopolis demeure une vigie. Dans un pays dont le sous-sol façonne le destin économique, il continue d’éclairer les débats, d’armer les consciences et de rappeler que l’information spécialisée, lorsqu’elle est conduite avec exigence, participe pleinement de la souveraineté nationale.
L’histoire de Geopolis n’est pas close. Elle entre, au contraire, dans son âge de responsabilité.
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